321,2 tonnes achetées d’un côté, 18,66 tonnes vendues de l’autre : le contraste est net. Au troisième trimestre 2026, les banques centrales mondiales ont renforcé leurs réserves d’or, alors que la Banque centrale de Russie a poursuivi ses ventes afin d’aider l’État à financer son déficit budgétaire.
D’après les données du World Gold Council, les achats nets des banques centrales ont atteint 321,2 tonnes entre juillet et septembre, soit une hausse de 42 % sur un an. Dans le même temps, la banque centrale russe a vendu 18,66 tonnes de métal précieux. La Russie figure ainsi parmi les rares vendeurs nets dans un marché dominé par l’accumulation officielle d’or.
Dix mois de ventes pour soutenir le budget russe
La Banque centrale de Russie aurait vendu de l’or pendant dix mois consécutifs. L’objectif est de soutenir le ministère russe des Finances, qui mobilise également le Fonds national de richesse pour couvrir les besoins de financement de l’État.
Le déficit budgétaire fédéral russe pour 2026 est estimé à 7 300 milliards de roubles. Depuis le début de la guerre, le déficit cumulé dépasserait 22 000 milliards de roubles. Dans ce contexte, l’or constitue une réserve immédiatement mobilisable : il peut être vendu contre des devises ou utilisé pour obtenir des liquidités.
Pour un épargnant, une réserve officielle d’or désigne l’or détenu par une banque centrale. Elle fait partie des actifs du pays, au même titre que les devises étrangères ou certains titres financiers. La vente de ces réserves peut soulager temporairement les finances publiques, mais elle réduit aussi le stock disponible en cas de crise future.
Les réserves russes reculeraient de 62 tonnes depuis décembre
Entre décembre 2025 et septembre 2026, les réserves d’or russes auraient diminué d’environ 62 tonnes, leur plus forte baisse depuis 1998. Elles atteindraient désormais près de 2 271 tonnes, après une diminution de 21,77 tonnes au trimestre précédent.
Les chiffres d’août illustrent cette tendance. Ce mois-là, les banques centrales ont déclaré 39 tonnes d’achats nets d’or, tandis que la Russie aurait vendu 6 tonnes supplémentaires. Depuis le début de l’année, ses ventes atteindraient alors 56 tonnes.
Cette baisse ne signifie pas que la Russie renonce à l’or comme actif stratégique. Elle montre surtout que les contraintes budgétaires prennent, à ce stade, le dessus sur la volonté de conserver intactes les réserves.
Les autres banques centrales continuent d’accumuler
La tendance internationale reste opposée. Les banques centrales achètent de l’or pour diversifier leurs réserves, réduire leur dépendance à certaines devises et se protéger contre les risques géopolitiques ou financiers.
L’or ne rapporte pas d’intérêt, contrairement à une obligation. Mais il ne dépend pas non plus de la solvabilité d’un État ou d’une banque. Cette caractéristique explique son rôle de valeur de réserve dans les portefeuilles des institutions monétaires.
Au deuxième trimestre, les achats nets mondiaux auraient déjà atteint 289 tonnes. Le rythme observé au troisième trimestre confirme donc une demande officielle élevée, y compris dans un environnement où le prix de l’or peut connaître des phases de repli.
Les sanctions déplacent aussi les flux vers l’Asie
Les ventes de réserves ne sont pas le seul changement affectant l’or russe. Les sanctions limitant l’accès de la Russie au marché londonien, place centrale du négoce mondial de l’or, pousseraient les exportateurs russes à se tourner davantage vers l’Asie.
Environ 100 tonnes d’or russe seraient arrivées à Hong Kong entre janvier et juillet 2026, soit près de trois fois plus qu’un an auparavant. Cette réorientation ne modifie pas la nature de l’or, mais elle peut modifier les circuits de vente, les acheteurs finaux et les conditions de prix obtenues par les producteurs russes.
Pour le marché de l’or, le signal reste double : la demande des banques centrales demeure un soutien structurel, tandis que les ventes russes reflètent avant tout une contrainte de financement. La poursuite de ces ventes dépendra donc moins du cours du métal que de l’évolution du déficit public russe et de son accès aux autres sources de liquidités.



