L’or a atteint, le 23 octobre, son niveau le plus bas depuis trois mois. Le mouvement intervient alors que le pétrole reste à des niveaux élevés, alimentant les craintes d’une inflation plus persistante et de taux d’intérêt durablement restrictifs.

Le mécanisme est important pour les épargnants. L’or ne verse ni intérêt ni dividende : il est qualifié d’actif non rémunérateur. Lorsque les marchés anticipent des taux élevés plus longtemps, les obligations et certains placements monétaires, qui procurent un rendement, deviennent relativement plus attractifs. Cette comparaison peut provoquer des ventes sur le métal jaune.

Le pétrole renforce le risque inflationniste

La hausse du pétrole est au cœur de cette nouvelle phase de pression sur l’or. Le Brent, référence pétrolière internationale, a été soutenu par les tensions au Moyen-Orient et les risques pesant sur l’approvisionnement ainsi que sur le transport maritime.

Le 19 octobre, l’Institut français du pétrole et des énergies nouvelles (IFPEN) a relevé un prix spot moyen du Brent de 126,9 dollars le baril, après un dépassement du seuil de 110 dollars pour les contrats à terme la semaine précédente. Le marché a notamment réagi à l’intensification d’attaques visant des infrastructures énergétiques saoudiennes et des navires transitant par le détroit d’Ormuz.

Le prix spot désigne le prix d’achat ou de vente immédiat d’une matière première. Les contrats à terme, ou futures, sont des accords négociés aujourd’hui pour une livraison et un prix fixés à une date ultérieure. Leur hausse traduit souvent l’anticipation d’un marché plus tendu.

Des taux élevés pénalisent le métal jaune

Un pétrole cher peut se transmettre à l’ensemble de l’économie : carburants, transports, coûts de production et parfois prix à la consommation. Si cette hausse entretient l’inflation, les banques centrales peuvent hésiter à abaisser leurs taux directeurs.

Les taux directeurs sont les taux auxquels les banques centrales prêtent à très court terme aux établissements financiers. Ils influencent ensuite les crédits, les livrets, les obligations et, plus largement, le coût de l’argent dans l’économie.

Pour l’or, le risque n’est donc pas seulement la hausse du pétrole, mais la perspective que celle-ci retarde un assouplissement monétaire. Les investisseurs ont réévalué leurs anticipations dans ce sens, contribuant au repli du métal précieux vers un plus bas de trois mois.

Une correction après des niveaux exceptionnellement élevés

Le recul intervient après une phase de très forte volatilité. Selon des données rapportées par Cafedutrading, l’or aurait approché 4 700 dollars l’once fin août, avant de revenir autour de 4 000 dollars au début d’octobre. Une once troy, l’unité de référence du marché de l’or, équivaut à 31,103 grammes.

Cette baisse ne signifie pas automatiquement un changement durable de tendance. L’or conserve son rôle de diversification et de réserve de valeur dans de nombreux patrimoines, notamment lorsque les risques géopolitiques, monétaires ou financiers s’intensifient. Mais à court terme, la trajectoire des taux réels — les taux corrigés de l’inflation — et celle du dollar restent déterminantes.

Pour les acheteurs belges et européens, le prix en euros mérite une attention particulière : il dépend à la fois du cours international de l’or, généralement exprimé en dollars, et du taux de change entre l’euro et le dollar. Un repli du cours en dollars ne se traduit donc pas nécessairement par une baisse identique du prix de l’or physique en euros.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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