Plus de 1 % de hausse en une séance, mais une quatrième semaine de baisse : l’or entre dans l’été 2026 dans une zone de décision. Le vendredi 26 juin, le prix du métal précieux a rebondi, sans effacer la pression accumulée depuis plusieurs semaines. Pour les investisseurs européens, le signal est clair : le marché n’est pas seulement guidé par la demande de refuge. Il dépend aussi des banques centrales, du dollar et des tensions politiques.
L’or hésite après quatre semaines de baisse
Le prix de l’or a progressé de plus de 1 % le 26 juin sur les marchés internationaux, tout en terminant la semaine en baisse. Il s’agit de sa quatrième semaine consécutive de recul.
Cette configuration place l’or à un tournant technique. En langage de marché, cela désigne une zone où le cours peut confirmer une reprise ou, au contraire, prolonger sa baisse. Ce n’est pas une certitude. C’est un moment où les investisseurs observent si les acheteurs reviennent durablement.
Le mouvement est surtout visible sur les contrats à terme. Un contrat à terme est un produit financier qui fixe aujourd’hui un prix d’achat ou de vente pour une livraison future. Il sert à se couvrir, mais aussi à spéculer sur l’évolution du métal.
Les taux pèsent sur le métal jaune
La pression vient d’abord de la politique monétaire. Aux États-Unis, les marchés anticipent une orientation plus restrictive de la Réserve fédérale américaine, avec la possibilité de taux plus élevés. Des taux élevés rendent les placements rémunérés, comme les obligations, plus attractifs face à l’or.
L’or ne verse ni intérêt ni dividende. Son attrait diminue donc lorsque les rendements disponibles ailleurs augmentent. C’est l’un des mécanismes majeurs à comprendre pour suivre le métal jaune.
En zone euro, la Banque centrale européenne a relevé ses trois taux directeurs de 25 points de base à partir du 17 juin. Un point de base correspond à 0,01 point de pourcentage. Une hausse de 25 points de base équivaut donc à 0,25 point.
Les taux de la BCE atteignent désormais 2,25 % pour la facilité de dépôt, 2,40 % pour les opérations principales de refinancement et 2,65 % pour la facilité de prêt marginal. Ces outils influencent le coût du crédit pour les banques, puis pour les ménages et les entreprises. Pour les acheteurs belges ou français, ils peuvent aussi peser indirectement sur l’épargne, le crédit et l’appétit pour les actifs refuges.
Le dollar reste un facteur décisif
Le renforcement du dollar a également pesé sur l’or. Le métal est coté principalement en dollars sur les marchés mondiaux. Quand le billet vert monte, l’or devient plus cher pour les investisseurs qui utilisent l’euro, le franc suisse ou d’autres devises.
Ce facteur peut freiner la demande internationale. Il explique pourquoi une tension géopolitique ne provoque pas toujours une flambée immédiate du cours. Si le dollar progresse en même temps que les taux, l’or peut rester sous pression malgré son statut de valeur refuge.
Les tensions commerciales ravivent l’incertitude
Le contexte politique ajoute une couche d’incertitude. Le 26 juin, Donald Trump a annoncé que les États-Unis imposeraient un droit de douane de 100 % sur toutes les importations en provenance des pays appliquant une taxe sur les services numériques aux entreprises américaines. L’annonce a été faite publiquement via Truth Social.
Un droit de douane est une taxe appliquée à l’entrée d’un produit dans un pays. À 100 %, il double théoriquement le coût d’importation avant autres frais. Selon l’annonce américaine, ces droits primeraient sur tout accord commercial existant.
La France est directement concernée par ce bras de fer. Emmanuel Macron a affirmé, avant le sommet du G7, que la France ne renoncerait pas à sa taxe sur les services numériques. Cette fiscalité cible notamment les grandes entreprises technologiques américaines.
Pour l’or, l’effet est ambigu. Les tensions commerciales peuvent soutenir la demande de refuge. Mais elles peuvent aussi renforcer le dollar si les investisseurs privilégient les actifs américains les plus liquides.
Le Moyen-Orient maintient la prime de risque
Le risque géopolitique reste élevé. Le 28 juin, au 121e jour du conflit entre les États-Unis et l’Iran, les forces américaines ont mené de nouvelles frappes contre des sites iraniens de stockage de missiles et de drones, ainsi que contre des installations radar côtières.
Ces frappes ont suivi une nouvelle violation d’un cessez-le-feu par l’Iran, notamment une attaque de drone contre un navire commercial. La zone du golfe Persique reste stratégique pour l’énergie et le commerce mondial.
Cette situation entretient une prime de risque sur les marchés. Une prime de risque correspond au supplément de prix ou de rendement exigé par les investisseurs lorsqu’un danger augmente : guerre, rupture d’approvisionnement, crise financière ou choc politique.
L’or profite souvent de ce type d’environnement. Mais l’effet peut être limité si les banques centrales durcissent leur politique monétaire au même moment.
Les prévisions restent prudentes pour 2026
Les scénarios publiés par plusieurs plateformes spécialisées resteraient orientés à la baisse pour la fin de l’année. WalletInvestor prévoirait un recul modéré du cours de l’or, de 4 082,70 dollars en juin à 4 055,12 dollars en décembre 2026. LongForecast anticiperait une clôture à 3 996 dollars en décembre, soit une baisse de 12,6 % depuis mai.
Ces projections doivent être lues avec prudence. Une prévision de prix repose sur des modèles, des hypothèses de taux, de change, d’inflation et de demande. Elle ne constitue pas une certitude, ni un conseil d’achat ou de vente.
Ce que les investisseurs doivent surveiller
Pour les particuliers, le point central n’est pas seulement le niveau du cours. Il s’agit surtout de comprendre les moteurs du marché.
Trois indicateurs dominent à court terme : l’évolution du dollar, les décisions de la Réserve fédérale et de la BCE, et l’intensité des tensions géopolitiques. À moyen terme, la croissance mondiale compte aussi. Les principales institutions économiques prévoient encore une croissance positive autour de 3,1 % en 2026, sans récession mondiale, mais avec une fragilité accrue liée à l’inflation, à l’énergie et aux contraintes d’offre.
L’or reste donc pris entre deux forces : la protection contre l’incertitude et le coût d’opportunité créé par les taux élevés. Pour un épargnant européen, cette phase appelle moins une réaction impulsive qu’une préparation : comparer les primes, vérifier la liquidité des pièces ou lingots, tenir compte du taux de change euro-dollar et garder une vision de long terme.
La prochaine direction du métal jaune dépendra de ce fragile équilibre. Si les risques politiques dominent, l’or pourrait retrouver son rôle de refuge. Si les taux et le dollar continuent de monter, le tournant technique pourrait se transformer en nouvelle phase de pression.



