Un signal venu de Washington a suffi à relancer l’or. Le 19 août 2026, le Trésor américain a annoncé qu’il doublerait, à partir du 9 septembre, certains rachats d’obligations à long terme. Le montant maximal par opération passera de 2 milliards à au moins 4 milliards de dollars jusqu’au 4 novembre 2026.
Cette décision vise surtout les obligations américaines arrivant à échéance dans 10 à 20 ans et 20 à 30 ans. Une obligation est un titre de dette : l’acheteur prête de l’argent à un État ou à une entreprise, qui verse des intérêts et rembourse le capital à l’échéance. Ici, le Trésor cherche à améliorer la liquidité, c’est-à-dire la facilité à acheter ou vendre ces titres sans provoquer de fortes variations de prix.
Conséquence immédiate : les rendements obligataires américains ont reculé. Le rendement désigne le gain annuel attendu par l’investisseur qui détient une obligation. Quand le prix d’une obligation monte, son rendement baisse. Or, des rendements plus faibles réduisent l’attrait des placements rémunérés face à l’or, qui ne verse pas d’intérêt.
L’or profiterait de la baisse des taux longs
Le cours de l’or au comptant aurait atteint environ 4.490 dollars l’once le 19 août, tandis que les contrats à terme sur l’or pour décembre 2026 se situeraient autour de 4.542 dollars l’once. L’or au comptant correspond au prix pour une livraison quasi immédiate. Un contrat à terme, lui, fixe aujourd’hui un prix pour une livraison future.
Ces niveaux marqueraient un plus haut de deux mois pour le métal jaune. La progression serait principalement liée à deux facteurs : la baisse des rendements américains et l’affaiblissement du dollar. L’or étant coté en dollars sur les marchés internationaux, un billet vert plus faible le rend moins cher pour les acheteurs utilisant l’euro ou d’autres devises.
Pour un investisseur belge ou européen, cet effet de change reste essentiel. Une hausse de l’or en dollars peut être amplifiée ou réduite une fois convertie en euros, selon l’évolution de la parité euro-dollar.
Le Trésor tente de calmer le marché obligataire
La décision américaine intervient après une tension marquée sur la dette longue. Le 18 août, le rendement de l’emprunt américain à 30 ans a atteint 5,34 %, son plus haut niveau depuis juin 2007. Cette hausse était alimentée par les craintes inflationnistes, notamment après le passage du pétrole au-dessus de 90 dollars le baril.
Le lendemain, l’annonce du Trésor a provoqué un mouvement inverse. Les rendements longs ont chuté d’environ 10 points de base. Un point de base correspond à 0,01 point de pourcentage. Le rendement à 10 ans a reculé de 6 points de base, à 4,65 %, et celui à 30 ans d’environ 8 à 9 points de base, autour de 5,2 %.
Ce repli a aussi aplani la courbe des taux. La courbe des taux compare les rendements des obligations selon leur durée. Lorsqu’elle s’aplatit, l’écart entre les taux courts et les taux longs diminue. Ce signal est très suivi, car il reflète les anticipations des investisseurs sur la croissance, l’inflation et la politique monétaire.
Pourquoi l’or réagit aussi vite
L’or est souvent recherché comme actif refuge. Cela signifie qu’il est perçu comme une réserve de valeur dans les périodes d’incertitude financière, monétaire ou géopolitique. Il ne dépend pas de la solvabilité d’un État ou d’une entreprise, contrairement à une obligation ou à une action.
Mais son prix reste sensible aux taux d’intérêt. Quand les rendements des obligations montent, le coût d’opportunité de l’or augmente. Ce coût d’opportunité désigne le rendement auquel un investisseur renonce en détenant un actif qui ne rapporte pas d’intérêt. À l’inverse, quand les rendements baissent, l’or devient relativement plus attractif.
Le mouvement aurait aussi profité à d’autres actifs sensibles aux conditions financières, dont le Bitcoin, qui aurait fortement progressé après l’annonce. Mais le signal principal pour les métaux précieux vient du marché obligataire américain : si Washington soutient les obligations longues, les taux peuvent se détendre, au moins temporairement.
Un soutien à surveiller pour les acheteurs d’or
Pour les particuliers, cette hausse ne signifie pas automatiquement qu’il faut acheter ou vendre. Elle rappelle surtout que le prix de l’or dépend de plusieurs variables : taux américains, dollar, inflation, tensions géopolitiques et demande physique.
La question centrale devient désormais la durée de l’effet provoqué par les rachats du Trésor américain. Si les rendements longs restent sous pression et si le dollar continue de reculer, l’or pourrait conserver son soutien. Si, au contraire, l’inflation ou les besoins de financement américains relancent les taux, le métal jaune pourrait perdre une partie de son élan.
Pour l’investisseur européen, le suivi du cours en euros reste donc indispensable. Un sommet en dollars ne se traduit pas toujours par un sommet en euros. Dans un marché dominé par les taux américains, l’or confirme néanmoins son rôle de baromètre de la confiance dans la monnaie et la dette publique.



