Plus de 28 % de baisse depuis un record à 5 598 dollars l’once : l’or rappelle en 2026 qu’il ne monte pas mécaniquement avec l’inflation. Selon les données disponibles, le cours serait revenu autour de 4 320 dollars l’once au 29 juin, dans un marché mondial plus volatil.
L’explication tient en une phrase : l’inflation soutient l’or à long terme, mais les taux d’intérêt élevés peuvent le faire baisser à court terme. C’est le cœur du paradoxe actuel.
L’once désigne ici l’once troy, l’unité internationale utilisée pour coter l’or. Elle équivaut à environ 31,1 grammes. Quand le prix de l’or est exprimé en dollars l’once, il indique donc le prix de 31,1 grammes d’or sur les marchés internationaux.
L’or baisse car les taux redeviennent l’arbitre principal
En 2026, l’inflation resterait élevée, notamment sous l’effet de la hausse des prix du pétrole. En théorie, cette situation devrait soutenir l’or. Le métal jaune est souvent considéré comme une protection contre la perte de pouvoir d’achat des monnaies.
Mais les banques centrales, et en particulier la Réserve fédérale américaine, maintiennent des taux d’intérêt élevés pour contenir cette inflation. Sous la présidence de Kevin Warsh, la Fed garde une politique monétaire restrictive, même si une nouvelle hausse des taux ne semble pas prévue à court terme.
Un taux d’intérêt est le prix de l’argent emprunté. Quand il augmente, les obligations d’État et certains placements monétaires rapportent davantage. L’or, lui, ne verse ni coupon, ni dividende, ni intérêt. Il ne génère pas de rendement régulier.
C’est ce que les marchés appellent le coût d’opportunité. Ce terme désigne ce à quoi un investisseur renonce en choisissant un actif plutôt qu’un autre. Détenir de l’or devient moins attractif si des obligations américaines offrent un rendement élevé avec un risque perçu comme limité.
Les taux réels pèsent plus que l’inflation seule
Le facteur décisif n’est pas seulement l’inflation. Ce sont surtout les taux réels.
Un taux réel correspond au taux d’intérêt nominal, c’est-à-dire le taux affiché, diminué de l’inflation. Exemple simple : si une obligation rapporte 5 % et que l’inflation est de 3 %, le taux réel est de 2 %.
Quand les taux réels montent, l’or souffre souvent. Les investisseurs peuvent alors obtenir un rendement supérieur à l’inflation sur des actifs financiers concurrents. Dans ce contexte, l’or perd une partie de son attrait, même si les prix à la consommation restent élevés.
La vigueur du dollar renforce aussi cette pression. L’or étant coté en dollars, un billet vert plus fort rend le métal plus cher pour les acheteurs utilisant l’euro, le yen ou d’autres devises. Pour un investisseur belge ou européen, le prix de l’or dépend donc à la fois du cours mondial en dollars et du taux de change euro-dollar.
Les investisseurs auraient pris leurs bénéfices après l’envolée
La baisse observée depuis le début de l’année serait aussi liée à des prises de bénéfices. Une prise de bénéfices consiste à vendre un actif après une forte hausse afin de sécuriser un gain.
Après un sommet historique autour de 5 598 dollars l’once, certains investisseurs auraient vendu une partie de leurs positions. Ce mouvement peut accélérer la baisse, surtout lorsque de nombreux acteurs agissent dans le même sens.
Le recul actuel peut donc être qualifié de correction. Une correction désigne une baisse significative après une phase de hausse rapide. Elle ne signifie pas forcément un retournement durable du marché, mais elle traduit un rééquilibrage des prix.
Ce mécanisme explique pourquoi l’or peut baisser alors même que le contexte économique reste anxiogène. Le métal avait déjà intégré une partie des mauvaises nouvelles : inflation, tensions géopolitiques, incertitude monétaire et achats des banques centrales.
Les banques centrales continuent pourtant de soutenir le marché
La pression baissière n’efface pas les facteurs de soutien. Les banques centrales, notamment dans les pays émergents, continuent de diversifier leurs réserves. Une réserve de change désigne les actifs détenus par une banque centrale pour soutenir sa monnaie et sécuriser ses paiements internationaux.
L’or joue ici un rôle particulier : il n’est la dette d’aucun État. Contrairement à une obligation américaine ou européenne, il ne dépend pas de la capacité d’un gouvernement à rembourser. Cette caractéristique attire les pays qui veulent réduire leur dépendance au dollar.
Ce mouvement est souvent appelé dédollarisation. Il désigne la volonté de certains États de moins utiliser le dollar dans leurs réserves, leurs échanges commerciaux ou leurs transactions financières. Dans ce cadre, l’or sert de substitut partiel au billet vert.
Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et ailleurs renforcent aussi l’image de l’or comme valeur refuge. Une valeur refuge est un actif recherché en période d’incertitude, car il est perçu comme plus résistant aux crises politiques, financières ou monétaires.
Pourquoi l’inflation ne suffit pas à faire monter l’or
Le raisonnement classique reste valable : l’or peut protéger contre l’inflation sur le long terme. Mais à court terme, son prix dépend d’un équilibre plus complexe.
Plusieurs forces s’opposent actuellement :
- l’inflation et les tensions géopolitiques soutiennent la demande ;
- les achats des banques centrales apportent un socle structurel ;
- les taux élevés rendent les placements rémunérés plus compétitifs ;
- le dollar fort limite l’appétit des acheteurs hors États-Unis ;
- les prises de bénéfices accentueraient la correction après le record.
L’or ne réagit donc pas seulement à l’inflation. Il réagit surtout aux anticipations de politique monétaire. Si les marchés pensent que les taux resteront élevés longtemps, le métal peut rester sous pression.
Les prévisions pour fin 2026 resteraient prudentes
Plusieurs prévisions publiées pour la seconde moitié de 2026 indiqueraient une tendance encore fragile. WalletInvestor anticiperait un prix proche de 4 055 dollars en décembre, contre environ 4 083 dollars en juin. LongForecast prévoirait une baisse plus marquée, de 4 574 dollars en mai à 3 996 dollars en décembre 2026.
Ces estimations doivent être lues avec prudence. Une prévision de cours n’est pas une certitude. Elle dépend de modèles, d’hypothèses macroéconomiques et de scénarios de marché. Une baisse de l’inflation, une détente des taux, un choc géopolitique ou un affaiblissement du dollar pourraient modifier rapidement la trajectoire.
Pour les épargnants belges et francophones, l’enjeu est donc moins de prédire le point bas que de comprendre les moteurs du prix. Un achat d’or physique, sous forme de pièces ou de lingots, répond souvent à une logique de diversification patrimoniale. La diversification consiste à répartir son capital entre plusieurs actifs afin de ne pas dépendre d’un seul marché.
La baisse de l’or en 2026 ne contredit pas son rôle historique. Elle montre simplement que le métal jaune reste un actif de marché, sensible aux taux, au dollar et au comportement des investisseurs. Tant que les rendements réels resteront élevés, l’inflation seule pourrait ne pas suffire à relancer durablement le cours de l’or.



