Moins de 4 700 dollars l’once. Le cours de l’or a franchi à la baisse ce seuil le 25 août 2026, sur le marché mondial, après avoir touché son plus haut niveau depuis le 14 mai. Le mouvement concerne directement les investisseurs européens, car l’or se négocie principalement en dollars et sa variation dépend aussi du taux de change euro-dollar.

L’or baisse après un pic de trois mois

Le repli du métal jaune intervient après une phase de progression marquée. Une once d’or — l’unité de référence internationale, soit environ 31,1 grammes — est repassée sous 4 700 dollars.

Le recul s’explique d’abord par la hausse du dollar américain. Quand le billet vert monte, l’or devient plus cher pour les acheteurs qui utilisent d’autres devises, comme l’euro. Cela peut réduire la demande à court terme.

Le marché arbitre aussi entre l’or et les placements rémunérés. L’or ne verse ni intérêt ni dividende. Lorsque les taux américains montent, les obligations et produits monétaires deviennent plus attractifs. Cette concurrence pèse souvent sur le métal précieux.

La Fed redevient le facteur central

Les traders évaluent à 75 % la probabilité d’un relèvement des taux par la Réserve fédérale américaine d’ici la fin 2026. La Fed, ou banque centrale des États-Unis, fixe le niveau des taux directeurs. Ces taux influencent le coût du crédit, le rendement des obligations et, indirectement, le dollar.

Une hausse des taux vise généralement à freiner l’inflation, c’est-à-dire la hausse générale des prix. Aux États-Unis, l’inflation sous-jacente reste supérieure à l’objectif de la Fed depuis 63 mois consécutifs. L’inflation sous-jacente exclut les éléments les plus volatils, comme l’énergie et l’alimentation, afin de mieux mesurer la tendance de fond.

Les investisseurs surveillent désormais trois échéances : la publication de l’indice PCE américain le 26 août, le discours du président de la Fed Kevin Warsh au symposium de Jackson Hole fin août, puis la réunion du FOMC des 15 et 16 septembre. Le PCE est l’indicateur d’inflation privilégié par la Fed. Le FOMC est le comité qui décide de la politique monétaire américaine.

Le Moyen-Orient soutient le dollar, pas l’or à court terme

Les tensions autour de l’Iran et du détroit d’Ormuz renforcent aussi la nervosité des marchés. Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a lancé une campagne destinée à isoler économiquement l’Iran, avec des menaces de sanctions contre les pays commerçant avec Téhéran.

En réponse, Mohsen Rezaei, figure politique iranienne, a menacé de suspendre les exportations pétrolières transitant par le détroit d’Ormuz si la guerre économique se poursuivait. Ce passage maritime est stratégique, car une partie importante du pétrole mondial y circule.

Ces tensions créent une prime de risque géopolitique. Cette expression désigne le supplément d’incertitude intégré par les marchés lorsqu’un conflit ou une crise peut perturber l’économie mondiale. Dans ce contexte précis, le dollar bénéficie de son statut de valeur refuge. Une valeur refuge est un actif recherché lorsque les investisseurs veulent réduire leur exposition au risque.

L’or joue aussi ce rôle dans de nombreuses crises. Mais à court terme, le couple dollar fort et taux attendus plus élevés domine la séance.

La dette américaine reste un soutien de fond pour le métal jaune

Le recul actuel ne supprime pas les arguments structurels en faveur de l’or. La dette publique fédérale américaine a dépassé 40 000 milliards de dollars. Ce niveau nourrit les craintes sur la soutenabilité budgétaire des États-Unis à long terme.

Il alimente aussi ce que les marchés appellent le debasement trade. Ce terme désigne une stratégie consistant à acheter des actifs rares, comme l’or, lorsque les investisseurs craignent une perte de pouvoir d’achat des monnaies fiduciaires. Une monnaie fiduciaire est une devise émise par un État ou une banque centrale, comme le dollar ou l’euro, sans être directement convertible en or.

Le Trésor américain a par ailleurs élargi ses rachats d’obligations souveraines à long terme, notamment sur les segments 10-20 ans et 20-30 ans. Une obligation souveraine est une dette émise par un État. Ces rachats visent à apaiser les tensions sur les taux longs.

Ce que doivent surveiller les investisseurs européens

Pour un épargnant belge ou francophone, trois paramètres comptent désormais. Le premier est le prix de l’or en dollars. Le deuxième est l’évolution de l’euro face au dollar. Le troisième est la trajectoire des taux américains.

Si la Fed confirme une ligne plus restrictive, le dollar pourrait rester ferme et limiter le rebond de l’or. Si les tensions géopolitiques s’intensifient ou si les craintes sur la dette américaine reprennent le dessus, le métal jaune pourrait retrouver son rôle de protection du capital.

Le passage sous 4 700 dollars ne change donc pas la nature de l’or : il rappelle surtout que même une valeur refuge reste sensible aux taux, au dollar et aux chocs géopolitiques.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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