31 %. C’est désormais la probabilité attribuée par les marchés à une hausse des taux de la Réserve fédérale américaine en septembre. Ce chiffre, au plus bas depuis le rapport sur l’emploi publié début août, a suffi à soutenir l’or. Le 14 août 2026, le cours de l’or au comptant a gagné 0,59 % pour clôturer à 4 376,82 dollars l’once.

L’or au comptant, aussi appelé or spot, désigne le prix d’une livraison quasi immédiate du métal. Il sert de référence mondiale pour les professionnels, même si les particuliers achètent souvent des pièces ou lingots avec une prime. Cette prime correspond à l’écart entre le prix du métal contenu et le prix réellement payé, incluant fabrication, distribution et marge commerciale.

La Fed change le ton du marché de l’or

Le mouvement vient principalement des États-Unis. La Réserve fédérale américaine, ou Fed, est la banque centrale des États-Unis. Elle fixe les taux directeurs, c’est-à-dire le coût auquel l’argent circule dans l’économie américaine.

Quand ces taux montent, les placements rémunérés deviennent plus attractifs. L’or, lui, ne verse ni intérêt ni dividende. Il peut donc être moins recherché lorsque les rendements obligataires progressent. À l’inverse, quand les marchés pensent que la Fed va moins durcir sa politique, l’or retrouve souvent du soutien.

C’est ce mécanisme qui domine depuis le début août. La probabilité d’une hausse des taux en septembre est tombée à 31 %, contre environ 50 % après le rapport sur l’emploi du 7 août. Ce rapport avait montré une destruction surprise de 23 000 emplois aux États-Unis en juillet, très loin des attentes.

Des statistiques américaines décevantes affaiblissent le dollar

La baisse des anticipations de hausse de taux s’explique aussi par des indicateurs économiques plus faibles. Les ventes au détail américaines ont reculé de 0,6 % en juillet, alors qu’une hausse était attendue. Les ventes au détail mesurent les dépenses des ménages dans les commerces. Elles sont surveillées car la consommation pèse lourd dans l’économie américaine.

Des données d’inflation limitées ont également réduit la pression sur la Fed. L’inflation désigne la hausse générale des prix. Si elle ralentit, la banque centrale a moins de raisons de relever ses taux.

Conséquence directe : le dollar a reculé. Pour l’or, c’est important. Le métal jaune est coté internationalement en dollars. Quand le billet vert baisse, l’or devient moins cher pour les acheteurs utilisant d’autres devises, comme l’euro. Cette mécanique peut renforcer la demande mondiale.

L’or teste la zone des 4 400 dollars

À l’ouverture de la semaine du 17 août, l’once d’or spot évoluait autour de 4 403 dollars, après un nouveau gain d’environ 0,4 %. Le marché teste donc la zone symbolique des 4 400 dollars.

Depuis le début du mois, la progression atteint environ 10 %. Mi-août, un pic proche de 4 440 dollars l’once a été observé. Ce rebond marque un retournement rapide après une période de consolidation. Une consolidation désigne une phase durant laquelle un actif se stabilise ou corrige après une forte hausse, sans forcément remettre en cause sa tendance de fond.

Le rôle des taux réels est central. Le taux réel correspond au taux d’intérêt diminué de l’inflation. Si les taux réels baissent, le coût d’opportunité de détention de l’or diminue. Autrement dit, détenir un actif sans rendement devient moins pénalisant.

Le Moyen-Orient entretient la demande de refuge

Le facteur monétaire n’est pas le seul soutien. Les tensions persistantes au Moyen-Orient, notamment autour du Golfe, alimentent aussi la demande pour l’or comme valeur refuge. Une valeur refuge est un actif recherché en période d’incertitude financière, politique ou géopolitique.

Le pétrole reste élevé, avec un Brent autour de 89 dollars le baril. Le Brent est une référence internationale du prix du pétrole. Un pétrole cher peut nourrir les craintes inflationnistes, car l’énergie entre dans de nombreux coûts de production et de transport.

Ce contexte place les investisseurs face à deux forces. D’un côté, une économie américaine moins vigoureuse réduit les anticipations de hausse des taux. De l’autre, les tensions géopolitiques et le pétrole élevé soutiennent la recherche de protection.

Ce que cela change pour les investisseurs belges et francophones

Pour un investisseur en Belgique ou en zone euro, le cours en dollars ne suffit pas. Le prix final dépend aussi du taux de change euro-dollar. Si l’euro se renforce contre le dollar, une partie de la hausse de l’or en dollars peut être amortie. Si l’euro faiblit, la hausse peut être amplifiée en euros.

Les particuliers doivent aussi distinguer le cours international et le prix d’achat réel. Une pièce d’investissement, comme un Napoléon ou un Krugerrand, peut s’échanger au-dessus de sa valeur en métal selon la demande, la disponibilité et l’état du marché. Pour une vente, la liquidité et la réputation de l’intermédiaire comptent autant que le cours affiché.

Certaines prévisions de marché anticiperaient une poursuite de la hausse en 2026, avec des niveaux compris entre 4 543 et 4 892 dollars en fin d’année. Ces projections restent toutefois dépendantes des décisions de la Fed, de l’évolution du dollar, des achats des banques centrales et du contexte géopolitique.

La prochaine décision de la Fed devient décisive

Le marché de l’or reste suspendu à la réunion de septembre de la Fed. Si les prochaines statistiques confirment un ralentissement de l’économie américaine et une inflation contenue, la pression sur les taux pourrait encore diminuer. Ce scénario serait favorable à l’or.

À l’inverse, un regain d’inflation ou des chiffres d’activité plus solides pourraient relancer l’hypothèse d’une hausse des taux. Le métal jaune pourrait alors connaître une nouvelle phase de volatilité.

À 4 376,82 dollars l’once le 14 août, puis autour de 4 400 dollars le 17 août, l’or ne monte pas seulement par peur. Il progresse surtout parce que les marchés revoient leur scénario sur la Fed. Pour les investisseurs, la question n’est donc plus seulement le niveau du cours, mais la trajectoire des taux américains dans les prochaines semaines.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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