Près de 3 983 dollars l’once, l’or reprend un peu d’air après un plus bas mensuel. Le rebond reste toutefois limité. Le métal précieux profite d’un dollar américain moins ferme, mais il demeure freiné par les anticipations de taux plus élevés aux États-Unis et par une configuration technique encore dégradée.
Pour les investisseurs belges et européens, cette séquence rappelle un point essentiel : le prix de l’or dépend à la fois de la géopolitique, du dollar, des taux d’intérêt et du comportement des marchés financiers.
L’or rebondit, mais sans signal durable
Le cours de l’or évolue ce 20 juillet autour de 3 982 à 3 983 dollars l’once. Une once, dans le marché de l’or, désigne l’once troy, soit environ 31,10 grammes.
Ce rebond intervient après un plus bas mensuel touché en séance asiatique. Il s’agit d’un rebond technique, c’est-à-dire une remontée des prix après une baisse marquée, sans que la tendance de fond soit forcément inversée.
Le soutien vient d’abord du dollar. Lorsque le billet vert recule face à un panier d’autres devises, l’or devient moins cher pour les acheteurs utilisant l’euro, le franc suisse, la livre ou d’autres monnaies. Cette mécanique peut stimuler la demande à court terme.
Mais le mouvement reste prudent. L’or est coté internationalement en dollars. Pour un investisseur belge qui achète en euros, l’évolution du taux euro-dollar peut donc amplifier ou réduire la variation réelle du prix payé.
Les tensions Iran-États-Unis entretiennent la prime de risque
La géopolitique soutient aussi l’intérêt pour l’or. Washington a mené une neuvième nuit consécutive de frappes contre l’Iran après le décès d’un militaire américain en Irak. Téhéran a riposté par des tirs de missiles balistiques et de drones kamikazes visant plusieurs alliés de Washington dans la région, dont Bahreïn, la Jordanie, le Koweït et l’Irak.
Le détroit d’Ormuz reste au centre des inquiétudes. Cette zone est stratégique pour le transport maritime du pétrole. Le rétablissement d’un blocus naval américain sur les ports iraniens renforce la tension sur l’énergie.
Dans ce contexte, les marchés ajoutent une prime de risque géopolitique au prix de certains actifs. Cette prime correspond au supplément de prix que les investisseurs acceptent de payer lorsqu’un conflit, une rupture d’approvisionnement ou une escalade militaire devient plus probable.
L’or bénéficie habituellement de ce climat, car il est considéré comme une valeur refuge. Ce terme désigne un actif recherché lorsque les investisseurs veulent protéger leur capital face aux crises politiques, financières ou monétaires.
Le pétrole rallume le risque inflationniste
Les tensions autour de l’Iran ont aussi poussé les cours du pétrole à leur plus haut niveau depuis le 12 juin 2026. Cette hausse compte pour l’or, car un pétrole plus cher peut alimenter l’inflation.
L’inflation correspond à la hausse générale des prix. Elle réduit le pouvoir d’achat de la monnaie. Historiquement, l’or attire les investisseurs lorsqu’ils cherchent une protection contre cette perte de valeur.
Mais l’effet n’est pas automatique. Si l’inflation pousse les banques centrales à relever leurs taux, l’or peut au contraire subir une pression. Le métal jaune ne verse ni intérêt ni dividende. Il devient donc moins attractif lorsque les obligations ou les placements en dollars offrent de meilleurs rendements.
La Fed refroidit les acheteurs d’or
Beth Hammack, présidente de la Fed de Cleveland, a déclaré publiquement le 17 juillet que les taux directeurs américains pourraient devoir être relevés pour combattre une inflation encore trop élevée.
Les taux directeurs sont les taux fixés par une banque centrale pour orienter le coût du crédit dans l’économie. Lorsqu’ils montent, les emprunts deviennent plus chers, l’activité peut ralentir, et la monnaie concernée tend souvent à se renforcer.
Pour l’or, le message est défavorable. Des taux américains plus élevés soutiennent généralement le dollar et augmentent le coût d’opportunité de détention du métal. Le coût d’opportunité désigne le rendement auquel un investisseur renonce lorsqu’il choisit un actif qui ne rapporte pas d’intérêt, comme l’or physique.
Cette perspective explique pourquoi le rebond actuel reste fragile, malgré la crise au Moyen-Orient.
Les graphiques restent défavorables
L’analyse technique confirme cette prudence. Le cours de l’or évolue sous sa moyenne mobile à 200 jours, située autour de 4 496 dollars. Une moyenne mobile est une moyenne des prix calculée sur une période donnée. Elle sert à lisser les variations et à repérer la tendance. Sous cette moyenne, le signal reste généralement négatif.
Le métal évolue aussi dans un canal descendant, entre environ 3 663 dollars et 4 056 dollars. Un canal descendant signifie que les sommets et les creux de prix baissent progressivement.
Le niveau de 3 663 dollars joue le rôle de support majeur. Un support est une zone où les acheteurs peuvent revenir. À l’inverse, les 4 056 dollars forment une résistance, c’est-à-dire une zone où les vendeurs peuvent reprendre la main.
Deux indicateurs renforcent cette lecture. Le MACD, indicateur qui compare deux moyennes de prix pour mesurer l’élan du marché, montre un léger momentum haussier. Le RSI, indicateur qui mesure la force d’un mouvement, reste toutefois sous 50. Ce niveau traduit encore un biais baissier global.
Ce que doivent surveiller les investisseurs
À court terme, trois variables dominent : le dollar, les décisions de la Réserve fédérale américaine et l’évolution militaire autour de l’Iran.
Une détente du dollar pourrait aider l’or à tester la résistance des 4 056 dollars. À l’inverse, un discours plus dur de la Fed ou une remontée des rendements américains pourrait ramener la pression vendeuse.
Selon une analyse attribuée à J. Safra Sarasin, l’or demeurerait une couverture efficace contre l’inflation et conserverait son rôle de valeur refuge dans un environnement incertain. Cette thèse resterait cohérente avec l’intérêt patrimonial de long terme pour les métaux précieux, mais elle ne supprime pas le risque de volatilité à court terme.
Le message principal reste donc nuancé : l’or rebondit, mais il n’a pas encore repris une tendance haussière claire. Pour un achat ou une vente, le prix en euros, les frais, la prime sur les pièces ou lingots et l’horizon de détention restent déterminants.
La prochaine direction du métal jaune dépendra moins d’un seul chiffre que d’un équilibre instable : dollar, pétrole, Iran et politique monétaire américaine.



