Tiraillés entre les espoirs d’une désescalade dans le détroit d’Ormuz et l’attente des annonces monétaires mondiales, les cours du métal jaune consolident leurs positions. Décryptage d’un marché financier qui retient son souffle.
Le chiffre reflète le climat actuel d’incertitude : en ce début de semaine d’avril 2026, l’once d’or s’échange de manière stable autour de 4 695 dollars sur les marchés internationaux. Cette stabilisation, observée lors des séances asiatiques et américaines, traduit l’attentisme prudent des investisseurs. Alors que la guerre entre les États-Unis et l’Iran pèse depuis deux mois sur l’approvisionnement énergétique mondial, les traders limitent leurs prises de risque. Le platine, le palladium et l’argent enregistrent quant à eux de légères hausses.
L’impasse géopolitique au Moyen-Orient soutient la valeur refuge
L’évolution du prix de l’or reste intimement corrélée aux tensions au Moyen-Orient. Selon les informations circulant dans les cercles diplomatiques, l’Iran aurait soumis, par l’intermédiaire de médiateurs pakistanais, une proposition visant à rouvrir le détroit d’Ormuz. Cette offre impliquerait la levée du blocus naval américain en échange d’une prolongation du cessez-le-feu, reléguant au second plan les épineuses négociations sur le programme nucléaire iranien.
Cependant, l’administration de Donald Trump accueillerait cette proposition avec un profond scepticisme, maintenant ses lignes rouges face à l’exclusion du volet nucléaire. En parallèle, les opérations militaires se poursuivent, la marine américaine ayant récemment intercepté un navire lié à Téhéran en mer d’Oman, tandis que l’Allemagne prépare le déploiement d’unités navales.
En période de crise internationale majeure, l’or joue pleinement son rôle de valeur refuge. Pour rappel, une valeur refuge est un actif financier qui conserve, voire augmente sa valeur lors des périodes de turbulences économiques ou géopolitiques. Contrairement aux devises ou aux obligations, l’or physique ne dépend du crédit d’aucun État ou institution, ce qui rassure les investisseurs face aux risques d’escalade militaire.
Le grand oral des banques centrales mondiales
L’autre grand catalyseur de la semaine concerne la politique monétaire. La Réserve Fédérale américaine (Fed), la Banque Centrale Européenne (BCE), ainsi que les banques centrales du Japon, d’Angleterre et du Canada tiennent des réunions décisives. Face aux risques importants de hausse de l’inflation générés par les perturbations énergétiques dans le détroit d’Ormuz, ces institutions devraient majoritairement maintenir leurs taux d’intérêt à leurs niveaux actuels.
Il est essentiel de comprendre que le cours de l’or est mécaniquement influencé par les taux d’intérêt. Le métal jaune est un actif dit « non productif de rendement », c’est-à-dire qu’il ne verse ni dividendes ni intérêts. Il devient donc moins attractif lorsque les taux d’intérêt sont très élevés. À l’inverse, le maintien de taux stables couplé à une inflation persistante renforce massivement l’attrait de l’or pour protéger le pouvoir d’achat.
Washington sous tension institutionnelle et sécuritaire
Aux États-Unis, le climat intérieur ajoute une couche de complexité aux marchés mondiaux. Sur le plan institutionnel, le Comité bancaire du Sénat s’apprête à faire avancer la nomination de Kevin Warsh à la présidence de la Fed. Ce dernier doit remplacer Jerome Powell, dont le mandat s’achève le 15 mai. Cette transition est facilitée par l’annonce récente de la fin d’une enquête du Département de la Justice visant l’actuel président de la Fed, ce qui devrait rassurer les marchés quant à l’indépendance de l’institution monétaire.
Ce changement de cap s’opère dans un contexte sécuritaire particulièrement lourd. Samedi dernier, un individu armé de fusils et de couteaux a fait irruption lors du dîner des correspondants au Washington Hilton. Le suspect a ouvert le feu avant d’être maîtrisé et arrêté par le Secret Service. Le président Donald Trump et le vice-président JD Vance, présents sur les lieux, ont été évacués sains et saufs. Cet incident, au cours duquel un agent des forces de l’ordre a été touché à son gilet pare-balles, illustre la fébrilité du climat politique américain actuel.
Entre un trafic maritime paralysé au Moyen-Orient, une inflation mondiale sous pression énergétique et un climat nord-américain électrique, les métaux précieux disposent de fondamentaux solides pour justifier leurs niveaux historiques. Les investisseurs et épargnants garderont les yeux rivés sur les conclusions de la Réserve Fédérale ce mercredi, un rendez-vous qui pourrait dicter la prochaine grande tendance des marchés de l’or.



