Cinq séances de hausse d’affilée : l’or confirme son regain de vigueur malgré le retour de l’appétit pour le risque sur les marchés. Ce mercredi 17 juin 2026, le métal jaune progresse encore, dans le sillage de l’accord préliminaire conclu le 14 juin entre les États-Unis et l’Iran.
Le paradoxe est apparent. Un apaisement géopolitique réduit souvent la demande d’or, actif traditionnellement recherché en période de crise. Mais cette fois, deux moteurs soutiennent les cours : la baisse du dollar américain et le recul des rendements obligataires.
L’accord États-Unis-Iran rassure les marchés
Washington et Téhéran ont conclu un protocole d’accord préliminaire, ou MoU. Ce terme désigne un cadre d’entente non définitif, destiné à préparer un accord formel. Le texte fixe 14 points, dont la réouverture progressive du détroit d’Ormuz et un allégement graduel des sanctions.
Le détroit d’Ormuz est un corridor maritime essentiel pour le pétrole mondial. Toute perturbation dans cette zone peut faire grimper les prix de l’énergie, puis alimenter l’inflation. L’inflation correspond à la hausse générale des prix, qui réduit le pouvoir d’achat des ménages et modifie les décisions des banques centrales.
La signature formelle de l’accord est prévue le 19 juin en Suisse. Le dispositif inclut aussi le déblocage d’environ 12 à 24 milliards de dollars d’actifs iraniens sur une période d’environ 60 jours.
Pourquoi l’or monte alors que les tensions baissent
À partir du 15 juin, les marchés européens et américains ont basculé en mode « prise de risque ». Cette expression signifie que les investisseurs privilégient davantage les actions et les actifs jugés plus dynamiques, au détriment des placements défensifs.
Le pétrole Brent, référence européenne du pétrole brut, a reculé d’environ 5 %. Le CAC 40 et le DAX étaient attendus en nette hausse à l’ouverture, tandis que Wall Street évoluait aussi favorablement. En temps normal, ce contexte peut peser sur l’or.
Mais le métal jaune a progressé de 2,7 % le 16 juin, avant de poursuivre son mouvement ce 17 juin. La raison principale tient aux taux et au dollar. Les rendements obligataires, c’est-à-dire le revenu offert par les obligations d’État ou d’entreprise, ont baissé. Or l’or ne verse pas d’intérêt. Quand les rendements reculent, le coût d’opportunité de la détention d’or diminue.
Le dollar s’est également affaibli. Comme l’or est coté en dollars sur les marchés internationaux, un billet vert plus faible rend le métal moins cher pour les acheteurs utilisant l’euro ou d’autres devises. Cette mécanique peut soutenir la demande mondiale.
Un apaisement des craintes d’inflation énergétique
L’accord préliminaire vise à rouvrir progressivement le détroit d’Ormuz et à rétablir les flux pétroliers. Cette perspective réduit le risque d’une flambée prolongée des prix de l’énergie.
Les projections économiques restent toutefois prudentes. La croissance mondiale serait légèrement inférieure à 3 % en 2026. La réouverture du détroit d’Ormuz pourrait permettre de restaurer environ 50 % des flux dans les semaines suivant l’accord. Le Brent pourrait revenir vers 90 dollars le baril à moyen terme, puis 78 dollars à douze mois, si la normalisation se confirme.
Ces hypothèses restent conditionnées à la signature formelle de l’accord et à son application effective. Un protocole d’accord n’élimine pas le risque politique. Il le réduit.
Ce que cela signifie pour les épargnants en Belgique et en Europe
Pour un investisseur européen, le mouvement actuel rappelle que l’or ne réagit pas seulement aux crises. Il dépend aussi des taux d’intérêt, du dollar, de l’inflation attendue et de la confiance dans les marchés financiers.
Une baisse des craintes d’inflation énergétique peut sembler négative pour l’or, car le métal est souvent utilisé comme protection contre la hausse des prix. Mais si cette baisse s’accompagne de rendements plus faibles et d’un dollar en repli, l’effet peut rester favorable.
L’or conserve donc son rôle d’actif de diversification, même dans un marché redevenu plus optimiste. Pour les acheteurs comme pour les vendeurs, le point clé reste la confirmation de l’accord du 19 juin et l’évolution des taux américains dans les prochains jours.
La cinquième séance de hausse montre surtout une chose : le marché de l’or regarde déjà au-delà de la désescalade. Il surveille la trajectoire de l’inflation, des banques centrales et du dollar.



