4 091,71 dollars l’once : le cours au comptant de l’or a reculé le 23 juillet 2026, malgré un dollar légèrement plus faible. Le mouvement surprend à première vue. Un dollar en baisse rend normalement l’or moins cher pour les acheteurs utilisant d’autres devises, dont l’euro. Mais cette fois, le marché a surtout regardé du côté du pétrole et de la Réserve fédérale américaine, la Fed.

L’or cède face au risque de taux plus élevés

Le cours au comptant de l’or, c’est-à-dire le prix pour une livraison quasi immédiate du métal, est tombé autour de 4 091,71 dollars l’once. L’once troy, unité de référence sur le marché de l’or, correspond à environ 31,1 grammes.

La pression vient principalement des anticipations de politique monétaire aux États-Unis. Les investisseurs redoutent une hausse des taux d’intérêt de la Fed en septembre. Quand les taux montent, les placements rémunérés, comme les obligations, deviennent plus attractifs. L’or, lui, ne verse ni intérêt ni dividende. Son coût d’opportunité augmente donc lorsque les taux progressent.

Ce mécanisme explique pourquoi le métal jaune peut baisser même dans un contexte d’incertitude géopolitique. L’or reste une valeur refuge, mais il souffre lorsque les marchés pensent que les banques centrales vont maintenir une politique monétaire restrictive.

Le pétrole ravive les craintes d’inflation

La flambée du pétrole a renforcé ces anticipations. En juillet, le Brent a évolué dans une fourchette volatile, entre 72 et 78 dollars le baril, avec des passages au-dessus de 79 dollars à certains moments. Le Brent est la référence européenne du pétrole brut, très suivie par les marchés et par les entreprises exposées aux prix de l’énergie.

Cette tension s’explique par plusieurs facteurs géopolitiques : actions militaires américaines contre l’Iran, attaques attribuées aux rebelles houthis en mer Rouge, tensions autour du détroit d’Ormuz et révocation par Washington d’une licence autorisant certaines ventes de brut iranien. Le détroit d’Ormuz est un passage stratégique pour le transport mondial de pétrole.

Même si l’OPEP+, l’alliance de pays producteurs de pétrole, a augmenté certains quotas de production, la prime de risque reste élevée. Cette prime correspond au supplément de prix demandé par le marché face à un risque de rupture d’approvisionnement.

Les obligations américaines confirment la tension

Autre signal surveillé : les rendements des bons du Trésor américain à deux ans ont atteint en juillet leur plus haut niveau depuis 17 mois. Le rendement correspond au taux de rémunération exigé par les investisseurs pour prêter à l’État américain.

Le mouvement sur les obligations à court terme reflète une crainte simple : si l’énergie renchérit, l’inflation peut repartir. Et si l’inflation repart, la Fed pourrait relever ses taux ou les maintenir élevés plus longtemps.

Cette logique pèse directement sur l’or. Après une correction de près de 15 % au deuxième trimestre 2026, qui avait fait passer le métal sous le seuil des 4 000 dollars l’once, le marché reste sensible au moindre signal de durcissement monétaire américain.

Un effet aussi à surveiller depuis l’Europe

Pour les investisseurs belges et européens, deux variables comptent : le prix de l’or en dollars et le taux de change euro-dollar. Le repli du dollar de 0,2 % aurait dû soutenir l’achat d’or hors des États-Unis. Mais l’impact a été insuffisant face aux craintes de taux.

La Banque centrale européenne devrait, de son côté, maintenir ses taux inchangés lors de sa réunion de juillet 2026, tout en laissant entrevoir une possible hausse en septembre. Cette perspective resterait importante pour les épargnants européens, car des taux plus élevés peuvent aussi renforcer l’attrait des produits rémunérés face à l’or physique.

Ce que cela change pour les acheteurs d’or

À court terme, l’or reste pris entre deux forces. D’un côté, les tensions géopolitiques et énergétiques soutiennent son statut de valeur refuge. De l’autre, la remontée des rendements obligataires et la crainte d’une Fed plus ferme réduisent son attrait.

Pour un acheteur d’or physique, la prudence reste donc centrale : comparer les primes sur les pièces et lingots, suivre le prix en euros, et éviter de décider uniquement sur un mouvement quotidien. Le recul du 23 juillet rappelle que l’or protège sur le long terme, mais reste volatil à court terme.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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