En l’espace de quelques semaines, le marché des métaux précieux a vu s’évaporer des milliers de milliards de dollars sous l’effet combiné d’une crise géopolitique majeure, d’une inflation tenace et d’un besoin urgent de liquidités sur les places boursières.

En seulement 17 jours, près de 5 500 milliards de dollars de capitalisation se sont volatilisés sur les marchés de l’or et de l’argent. Alors que l’once d’or avait atteint un sommet historique absolu fin janvier 2026 à près de 5 595 dollars, clôturant trois années de hausses ininterrompues, la donne a brutalement changé. L’or s’échange actuellement dans une fourchette de 4 128 à 4 400 dollars l’once, marquant une chute de plus de 20 %.

Sur la seule journée du 23 mars, le métal jaune a d’abord dévissé de plus de 8 % avant de clôturer en forte baisse. Le reste du secteur n’est pas épargné : l’argent a plongé de plus de 26 % pour tomber autour des 62 à 68 dollars l’once, tandis que le platine et le palladium subissent des corrections tout aussi violentes, rapportent des médias financiers comme La Tribune et Boursier.com. Mais comment expliquer qu’en pleine tourmente mondiale, l’or, traditionnelle valeur refuge, s’effondre de la sorte ?

La quête désespérée de liquidités sur les marchés

La réponse principale réside dans un mécanisme financier bien connu des périodes de panique boursière. Face à la baisse sévère des marchés actions mondiaux, les investisseurs institutionnels se retrouvent sous pression.

Qu’est-ce qu’un appel de marge ?
Sur les marchés financiers, de nombreux acteurs investissent avec de l’argent emprunté. Lorsque la valeur de leur portefeuille d’actions s’effondre, les courtiers exigent l’apport immédiat d’argent frais pour couvrir les pertes potentielles : c’est l’appel de marge.

Pour trouver cette trésorerie d’urgence, les fonds d’investissement et les traders sont contraints de vendre en masse ce qui a encore de la valeur et qui se liquide facilement. Fortement valorisé après son record de janvier, l’or a fait figure de victime collatérale. Les investisseurs ont procédé à des liquidations massives de leurs positions sur les métaux précieux pour se repositionner sur le dollar américain.

Géopolitique explosive et flambée du pétrole

Ce mouvement de panique trouve sa source dans le détroit d’Ormuz, passage vital pour le commerce maritime international. Le 21 mars dernier, le président américain Donald Trump a lancé un ultimatum de 48 heures au gouvernement iranien pour rouvrir cette voie maritime stratégique, menaçant de bombarder les centrales électriques du pays. En réponse, Téhéran a brandi la menace d’une fermeture totale du détroit et de frappes sur les infrastructures énergétiques régionales, selon les informations relayées par Bloomberg.

Conséquence directe de cette escalade : une flambée des prix du pétrole, propulsant le baril au-dessus des 100 dollars. Cette situation ravive spectaculairement les craintes inflationnistes à l’échelle mondiale, forçant la main aux institutions monétaires.

Les banques centrales maintiennent la pression

Pour contrer cette nouvelle vague d’inflation énergétique, la politique monétaire reste stricte. Lors de la troisième semaine de mars, la Réserve fédérale américaine (Fed) a maintenu ses taux directeurs dans une fourchette élevée de 3,50 % à 3,75 %. Son président, Jerome Powell, a d’ailleurs révisé à la hausse les prévisions d’inflation pour la fin de l’année 2026. Du côté européen, la Banque Centrale Européenne (BCE) et la Banque d’Angleterre ont émis des avertissements similaires.

L’or, un actif non rémunérateur
Contrairement à une action qui verse des dividendes ou à une obligation qui rapporte des intérêts, la détention d’or physique ne génère aucun revenu. Lorsque les banques centrales maintiennent des taux d’intérêt élevés, les rendements des obligations d’État (notamment américaines) augmentent. L’or devient alors mécaniquement moins attractif pour les investisseurs institutionnels qui privilégient des placements sans risque et rémunérateurs.

L’effondrement de la demande physique au Moyen-Orient

À cette pression financière s’ajoute un facteur structurel de taille. Le Moyen-Orient représente traditionnellement un pilier majeur de l’achat d’or physique. Selon les données compilées pour l’année 2025, les ménages privés de la région avaient acquis environ 270 tonnes d’or, représentant près de 10 % de la demande privée mondiale, avec plus de 70 tonnes pour le seul marché iranien.

Dubaï, plaque tournante historique de ce commerce, subit aujourd’hui de plein fouet les tensions régionales. Le conflit actuel paralyse cette demande locale traditionnelle, retirant de facto un soutien acheteur fondamental pour soutenir les cours mondiaux.

Si cette correction vertigineuse remet temporairement en question le rôle de l’or en tant que bouclier absolu face à toutes les crises, l’histoire économique rappelle que ces liquidations forcées sont souvent de courte durée. Une fois les portefeuilles rééquilibrés et les appels de marge honorés, l’attention des marchés pourrait se tourner de nouveau vers les fondamentaux d’une économie mondiale fragilisée par l’inflation et la guerre.

Observateur des relations internationales, Thomas étudie l’influence des tensions géopolitiques et des politiques monétaires sur l’or.

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