Plus de 4 050 dollars l’once : le seuil tient, alors même que le dollar tente de reprendre de la hauteur. Le cours de l’or résiste depuis le 3 août sur les marchés mondiaux. Les investisseurs arbitrent entre deux forces opposées : un regain d’appétit pour le risque lié aux espoirs de paix entre Washington et Téhéran, et une politique monétaire américaine qui pourrait devenir moins restrictive.
L’or défend un seuil psychologique
Le métal jaune reste au-dessus de 4 050 dollars l’once. Une once troy, l’unité de référence internationale pour l’or, correspond à environ 31,1 grammes.
Ce niveau est qualifié de seuil psychologique : il ne s’agit pas d’une barrière officielle, mais d’un prix rond suivi par de nombreux investisseurs. Quand le marché s’en approche, les achats ou les ventes peuvent s’intensifier.
La résistance de l’or intervient malgré un rebond technique du dollar américain. Cette expression désigne une remontée de court terme d’une devise après une phase de recul, sans forcément indiquer un changement durable de tendance.
En général, un dollar plus fort pèse sur l’or. Le métal est coté en dollars sur les grandes places internationales. Pour un investisseur européen, belge ou francophone, un billet vert plus cher rend donc l’achat d’or plus coûteux en euros, ce qui peut freiner la demande.
Le dollar reste contenu par la Fed
La progression du dollar demeure toutefois limitée. Le marché anticipe une Réserve fédérale américaine, la Fed, moins agressive dans les prochains mois.
La Fed est la banque centrale des États-Unis. Elle fixe notamment les taux d’intérêt directeurs, c’est-à-dire le prix auquel l’argent est prêté dans l’économie. Lorsque ces taux montent, les placements rémunérés en dollars deviennent plus attractifs. L’or, qui ne verse ni intérêt ni dividende, peut alors souffrir.
À l’inverse, si les investisseurs pensent que la Fed va ralentir son resserrement monétaire, la pression sur l’or se détend. Le resserrement monétaire désigne une politique de hausse des taux ou de réduction des liquidités pour lutter contre l’inflation.
Cette semaine, les marchés surveillent deux indicateurs américains : l’indice ISM manufacturier et le rapport Nonfarm Payrolls. L’ISM mesure l’activité de l’industrie américaine. Les Nonfarm Payrolls correspondent aux créations d’emplois hors secteur agricole. Ces données peuvent influencer les anticipations de taux, donc le dollar et l’or.
L’espoir de paix en Iran réduit la prime de risque
Le contexte géopolitique joue aussi un rôle majeur. Donald Trump a annoncé l’annulation d’attaques contre l’Iran et indiqué qu’un accord sur le programme nucléaire de Téhéran était proche. Des négociations doivent reprendre rapidement entre Washington et Téhéran.
Cette désescalade réduit la tension sur les marchés. En temps normal, une baisse du risque géopolitique peut peser sur l’or, car le métal jaune est une valeur refuge. Une valeur refuge est un actif recherché lorsque les investisseurs craignent une crise financière, militaire ou politique.
Mais l’effet reste mesuré. Les investisseurs demeurent prudents, car un accord diplomatique n’est pas encore un règlement définitif. L’or conserve donc une partie de son attrait de protection.
Le pétrole moins cher allège la pression inflationniste
Autre élément favorable à l’or : le recul du pétrole. L’OPEP+, alliance de pays producteurs de pétrole menée notamment par l’Arabie saoudite et la Russie, a décidé d’augmenter sa production d’environ 188 000 barils par jour à partir de septembre 2026.
Le Brent, référence européenne du pétrole brut, a chuté de plus de 5 %, à 83,5 dollars pour livraison en octobre. Une offre plus abondante et l’espoir d’une désescalade autour de l’Iran réduisent les craintes sur les prix de l’énergie.
Pour l’or, l’effet est indirect. Un pétrole moins cher peut calmer l’inflation. Si l’inflation ralentit, la Fed a moins de raisons de relever fortement ses taux. Cela limite le soutien au dollar et aide l’or à préserver ses niveaux actuels.
Les actions montent, mais l’or ne décroche pas
La Bourse de Paris vise les 8 600 points sur le CAC 40, portée par les espoirs de paix en Iran. Wall Street a aussi terminé en hausse, soutenue par les valeurs technologiques et par les résultats d’Amazon liés à l’intelligence artificielle.
Ce retour de l’appétit pour le risque aurait pu provoquer des ventes plus nettes sur l’or. Pour l’instant, ce n’est pas le cas. Le métal jaune reste soutenu par l’incertitude sur la trajectoire des taux américains, par la prudence géopolitique et par la volatilité des devises.
Le rebond du yen après une intervention coordonnée du Japon et des États-Unis rappelle aussi que le marché des changes reste fragile. Ces mouvements peuvent inciter certains investisseurs à conserver une part d’or dans leur allocation.
Ce que cela signifie pour les investisseurs européens
Pour un acheteur en Belgique ou dans la zone euro, le prix de l’or dépend de deux éléments : le cours international en dollars et le taux de change euro-dollar. Même si l’once reste stable en dollars, le prix en euros peut varier si l’euro monte ou baisse face au billet vert.
Le maintien au-dessus de 4 050 dollars montre que les acheteurs défendent encore le marché. Mais ce niveau reste exposé à plusieurs déclencheurs : statistiques américaines, annonces de la Fed, évolution des négociations avec l’Iran et mouvement du pétrole.
Le signal central est clair : l’or ne s’envole pas, mais il ne cède pas non plus. Tant que le dollar reste contenu et que la Fed paraît moins offensive, le seuil des 4 050 dollars conserve un rôle d’ancrage. La prochaine impulsion viendra probablement des données économiques américaines et de la crédibilité du processus diplomatique avec Téhéran.



