De 120,53 à 118,05 euros en quelques heures : l’or a cédé 2,1 % lundi 28 septembre. La baisse hebdomadaire atteint désormais 3 %. Les marchés redoutent qu’une nouvelle hausse des taux de la Réserve fédérale américaine (Fed) intervienne dès octobre.
Cette perspective pèse directement sur le métal jaune. L’or ne verse ni intérêt ni dividende : lorsqu’un placement sans risque, comme une obligation d’État, offre un rendement plus élevé, le coût d’opportunité de détenir de l’or augmente. Les investisseurs peuvent alors arbitrer, c’est-à-dire déplacer une partie de leurs capitaux vers des actifs rémunérateurs.
Les marchés anticipent un relèvement des taux
Les contrats à terme suivis par l’outil FedWatch du CME Group attribuent environ 68 % de probabilité à une hausse des taux directeurs de la Fed en octobre. Les taux directeurs sont les taux auxquels la banque centrale américaine influence le coût du crédit dans l’ensemble de l’économie.
Plusieurs responsables de la Fed ont récemment souligné que le risque inflationniste restait élevé. John Williams, Beth Hammack et Anna Paulson ont laissé entendre, dans leurs interventions publiques, qu’un resserrement monétaire supplémentaire pourrait rester nécessaire avant la fin de l’année.
Un resserrement monétaire désigne une politique visant à freiner l’inflation, notamment par la hausse des taux. Pour l’or, l’effet est généralement défavorable à court terme : des rendements obligataires plus hauts et un dollar plus fort diminuent son attrait financier.
Le rythme du repli s’est toutefois ralenti au cours des trois dernières heures de cotation observées lundi matin. Ce ralentissement ne suffit pas, à ce stade, à effacer la pression vendeuse accumulée depuis le début de la semaine.
Un dollar ferme alourdit la baisse en euros
La correction est particulièrement sensible pour les épargnants européens. Le Dollar Index, qui mesure le billet vert face à un panier de grandes monnaies, s’établit à 101,15 points, en légère hausse sur 24 heures. Dans le même temps, l’euro recule à 1,1381 dollar.
L’or étant principalement coté en dollars, son prix européen dépend de deux variables : l’évolution de l’once en dollars et le taux de change euro-dollar. Une once troy correspond à 31,103 grammes d’or fin. Lorsque l’or baisse en dollars et que le dollar résiste face à l’euro, le repli peut être amplifié une fois exprimé en euros.
Le mouvement actuel ne traduit donc pas seulement une baisse du métal : il reflète aussi le poids du change pour les acheteurs et détenteurs d’or de la zone euro.
Le refuge géopolitique ne compense pas l’effet des taux
Les tensions autour de l’Iran, les attaques houthies contre l’Arabie saoudite et le risque de hausse des prix de l’énergie pourraient alimenter les craintes d’inflation importée. Cette analyse reste toutefois à considérer avec prudence.
Dans l’immédiat, ces tensions semblent surtout soutenir le pétrole et le dollar, plutôt que l’or. Or un pétrole plus cher peut renforcer les anticipations d’inflation et, par conséquent, l’idée que la Fed devra maintenir une politique monétaire restrictive. Le soutien habituellement apporté à l’or par son statut de valeur refuge s’en trouve atténué.
L’argent recule encore plus fortement
L’argent sous-performe l’or dans cette séquence. Son prix affiche une baisse hebdomadaire de 5,9 %, contre 3 % pour le métal jaune. Le ratio or/argent progresse à 67,8, contre 67,1 un mois plus tôt.
Ce ratio indique le nombre d’onces d’argent nécessaires pour acheter une once d’or. Sa hausse signifie que l’argent perd davantage de terrain que l’or. Ce métal subit un double handicap : il est recherché comme actif monétaire, mais aussi utilisé dans l’industrie. Des perspectives industrielles plus fragiles peuvent donc accentuer sa volatilité.
Une correction à surveiller, pas encore un retournement établi
La baisse de septembre efface une part des gains récents, mais elle ne suffit pas à invalider la tendance de moyen terme. Les cotations officielles françaises du 25 septembre montrent que plusieurs formats physiques, dont le lingot d’un kilogramme, le lingotin d’une once et le lingot de 100 grammes, restent en hausse sur trois mois malgré le repli récent.
Une correction correspond à une baisse temporaire après une phase de hausse, sans qu’elle signale nécessairement un changement durable de tendance. Un retournement supposerait au contraire une dégradation plus profonde et prolongée des facteurs soutenant le prix de l’or.
Pour les acheteurs belges et européens, l’attention se portera désormais sur les prochaines données d’inflation américaines, les communications de la Fed et l’évolution de l’euro face au dollar. La décision de la Fed en octobre pourrait déterminer si la baisse actuelle reste une correction ou se prolonge davantage.



