28 tonnes d’or, soit environ 3,68 milliards de dollars : la Tanzanie a fortement renforcé ses réserves aurifères entre 2025 et la mi-2026. Cette stratégie, pilotée par la Banque de Tanzanie, vise à consolider les réserves internationales du pays et à soutenir le shilling tanzanien, la monnaie locale.
La Tanzanie transforme son or national en réserve stratégique
La Banque de Tanzanie a acheté environ 28 tonnes d’or en 18 mois, dans le cadre d’un programme national lancé en 2023. L’opération concerne directement la production aurifère locale : depuis octobre 2024, le Domestic Gold Purchase Programme impose aux producteurs et négociants agréés de réserver 20 % de l’or destiné à l’exportation à la banque centrale.
Une banque centrale est l’institution chargée de conduire la politique monétaire d’un pays. Elle gère notamment les taux d’intérêt, la stabilité de la monnaie et les réserves internationales. Ces réserves peuvent être composées de devises étrangères, comme le dollar ou l’euro, mais aussi d’or.
Dans le cas tanzanien, l’objectif est double : renforcer la crédibilité financière du pays et limiter la vulnérabilité du shilling face aux mouvements du dollar américain.
Pourquoi les banques centrales achètent-elles de l’or ?
L’or joue un rôle particulier dans les réserves officielles. Contrairement à une devise, il ne dépend pas directement de la politique d’un autre État. Il est donc souvent utilisé comme actif de réserve, c’est-à-dire comme un placement conservé par une banque centrale pour sécuriser la valeur de son bilan.
La stratégie tanzanienne s’inscrit dans une tendance plus large. À l’échelle mondiale, plusieurs banques centrales, notamment dans les pays émergents, accéléreraient leurs achats d’or afin de diversifier leurs réserves et de réduire leur exposition au dollar américain. Cette évolution pourrait redessiner progressivement l’équilibre monétaire international.
La diversification des réserves consiste à ne pas concentrer tous les avoirs d’un pays dans une seule devise ou une seule classe d’actifs. Pour une banque centrale, détenir de l’or permet de disposer d’un actif reconnu mondialement, liquide et historiquement recherché en période d’incertitude.
Des réserves de change proches de 6 milliards de dollars
Les réserves de change de la Tanzanie atteignent environ 6 milliards de dollars. Les réserves de change désignent les avoirs détenus par une banque centrale en monnaies étrangères et en actifs internationaux. Elles servent à payer les importations, à rassurer les investisseurs et à intervenir sur le marché des changes si nécessaire.
Ce niveau représenterait une couverture d’importations de 4,3 mois. Cette mesure indique combien de temps un pays pourrait payer ses importations avec ses réserves disponibles. Un seuil supérieur à trois mois est généralement considéré comme un niveau de confort par les autorités monétaires.
L’ajout d’or à ces réserves renforce donc la solidité financière du pays, tout en valorisant une ressource produite localement.
Un effet direct sur la filière aurifère locale
Le programme ne concerne pas seulement les coffres de la banque centrale. Il modifie aussi l’organisation de la filière aurifère tanzanienne. Plus de 4 000 nouveaux comptes bancaires ont été ouverts par des acteurs du secteur, notamment dans des régions minières jusque-là peu bancarisées.
Cette évolution favorise la traçabilité des paiements et la formalisation de l’économie aurifère. La traçabilité désigne la capacité à suivre l’origine, le parcours et les transactions liées à l’or. Elle est essentielle pour limiter les circuits informels et renforcer la transparence du marché.
Pour la Tanzanie, l’enjeu est donc aussi fiscal et économique : une part de la production nationale reste dans le pays sous forme d’or monétaire, au lieu d’être entièrement exportée.
Un marché de l’or toujours sous tension
Cette accumulation intervient dans un contexte de marché contrasté. Au deuxième trimestre 2026, le cours de l’or a reculé d’environ 15 %. Le prix est passé sous 4 000 dollars l’once pour la première fois depuis la fin 2025.
L’once est l’unité de référence internationale pour le prix de l’or. Une once troy correspond à environ 31,1 grammes. Lorsque le cours est exprimé à 4 000 dollars l’once, cela signifie que 31,1 grammes d’or valent 4 000 dollars sur les marchés internationaux.
La baisse récente s’explique notamment par la politique monétaire restrictive de la Réserve fédérale américaine, la banque centrale des États-Unis. Des taux d’intérêt élevés rendent les placements rémunérés, comme certaines obligations, plus attractifs que l’or, qui ne verse ni coupon ni dividende. Ils peuvent aussi soutenir le dollar, ce qui pèse souvent sur le prix de l’or.
Les tensions géopolitiques soutiennent le métal jaune
Malgré cette pression, l’or a récemment rebondi vers 4 200 dollars l’once. Les tensions géopolitiques, notamment autour de l’Iran, et les achats d’or physique par les banques centrales ont soutenu le marché.
L’or physique désigne l’or réellement détenu sous forme de lingots, barres ou pièces, par opposition aux produits financiers liés à l’or. Pour une banque centrale, l’or physique constitue une réserve tangible, stockée dans des coffres et mobilisable en cas de crise.
La Tanzanie envoie ainsi un signal clair : dans un environnement marqué par les tensions internationales, la volatilité du dollar et la remontée des taux, l’or reste un outil de souveraineté monétaire. Pour les épargnants européens et belges, cette dynamique rappelle une réalité simple : le prix de l’or peut baisser à court terme, mais les banques centrales continuent de le considérer comme une réserve stratégique de long terme.



