À 119,94 euros le gramme, l’or ne cède que 0,21 % sur la séance du 12 octobre, après avoir atteint 120,73 euros en cours de journée. Le métal précieux conserve ainsi l’essentiel de sa hausse hebdomadaire, établie à 1,1 %, alors que les dernières indications de la Réserve fédérale américaine (Fed) confirment une ligne monétaire restrictive.

À 3 730,52 euros l’once — une once troy représente 31,103 grammes et constitue l’unité de référence du marché des métaux précieux — l’or reste donc installé près de ses niveaux records récents. Cette résistance est notable : des taux d’intérêt élevés constituent habituellement un frein pour un actif qui ne verse ni intérêt ni dividende.

Pourquoi des taux élevés pèsent habituellement sur l’or

Une politique monétaire restrictive signifie que la banque centrale maintient ou relève ses taux directeurs afin de ralentir l’économie et de contenir l’inflation. Dans ce contexte, les placements rémunérés, comme les obligations ou certains produits monétaires, peuvent devenir plus attractifs.

Pour l’or, le mécanisme est celui du coût d’opportunité : détenir du métal ne procure pas de revenu régulier, contrairement à une obligation qui verse un coupon. Des rendements plus élevés tendent donc à réduire l’intérêt relatif du métal jaune.

Les minutes de la Fed confirment cette orientation restrictive. Pourtant, le marché ne connaît pas de correction marquée. Cette tenue suggère que d’autres facteurs compensent actuellement la pression exercée par les taux américains.

La prime géopolitique pourrait soutenir le métal

Les tensions au Moyen-Orient soutiendraient la demande d’or, selon les éléments disponibles le 12 octobre. En période d’incertitude militaire ou politique, les investisseurs cherchent traditionnellement des actifs perçus comme plus protecteurs. L’or est alors qualifié de valeur refuge : il ne garantit pas une hausse de prix, mais il bénéficie souvent d’une demande accrue lorsque le risque augmente sur les marchés financiers.

Cette demande de précaution agirait comme un plancher sous les cours. Elle aiderait l’or à absorber l’effet défavorable d’une Fed ferme sur les taux. Pour un épargnant, ce mouvement rappelle qu’un prix de l’or ne dépend pas uniquement de l’inflation ou des décisions de banque centrale : le contexte géopolitique peut modifier rapidement l’équilibre entre acheteurs et vendeurs.

Un effet de change limité pour les acheteurs en euros

L’or est principalement coté en dollars sur les marchés internationaux. Son prix en euros dépend donc de deux variables : le cours du métal en dollars et le taux de change entre l’euro et le billet vert.

Le 12 octobre, le Dollar Index, qui mesure le dollar face à un panier de devises, atteignait 102,31 points, en hausse de 0,06 % sur 24 heures. L’euro s’établissait à 1,1204 dollar, en repli de 0,04 %. Ces variations modérées limitent l’effet de change pour les acheteurs belges et européens.

Le léger recul de l’or en euros reflète donc presque directement celui observé sur le marché international, sans forte amplification ni compensation liée aux devises. À court terme, un euro qui baisse nettement face au dollar peut pourtant amortir, voire annuler, une baisse de l’or exprimé en dollars pour un investisseur de la zone euro. L’inverse est également vrai.

L’argent reste plus volatil

L’argent évolue moins favorablement que l’or sur les dernières semaines. Il cotait 1,745 euro le gramme le 12 octobre, en hausse de 0,81 % sur vingt-quatre heures, mais en recul de 0,3 % sur une semaine et de 2,3 % sur un mois.

Le ratio or/argent ressortait à 68,7, contre 67,4 un mois plus tôt. Ce ratio indique le nombre de grammes — ou d’onces — d’argent nécessaires pour acheter un gramme — ou une once — d’or. Sa hausse signifie que l’or a récemment fait mieux que l’argent.

Cette différence s’explique notamment par le caractère hybride de l’argent. Le métal gris est à la fois recherché comme actif précieux et utilisé par l’industrie. Il est donc davantage exposé aux anticipations de croissance économique, ce qui peut accentuer ses variations de cours.

Inflation américaine et discours de Kevin Warsh sous surveillance

La suite dépendra en partie des indicateurs américains attendus cette semaine. Les prix à la production doivent être publiés mercredi, suivis jeudi par les prix à la consommation. Ces données mesureront l’évolution de l’inflation et pourraient influencer les anticipations de taux.

Vendredi, Kevin Warsh, président de la Fed, doit aussi s’exprimer à Bangkok, à l’occasion des réunions annuelles du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Ses déclarations pourraient préciser si la banque centrale envisage de conserver longtemps une politique restrictive.

Pour l’or, un ralentissement plus net de l’inflation pourrait renforcer l’idée d’un assouplissement monétaire futur, ce qui serait généralement favorable au métal. À l’inverse, une inflation persistante et un discours très ferme de la Fed pourraient raviver la pression des rendements.

À ce stade, l’or démontre surtout sa capacité à rester proche de ses sommets malgré un environnement de taux peu favorable. Les prochaines données américaines diront si ce soutien repose sur une tendance durable ou sur un équilibre encore fragile entre politique monétaire restrictive et recherche de sécurité.

Observateur des relations internationales, Thomas étudie l’influence des tensions géopolitiques et des politiques monétaires sur l’or.

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