4.400 dollars l’once : l’or a franchi lundi un seuil symbolique et retrouvé un plus haut de deux mois. Le 17 août 2026, le métal jaune s’est hissé jusqu’à environ 4.406 dollars l’once sur les marchés mondiaux, avant de s’échanger autour de 4.384 dollars à 9 h 05, heure de New York. Il gagnait alors 13 dollars sur une journée et affichait une progression de 1.041 dollars sur un an.
Cette hausse intervient après la publication, le 12 août, des chiffres américains de l’inflation de juillet. Ils ont réduit les craintes d’un resserrement monétaire rapide de la Réserve fédérale américaine, la Fed. Pour les investisseurs, l’or redevient plus attractif lorsque la perspective de taux plus élevés s’éloigne.
L’inflation américaine relâche la pression sur la Fed
L’indice des prix à la consommation américain, ou CPI pour Consumer Price Index, a progressé de 0,1 % en juillet par rapport à juin. Sur un an, l’inflation globale a légèrement ralenti à 3,4 %, contre 3,5 % précédemment.
Le CPI mesure l’évolution des prix payés par les ménages pour un panier de biens et de services. C’est l’un des indicateurs les plus suivis par la Fed pour évaluer la pression inflationniste.
L’inflation dite « sous-jacente », qui exclut les prix les plus volatils comme l’énergie et l’alimentation, a augmenté de 0,2 % sur un mois. Son rythme annuel a ralenti à 2,5 %. Ce niveau reste supérieur à l’objectif de stabilité des prix généralement visé par la banque centrale américaine, mais il signale un apaisement.
Pourquoi des taux moins élevés favorisent l’or
La probabilité d’une hausse des taux de la Fed en septembre est passée d’environ 50 % en début de semaine à près de 40 % après les chiffres d’inflation. Ce recul a immédiatement soutenu le prix de l’or.
Le mécanisme est central pour comprendre le marché. L’or est un actif dit « sans rendement » : il ne verse ni intérêt, ni dividende. Lorsque les taux d’intérêt montent, les obligations d’État américaines, notamment les bons du Trésor, deviennent plus rémunératrices. Le coût d’opportunité de l’or augmente alors. Autrement dit, détenir de l’or peut sembler moins intéressant que placer son capital dans un actif qui rapporte un coupon.
À l’inverse, lorsque les investisseurs anticipent des taux stables ou en baisse, ce coût d’opportunité diminue. C’est précisément ce qui a soutenu le métal jaune après les données américaines de juillet. Un dollar plus faible et des rendements obligataires en recul renforcent aussi généralement l’attrait de l’or, qui est coté en dollars sur les marchés internationaux.
Un signal important pour les investisseurs européens
Pour un épargnant belge ou européen, la hausse de l’or en dollars doit toujours être lue avec un second filtre : le taux de change euro-dollar. Si l’or grimpe en dollars mais que l’euro s’apprécie fortement, le gain en euros peut être atténué. À l’inverse, un dollar ferme peut amplifier la hausse du prix de l’or exprimé en euros.
Le prix mentionné ici correspond au marché « spot », ou marché au comptant. Il s’agit du prix de référence pour une livraison quasi immédiate. L’unité utilisée est l’once troy, qui équivaut à environ 31,1 grammes. Cette unité est différente de l’once classique utilisée dans d’autres contextes.
Les banques centrales restent un soutien de fond
Le mouvement du jour s’inscrit aussi dans une tendance plus longue : les banques centrales continuent d’accumuler de l’or. La Banque populaire de Chine a notamment ajouté 19,9 tonnes à ses réserves en juillet 2026, soit sa plus forte augmentation mensuelle depuis octobre 2023. Il s’agit aussi de son 21e mois consécutif d’achats.
Ces achats souverains s’expliquent par une volonté de diversification. Les banques centrales cherchent à réduire leur dépendance à certaines devises et à renforcer leurs réserves avec un actif qui ne dépend pas directement de la solvabilité d’un État émetteur.
Ce soutien structurel ne supprime pas la volatilité. En 2026, l’or a déjà reculé jusqu’à 18 % après un sommet de dix ans au-dessus de 5.300 dollars l’once, avant de rebondir fortement en août. Les performances depuis le début de l’année restent proches de l’équilibre malgré la récente reprise.
Un marché encore dépendant des prochaines statistiques
Le rebond de l’or repose donc sur une lecture claire : l’inflation américaine ralentit, les investisseurs anticipent moins de hausses de taux, et le métal jaune bénéficie de ce changement de scénario.
Mais la situation reste fragile. Une nouvelle accélération de l’inflation ou un discours plus ferme de la Fed pourrait rapidement inverser les anticipations. Pour les acheteurs comme pour les vendeurs, les prochaines publications économiques américaines resteront déterminantes.
L’or retrouve de l’élan, mais son orientation dépend toujours du même arbitrage : inflation, taux américains, dollar et demande de protection du capital.



