4 000 dollars l’once : ce seuil concentre désormais les doutes du marché de l’or. À la fin juillet 2026, le métal jaune évolue autour de ce niveau symbolique, après avoir atteint près de 5 600 dollars en janvier puis touché un plus bas proche de 3 940 dollars au premier semestre.
L’or marque une pause après sa plus forte correction depuis 13 ans
Le marché mondial de l’or traverse une phase de respiration. Le cours est passé de 5 598 dollars l’once en janvier 2026 à environ 3 940 dollars lors du premier semestre, avant de rebondir légèrement autour de 4 000 dollars.
Une once troy, l’unité de référence internationale pour l’or, correspond à environ 31,1 grammes. Ce prix en dollars sert de référence mondiale, y compris pour les investisseurs européens et belges, même si le prix final en euros dépend aussi du taux de change euro-dollar.
Cette baisse de plus de 25 % traduit un retournement brutal après une forte hausse. Elle s’explique en partie par des prises de bénéfices : des investisseurs vendent une partie de leurs positions après une forte progression afin de sécuriser leurs gains. Ce mouvement peut accentuer la baisse lorsqu’il devient massif.
La Fed et le dollar pèsent sur le métal jaune
Le principal frein vient des États-Unis. La Réserve fédérale américaine, dirigée par Kevin Warsh, a maintenu une politique monétaire restrictive. Cela signifie que la banque centrale conserve des taux d’intérêt élevés, ou laisse entendre qu’ils pourraient rester élevés, pour lutter contre l’inflation.
Ce contexte pénalise l’or pour une raison simple : l’or ne verse ni intérêt ni dividende. À l’inverse, des obligations ou certains produits monétaires deviennent plus attractifs lorsque les taux montent. Le coût d’opportunité de la détention d’or augmente alors.
Les investisseurs surveillent surtout les taux d’intérêt réels, c’est-à-dire les taux d’intérêt corrigés de l’inflation. Quand ces taux réels montent, l’or perd généralement de son attrait. En parallèle, des anticipations de taux élevés renforcent souvent le dollar. Or un dollar fort rend l’or plus cher pour les acheteurs utilisant d’autres devises, comme l’euro, ce qui peut réduire la demande.
Ce double effet — taux élevés et dollar solide — a contribué au passage sous les 4 000 dollars en juin, une première depuis novembre 2025.
Les banques centrales évitent un décrochage plus marqué
Face à ces vents contraires, un soutien reste déterminant : les achats des banques centrales. Plusieurs banques centrales, notamment dans les pays émergents, continuent d’acheter de l’or pour diversifier leurs réserves.
Une réserve de banque centrale regroupe les actifs détenus pour stabiliser une monnaie, soutenir la confiance financière et faire face à des crises. L’or y joue un rôle particulier, car il ne dépend pas directement de la dette d’un État ou d’une devise spécifique.
Cette stratégie s’inscrit aussi dans un mouvement de dédollarisation. Ce terme désigne la volonté de réduire la dépendance au dollar américain dans les réserves, les échanges ou les règlements internationaux. L’or devient alors un actif de diversification.
Ces achats réguliers n’empêchent pas la baisse des prix, mais ils peuvent limiter son ampleur. Ils créent une demande de fond, moins sensible aux variations quotidiennes que celle des investisseurs financiers.
Le marché hésite entre rebond et épuisement
Le blocage autour de 4 000 dollars montre un équilibre fragile. Les facteurs haussiers restent présents : tensions géopolitiques, aversion au risque, achats des banques centrales, recherche de protection du capital. L’or reste souvent perçu comme une valeur refuge, c’est-à-dire un actif recherché lorsque les investisseurs craignent une crise économique, financière ou géopolitique.
Mais les facteurs baissiers demeurent puissants : taux élevés, dollar fort, ventes après la hausse de début d’année et forte volatilité. La volatilité mesure l’ampleur des variations de prix. Plus elle est élevée, plus les mouvements peuvent être rapides, à la hausse comme à la baisse.
Pour un investisseur belge ou européen, cette situation appelle donc de la prudence. Le cours en dollars ne suffit pas : le prix d’achat ou de vente en euros dépend aussi du change. Un euro faible peut atténuer une baisse de l’or en dollars ; un euro fort peut réduire un gain exprimé en dollars.
Les prévisions restent partagées pour 2026-2027
Les grandes banques d’investissement et les analystes financiers resteraient divisés sur la suite. Certaines estimations consensuelles se situeraient autour de 4 700 dollars l’once pour 2026-2027, tandis que quelques scénarios envisageraient un retour au-dessus de 5 000 dollars.
Ces prévisions doivent être lues avec prudence. Elles dépendent de plusieurs variables difficiles à anticiper : l’évolution de l’inflation, les décisions de la Fed, la trajectoire du dollar, les tensions géopolitiques et le rythme des achats des banques centrales.
Le seuil des 4 000 dollars agit donc comme une zone de test. Un rebond durable nécessiterait probablement un affaiblissement du dollar, une détente sur les taux réels ou un regain d’aversion au risque. À l’inverse, un maintien prolongé de taux élevés pourrait garder le marché sous pression.
L’or n’a pas perdu ses moteurs de long terme, mais le carburant de court terme s’est raréfié. Tant que le marché restera coincé autour de 4 000 dollars, la question ne sera pas seulement de savoir si le métal jaune peut remonter, mais surtout quel événement pourrait relancer la demande.



