Plus de 25 % de baisse depuis janvier : le cours de l’or a brièvement enfoncé le seuil des 4 000 dollars l’once ce 25 juin 2026. Cette cassure marque la fin d’un cycle haussier de sept mois et rappelle la sensibilité du métal précieux aux décisions de la Réserve fédérale américaine.
L’or, coté sur les marchés internationaux en dollars par once troy — l’unité de référence équivalant à environ 31,1 grammes — subit une pression simultanée de deux forces majeures : la remontée attendue des taux d’intérêt aux États-Unis et le renforcement du billet vert.
La Fed reprend la main sur le marché de l’or
La Réserve fédérale américaine, souvent appelée Fed, est la banque centrale des États-Unis. Elle fixe les grandes orientations de la politique monétaire américaine, notamment les taux d’intérêt directeurs. Ces taux influencent le coût du crédit, les rendements obligataires et, par ricochet, l’attractivité de l’or.
Sous la présidence de Kevin Warsh, la Fed adopte une ligne perçue comme plus restrictive par les marchés. Les investisseurs intègrent désormais une probabilité supérieure à 80 % d’une hausse des taux d’ici la fin 2026.
Cette perspective pèse directement sur l’or. Le métal jaune est considéré comme un actif sans rendement : il ne verse ni intérêt ni dividende. Lorsque les obligations d’État offrent des rendements plus élevés, certains capitaux quittent l’or pour se diriger vers ces placements rémunérés.
Le dollar fort accentue la baisse
Le deuxième facteur de pression vient du dollar américain, qui atteint son plus haut niveau depuis treize mois. Le lien entre le dollar et l’or est souvent inverse : lorsque le dollar monte, l’or devient plus cher pour les acheteurs utilisant l’euro, le franc suisse ou d’autres devises. La demande internationale peut alors ralentir.
Début juin, le dollar avait déjà regagné du terrain face à un panier de grandes devises, sur une base pondérée par les échanges commerciaux. Cette mesure compare la devise américaine à plusieurs monnaies de partenaires économiques importants. Elle donne une image plus large de la force réelle du dollar qu’un simple taux de change bilatéral, comme euro-dollar.
Pour un investisseur belge ou européen, cette évolution a une conséquence concrète : une baisse de l’or en dollars peut être partiellement compensée par la hausse du dollar face à l’euro. Le prix en euros ne recule donc pas toujours dans les mêmes proportions que le prix affiché à New York ou Londres.
Les ETF aurifères subissent des sorties
La baisse du cours s’accompagne de sorties de capitaux des ETF aurifères. Un ETF, ou fonds indiciel coté, est un produit financier qui s’achète en Bourse et réplique l’évolution d’un actif. Un ETF aurifère suit généralement le prix de l’or, parfois avec de l’or physique détenu en coffre, parfois via des instruments financiers.
Ces produits sont utilisés par les investisseurs qui veulent s’exposer rapidement au cours de l’or sans acheter de pièces ni de lingots. En phase de remontée des taux, ils peuvent être vendus rapidement, ce qui accentue les mouvements de marché.
Les banques centrales, en revanche, maintiennent leurs achats. Une banque centrale détient de l’or comme réserve stratégique, au même titre que des devises étrangères. Ces achats s’inscrivent davantage dans une logique de long terme : diversification, sécurité financière et réduction de la dépendance au dollar.
Ormuz et le pétrole retirent un soutien à l’or
La détente géopolitique autour du détroit d’Ormuz ajoute un autre élément baissier. Cette zone est stratégique pour le transport mondial de pétrole. Sa réouverture, associée à un accord temporaire entre les États-Unis et l’Iran, a entraîné une baisse des prix du pétrole.
Or, un pétrole moins cher réduit les tensions inflationnistes. L’inflation désigne la hausse générale des prix. Quand elle accélère, l’or est souvent recherché comme réserve de valeur, car il ne dépend pas directement d’une monnaie émise par un État. Si la pression inflationniste diminue, une partie de ce soutien disparaît.
Le physique conserve son rôle de protection
Malgré la correction, l’achat d’or physique reste privilégié par une partie des épargnants. Pièces et lingots répondent à une logique différente des ETF : ils visent la détention directe d’un actif tangible, hors système bancaire, avec une finalité de préservation du capital.
Cette stratégie ne supprime pas le risque de baisse à court terme. Elle suppose aussi de tenir compte de la prime — l’écart entre le prix de l’or contenu dans une pièce ou un lingot et son prix de vente réel — ainsi que des frais de stockage, d’assurance et de revente.
Dans un marché volatil, le lissage des achats peut limiter le risque d’entrer au plus mauvais moment. Cette méthode consiste à acheter en plusieurs fois, à intervalles réguliers, plutôt qu’en une seule opération.
Un seuil symbolique, pas une rupture définitive
Le passage sous 4 000 dollars est d’abord un signal psychologique fort. Il montre que le marché réévalue brutalement l’équilibre entre protection contre les risques et rendement offert par les actifs financiers concurrents.
Pour l’or, la suite dépendra surtout de trois variables : la trajectoire des taux de la Fed, la force du dollar et le retour éventuel des tensions inflationnistes ou géopolitiques. La correction actuelle ne supprime pas le rôle patrimonial du métal jaune, mais elle rappelle qu’un actif refuge peut aussi connaître des phases de baisse marquées.



