4 600 dollars l’once. Le cours de l’or au comptant est resté quasi immobile vendredi 28 août 2026, avant le discours très attendu de Kevin Warsh au symposium de Jackson Hole, dans le Wyoming. Le métal précieux recule légèrement après avoir frôlé 4 700 dollars en début de semaine, mais conserve une hausse de plus de 13 % sur le mois d’août.

Cette pause intervient au moment où les marchés réévaluent la trajectoire des taux américains. La Réserve fédérale américaine, la Fed, ne ferme plus la porte à une nouvelle hausse de son taux directeur. Ce taux est le principal outil de la banque centrale pour freiner ou soutenir l’économie : plus il monte, plus le crédit devient cher, et plus les placements rémunérés en dollars deviennent attractifs.

Kevin Warsh attendu sur les taux et l’inflation

Kevin Warsh a prononcé vendredi à 10h00, heure de Washington, son premier grand discours officiel comme président de la Fed. L’intervention s’est tenue dans le cadre du symposium économique annuel de Jackson Hole, rendez-vous majeur des banquiers centraux, économistes et investisseurs internationaux.

Plus de 120 responsables monétaires et experts étaient présents. L’enjeu était clair : comprendre comment la nouvelle présidence de la Fed entend gérer l’inflation, les taux d’intérêt et les tensions sur le marché obligataire américain.

Pour l’or, le lien est direct. Le métal jaune ne verse pas d’intérêt. Lorsque les taux montent, les obligations et les liquidités en dollars deviennent plus rémunératrices. Cela peut peser sur l’or. À l’inverse, lorsque l’inflation reste élevée ou que la confiance dans la dette publique se dégrade, l’or conserve son rôle de valeur refuge.

L’inflation PCE complique la position de la Fed

La prudence des investisseurs s’explique d’abord par les derniers chiffres d’inflation aux États-Unis. L’indice PCE, pour Personal Consumption Expenditures, a progressé de 3,7 % sur un an en juillet 2026. Cet indicateur mesure les dépenses de consommation des ménages américains et constitue la jauge d’inflation privilégiée par la Fed.

Le chiffre est légèrement supérieur au consensus, qui attendait 3,6 %. Surtout, l’inflation sous-jacente reste autour de 3,3 %. Cette mesure exclut les éléments les plus volatils, comme l’énergie ou certains produits alimentaires, afin de mieux cerner la tendance de fond des prix.

L’objectif officiel de la Fed reste fixé à 2 %. Tant que l’inflation reste nettement au-dessus de cette cible, une baisse des taux devient difficile à justifier. Une hausse redevient même un scénario de marché.

Les marchés intègrent un risque de hausse dès septembre

Le CME FedWatch Tool, baromètre très suivi des anticipations de taux, estime à 34 % la probabilité d’une hausse du taux de référence de la Fed dès septembre 2026. Cette probabilité atteint 74 % d’ici décembre.

Cet outil ne prédit pas l’avenir. Il traduit les anticipations implicites des marchés à partir des contrats à terme sur les taux d’intérêt. En clair, il mesure le prix que les investisseurs acceptent de payer aujourd’hui pour se couvrir contre une décision future de la Fed.

Cette remontée des anticipations explique la stabilisation du cours de l’or. Après une forte progression mensuelle, certains acheteurs attendent un signal plus clair avant de renforcer leurs positions. D’autres prennent des bénéfices après le mouvement rapide vers 4 700 dollars.

Le marché obligataire ajoute de la tension

La Fed doit aussi composer avec la hausse des rendements obligataires américains. Le rendement de l’obligation du Trésor à 30 ans frôle 5,2 %. Un rendement obligataire correspond au taux de rémunération exigé par les investisseurs pour prêter à un État ou à une entreprise. Quand ce rendement monte, le coût de financement de la dette augmente.

Face à cette pression, le secrétaire au Trésor Scott Bessent a décidé de doubler les rachats de dette publique longue échéance, avec au moins 4 milliards de dollars par opération. Ces rachats visent à soutenir le prix des obligations longues et à limiter la hausse de leurs rendements.

Cette intervention budgétaire rend la lecture plus complexe. D’un côté, la Fed veut préserver sa crédibilité face à l’inflation. De l’autre, le Trésor cherche à éviter une envolée du coût de financement de la dette américaine. Cette tension entre politique monétaire et gestion de la dette constitue un facteur de soutien indirect pour l’or.

Ce que cela signifie pour les investisseurs en or

Pour un investisseur européen ou belge, le seuil de 4 600 dollars doit être lu avec prudence. L’or est coté internationalement en dollars par once troy, une unité de 31,1 grammes. Le prix réellement payé en euros dépend donc aussi du taux de change euro-dollar, des frais, de la prime éventuelle sur les pièces ou lingots, et de l’écart entre prix d’achat et prix de revente.

À court terme, le discours de Kevin Warsh et les prochaines statistiques d’inflation seront déterminants. Un ton plus ferme de la Fed pourrait soutenir le dollar et les taux, deux facteurs généralement défavorables à l’or. Mais une inquiétude persistante sur l’inflation, la dette américaine ou la stabilité des marchés obligataires pourrait maintenir la demande de protection.

Le cours de l’or ne baisse pas malgré le retour du risque de hausse des taux. C’est le signal principal de cette séquence : le marché hésite, mais il ne renonce pas à la valeur refuge.

La zone des 4 600 dollars devient ainsi un point d’équilibre provisoire. La prochaine direction dépendra moins du niveau actuel du métal que du message envoyé par la Fed : combattre encore l’inflation, ou préserver la stabilité financière.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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