Près de 4.600 dollars l’once : l’or aborde Jackson Hole en position de force, mais avec prudence. Le cours de l’or au comptant — c’est-à-dire le prix pour une livraison quasi immédiate — se situerait jeudi 27 août autour de 4.600 dollars l’once. Une once d’or correspond à 31,1035 grammes.
Le mouvement intervient avant le discours très attendu de Kevin Warsh, président de la Réserve fédérale américaine, vendredi 28 août à 10h00 à Washington, lors du symposium économique de Jackson Hole, dans le Wyoming. Ce rendez-vous réunit chaque année banquiers centraux et économistes internationaux. Cette fois, l’enjeu est plus direct : comprendre la future trajectoire de la politique monétaire américaine.
L’or attend le signal de la Fed
Kevin Warsh doit prononcer son premier grand discours officiel comme président de la Fed sur le thème : « l’innovation financière et ses implications pour les paiements et la politique monétaire ». Plus de 120 responsables monétaires et économistes sont attendus.
Pour les investisseurs en or, le sujet dépasse la technologie financière. La question centrale porte sur les taux d’intérêt américains. Quand les taux montent, l’or devient souvent moins attractif, car il ne verse ni intérêt ni dividende. Quand les taux baissent, ou quand le marché anticipe des baisses, le métal jaune retrouve généralement de l’attrait.
Le marché chercherait donc à savoir si Kevin Warsh adoptera un ton restrictif ou accommodant. Une politique restrictive signifie que la banque centrale maintient des taux élevés pour freiner l’inflation. Une politique accommodante vise au contraire à soutenir l’économie, souvent avec des taux plus bas.
Un discours ferme pourrait freiner le rallye de l’or. Un discours plus souple serait favorable au métal jaune.
Un métal soutenu par l’incertitude
Depuis le début du mois d’août, l’or aurait progressé d’environ 13 %. Cette hausse serait liée à plusieurs facteurs : incertitude sur la Fed, tensions sur les marchés obligataires, inquiétudes budgétaires aux États-Unis et baisse du dollar.
L’or joue ici son rôle classique de valeur refuge. Ce terme désigne un actif recherché lorsque les investisseurs veulent réduire leur exposition aux risques financiers, politiques ou monétaires. L’or est aussi un actif tangible : il ne dépend pas de la promesse de remboursement d’un État ou d’une entreprise.
La demande physique — achats de lingots, pièces ou métal par les investisseurs et institutions — soutiendrait les prix. Les flux spéculatifs sur les marchés à terme y contribueraient aussi. Les marchés à terme permettent d’acheter ou de vendre un actif à une date future, à un prix fixé à l’avance. Ils amplifient parfois les mouvements de marché, surtout lorsque les anticipations changent rapidement.
Pour un investisseur belge ou européen, un autre élément compte : le taux de change euro-dollar. L’or étant coté mondialement en dollars, une baisse du dollar peut modifier le prix payé en euros, même si le cours international progresse.
Le marché obligataire met la pression
Le discours de Jackson Hole intervient dans un contexte tendu sur les obligations américaines. Les rendements à long terme ont fortement augmenté. Le taux à 10 ans a dépassé 4,72 %, tandis que le taux à 30 ans se situe près de ses plus hauts niveaux depuis 2007.
Une obligation est un titre de dette. Quand son rendement monte, cela signifie que les investisseurs exigent une rémunération plus élevée pour prêter de l’argent. Cette hausse peut refléter une crainte d’inflation, une inquiétude sur les finances publiques ou une perte de confiance dans la trajectoire monétaire.
Aux États-Unis, la dette publique avoisine 40.000 milliards de dollars. Le Trésor américain a doublé ses rachats de dette à long terme pour tenter de limiter la hausse des rendements. Cette intervention alimente le débat sur l’équilibre entre politique budgétaire et indépendance de la Fed.
Pour l’or, ce climat est important. Des tensions obligataires durables peuvent renforcer l’attrait du métal jaune, surtout si les investisseurs redoutent une instabilité financière. Mais une hausse trop forte des rendements réels — les rendements corrigés de l’inflation — peut aussi peser sur l’or.
Deux scénarios pour le métal jaune
Le marché serait divisé à l’approche de la réunion de septembre de la Fed. L’inflation américaine resterait persistante, autour de 3,4 %, tandis que le marché de l’emploi montrerait des signes de ralentissement.
Premier scénario : Kevin Warsh insiste sur la lutte contre l’inflation. Les investisseurs pourraient alors anticiper des taux durablement élevés. Dans ce cas, l’or pourrait consolider après sa récente hausse.
Deuxième scénario : le président de la Fed met l’accent sur les risques pour la croissance et l’emploi. Les marchés pourraient alors anticiper un assouplissement monétaire plus rapide. Ce scénario soutiendrait davantage l’or.
À court terme, la zone des 4.600 dollars devient donc un niveau psychologique. Elle ne constitue pas une garantie de tendance, mais un point d’observation. Après une hausse rapide, une pause est normale. Le véritable test viendra du message envoyé à Jackson Hole.
L’or reste porté par l’incertitude. Mais à ces niveaux, chaque mot de la Fed peut peser lourd sur le prochain mouvement du marché.


