Il faut désormais 2,45 grammes de platine pour acheter un gramme d’or fin. Ce ratio illustre l’inversion durable entre les deux métaux : longtemps plus cher que l’or, le platine cote aujourd’hui à un niveau nettement inférieur. Pour l’investisseur belge ou francophone, les lingots de platine peuvent constituer une diversification, à condition de ne pas confondre métal rare et placement sans risque.
Le 14 septembre 2026, le platine au comptant s’établit à 49,11 € le gramme, soit 1 527,36 € l’once troy et 49 106 € le kilogramme, d’après les données relayées par Goldmarket depuis le marché de Londres. Le cours recule de 0,8 % par rapport à la clôture précédente.
Le cours spot désigne le prix auquel le métal est négocié pour une livraison immédiate entre professionnels. Il ne correspond pas nécessairement au prix final payé par un particulier : ce dernier inclut généralement une prime, les frais de fabrication, de transport et la marge du vendeur.
Un métal moins cher que l’or, contrairement à son histoire
Le platine s’est longtemps échangé au-dessus de l’or au XXe siècle. Cette situation s’est renversée au milieu des années 2010 et perdure. La baisse des ventes de véhicules diesel en Europe a pesé sur la demande de platine destinée aux pots catalytiques, ces équipements qui réduisent certaines émissions polluantes des moteurs.
Le niveau actuel du ratio or-platine ne suffit toutefois pas à prouver qu’un rattrapage est inévitable. Un ratio mesure seulement une comparaison de prix à un instant donné. Il peut rester élevé pendant des années si la demande, les coûts de production ou l’intérêt des investisseurs évoluent défavorablement pour le platine.
La dernière référence LBMA disponible, datée du 11 septembre, se situait légèrement au-dessus du cours spot du 14 septembre : 50,0506 € le gramme le matin et 50,0490 € l’après-midi. Le fixing LBMA est une référence de prix établie à Londres, utilisée notamment pour la valorisation de certains contrats et stocks. Il peut différer du spot, qui fluctue en continu.
Une offre rare mais géographiquement concentrée
L’argument favorable au platine repose aussi sur sa rareté. Les estimations relayées par Blanchard Gold évoquent une production annuelle mondiale de l’ordre de 170 à 180 tonnes, contre plus de 3 000 tonnes pour l’or. Ces chiffres devraient être considérés comme des ordres de grandeur, car les statistiques minières peuvent varier selon les méthodes de comptabilisation et la part du recyclage retenue.
L’offre serait, en outre, concentrée : l’Afrique du Sud représenterait environ 70 à 80 % de la production mondiale, tandis que la Russie constituerait l’autre source majeure. Cette concentration peut soutenir les prix si des difficultés opérationnelles, énergétiques, sociales ou géopolitiques perturbent l’extraction. Elle augmente aussi le risque de volatilité : un marché étroit réagit plus fortement aux chocs d’offre comme aux variations de la demande.
Des usages industriels qui font aussi la fragilité du platine
Le platine est à la fois un métal précieux et un métal industriel. Il entre dans les catalyseurs automobiles, les procédés chimiques, le raffinage pétrolier, la production de verre et certains dispositifs médicaux. Il est également employé dans les piles à combustible à hydrogène.
Cette diversité d’usages constitue un soutien potentiel à long terme. Mais elle distingue profondément le platine de l’or. L’or est surtout recherché comme réserve de valeur, bijou et actif monétaire. Le platine dépend davantage du cycle économique mondial, de l’activité automobile et des choix technologiques des industriels. Une récession ou une baisse de production des constructeurs automobiles peut donc peser sur son cours.
Les taux d’intérêt, l’inflation, les devises, l’offre minière et le recyclage comptent également parmi les facteurs suivis par le marché des métaux précieux. Pour le platine, la demande industrielle et la disponibilité effective du métal doivent être observées avec une attention particulière.
Lingots : des primes souvent plus basses, mais une revente à préparer
Les lingots et barres de platine donnent une exposition directe au métal physique. Ils présenteraient généralement des primes plus faibles que les pièces. La prime est l’écart entre le prix du métal contenu dans le produit et son prix de vente au détail. Plus le format est grand, plus cette prime est souvent réduite par gramme, car les coûts de fabrication sont répartis sur davantage de métal.
Cet avantage ne dispense pas de comparer le prix de rachat. Le marché de détail du platine est souvent moins liquide que celui de l’or : tous les négociants ne reprennent pas les mêmes formats, ni aux mêmes conditions. Avant un achat, il est prudent de vérifier la marque du lingot, son certificat éventuel, le niveau de prime, les modalités de stockage et la politique de reprise du vendeur.
Un investisseur doit aussi distinguer la diversification d’un pari exclusif. Le platine peut compléter une exposition à l’or ou à l’argent, mais sa volatilité et son caractère industriel rendent une allocation concentrée plus risquée.
Le platine affiche donc une décote historique face à l’or et bénéficie d’une offre limitée. Son éventuelle revalorisation dépendra néanmoins moins de son seul statut de métal rare que de la réalité de la demande automobile, industrielle et liée à l’hydrogène. Pour le particulier, un lingot de platine doit s’envisager comme une diversification de long terme, avec une stratégie de revente définie avant l’achat.



