Environ -1,3 % en une séance : le recul de l’or à Londres, le 3 juin 2026, rappelle qu’une crise géopolitique ne suffit pas toujours à faire monter le métal jaune. Alors que les tensions persistent entre les États-Unis et l’Iran, et que le pétrole se renchérit, les investisseurs regardent surtout la Réserve fédérale américaine, le dollar et l’inflation.
L’or baisse malgré un climat de crise
Le 3 juin 2026, à Londres, le prix de l’or a reculé d’environ 1,3 %. L’argent a également baissé. Ce mouvement intervient dans un contexte pourtant favorable, en apparence, aux actifs de protection : conflit entre les États-Unis et l’Iran, guerre en Ukraine, offensive israélienne au sud du Liban et tensions autour du détroit d’Ormuz.
L’or est souvent qualifié de valeur refuge. Cela signifie qu’il est recherché en période d’incertitude politique, financière ou militaire. Mais ce statut ne garantit pas une hausse automatique. Cette fois, les marchés ont davantage réagi à la hausse du pétrole, au risque d’inflation et aux prévisions de taux d’intérêt aux États-Unis.
Pour les investisseurs européens et belges, un autre élément compte : l’or est coté principalement en dollars. Quand le dollar se renforce, l’or devient plus cher pour les acheteurs utilisant l’euro, ce qui peut freiner la demande internationale.
Pourquoi le pétrole pèse sur le métal jaune
Le lien entre pétrole et or peut sembler paradoxal. Depuis la fin février 2026, la guerre au Moyen-Orient a alimenté une hausse des cours du pétrole, notamment en raison des tensions impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran. Or, un pétrole plus cher peut nourrir l’inflation, c’est-à-dire la hausse générale des prix.
Si l’inflation reste élevée, la Réserve fédérale américaine, la banque centrale des États-Unis, peut maintenir des taux d’intérêt élevés, voire durcir encore sa politique monétaire. Un taux d’intérêt correspond au prix de l’argent emprunté ou au rendement payé par certains placements, comme les obligations.
Cette perspective pénalise l’or. Le métal jaune est un actif non rémunérateur : il ne verse ni intérêt, ni dividende. Lorsque les rendements obligataires montent, certains investisseurs préfèrent des placements qui rapportent un revenu régulier. C’est ce que les marchés appellent le coût d’opportunité : détenir de l’or devient moins attractif quand d’autres actifs offrent un rendement plus élevé.
Le dollar renforce la pression
Le recul du 3 juin prolonge un mouvement déjà visible fin mai. Le 28 mai 2026, le prix spot de l’or avait déjà perdu 0,8 %, à 4.419,60 dollars l’once, dans un contexte de frappes américaines renouvelées contre l’Iran et de hausse d’environ 2 % du pétrole.
Le prix spot désigne le prix de l’or pour une livraison quasi immédiate sur le marché. L’once est l’unité de référence internationale pour l’or ; elle correspond à environ 31,1 grammes.
Le renforcement du dollar a ajouté une pression supplémentaire. Comme l’or est libellé en dollars, une devise américaine plus forte renchérit mécaniquement l’achat d’or pour les investisseurs non américains. Cette situation peut réduire la demande, même lorsque les risques géopolitiques augmentent.
Un marché encore marqué par le record de janvier
Le mouvement actuel intervient après une phase de forte volatilité. En janvier 2026, l’or avait atteint un record historique à 5.595 dollars l’once, avant de chuter de plus de 20 % en quelques semaines.
Cette baisse rapide illustre la sensibilité du marché aux anticipations de politique monétaire. Le conflit au Moyen-Orient a soutenu le pétrole. Le pétrole a ravivé les craintes d’inflation. Ces craintes ont renforcé l’idée que la Fed pourrait rester restrictive plus longtemps. Résultat : l’or a subi une pression vendeuse, malgré son rôle traditionnel de protection.
La demande physique reste solide
Le recul des cours ne signifie pas que l’intérêt pour l’or disparaît. Au premier trimestre 2026, la demande mondiale d’or a progressé de 2 % en volume et de 74 % en valeur sur un an, pour atteindre 193 milliards de dollars. La demande d’investissement en lingots et pièces a bondi de 50 %, avec une forte contribution de l’Asie et de la Chine.
Les lingots et pièces d’investissement correspondent à l’or physique acheté pour conserver du capital, par opposition aux bijoux ou aux produits financiers. Cette demande a même provoqué des pénuries ponctuelles de petits lingots.
Pour un particulier, cette différence est importante. Le prix de marché peut baisser à court terme sous l’effet du dollar et des taux, tandis que la demande d’or physique reste élevée pour des raisons de diversification et de protection patrimoniale.
Ce que les investisseurs doivent surveiller
À court terme, trois facteurs dominent : l’évolution du conflit avec l’Iran, le prix du pétrole et les décisions attendues de la Réserve fédérale américaine. Une détente sur le pétrole pourrait réduire les craintes d’inflation. À l’inverse, une nouvelle escalade près du détroit d’Ormuz pourrait maintenir la pression sur l’énergie et compliquer la lecture du marché de l’or.
La baisse récente montre que l’or ne réagit pas seulement à la peur géopolitique. Il dépend aussi du dollar, des taux et des anticipations d’inflation. Pour les épargnants belges et francophones, l’enjeu consiste donc à suivre à la fois le cours international en dollars et le prix réellement payé en euros, frais compris.
La crise iranienne continue de soutenir l’incertitude mondiale. Mais, pour l’instant, le métal jaune reste pris entre son rôle de refuge et la pression d’un environnement monétaire plus restrictif.



