L’or reste sous pression à court terme, mais ING ne remet pas en cause son intérêt de long terme. La banque a revu à la baisse ses prévisions pour le métal jaune, ainsi que pour l’argent, en raison d’un environnement financier moins favorable. En cause : le raffermissement du dollar et la hausse des rendements des bons du Trésor américain.

Cette révision intervient le 24 juin 2026, dans un marché mondial de l’or déjà plus hésitant. Pour les épargnants belges et européens, le signal est clair : le potentiel de hausse immédiat semble plus limité, mais le rôle de l’or comme actif de réserve reste soutenu par les achats des banques centrales.

ING ajuste ses prévisions à court terme

ING abaisse ses objectifs de cours pour l’or et l’argent. Un objectif de cours désigne le niveau de prix qu’un analyste ou une banque estime possible à un horizon donné. Il ne s’agit pas d’une certitude, mais d’un scénario de marché fondé sur plusieurs hypothèses économiques.

La décision d’ING s’explique par deux facteurs principaux. D’abord, le dollar américain s’est renforcé. Or, l’or est coté en dollars sur les marchés internationaux. Quand le dollar monte, l’or devient plus cher pour les acheteurs qui utilisent d’autres devises, comme l’euro. Cette situation peut réduire la demande.

Ensuite, les rendements des bons du Trésor américain progressent. Les bons du Trésor sont des titres de dette émis par l’État américain. Leur rendement correspond au taux d’intérêt versé aux investisseurs. Quand ces rendements augmentent, les placements obligataires deviennent plus attractifs. L’or, lui, ne verse ni intérêt ni dividende. Son coût d’opportunité augmente donc : détenir de l’or peut paraître moins intéressant que détenir un actif rémunéré.

La Fed pèse sur le métal jaune

Le contexte monétaire américain renforce cette pression. La Réserve fédérale américaine, ou Fed, adopte un ton plus restrictif. Cela signifie qu’elle donne moins de signaux en faveur d’une baisse rapide des taux d’intérêt, voire qu’elle maintient une posture prudente face à l’inflation.

Pour l’or, cette situation est généralement défavorable à court terme. Des taux élevés soutiennent le dollar et rendent les obligations plus compétitives. À l’inverse, l’or tend à mieux se comporter lorsque les taux baissent, car la rémunération des placements concurrents diminue.

Les incertitudes géopolitiques, notamment liées au conflit au Moyen-Orient, n’ont pas suffi à inverser cette tendance. L’or est souvent qualifié de valeur refuge, c’est-à-dire un actif recherché en période de crise. Mais cet effet refuge peut être compensé par un dollar fort et des rendements élevés.

Les banques centrales restent le soutien principal

Malgré cette prudence à court terme, ING conserve une vision positive à long terme. La raison principale tient aux banques centrales. Ces institutions, qui gèrent la monnaie et les réserves financières des États, continuent d’accumuler de l’or.

Pour une banque centrale, l’or sert à diversifier les réserves. Il ne dépend pas de la solvabilité d’un État émetteur, contrairement à une obligation. Il n’est pas non plus directement lié à une devise unique. Dans un monde marqué par des tensions géopolitiques, des sanctions financières et une dette publique élevée, ce rôle stratégique reste important.

Les achats des banques centrales constituent donc un plancher potentiel pour le marché de l’or. Ils ne garantissent pas une hausse continue, mais ils peuvent limiter les corrections les plus fortes et soutenir les prix dans la durée.

Un signal à lire avec prudence pour les investisseurs européens

ING n’est pas seule à ajuster ses anticipations. Goldman Sachs a également revu à la baisse son objectif de cours pour l’or, tout en conservant une opinion favorable à long terme grâce aux achats des banques centrales. De son côté, Société Générale CIB a relevé sa pondération sur l’or après la baisse des cours. La pondération désigne la part recommandée d’un actif dans un portefeuille d’investissement.

Pour un investisseur belge ou francophone, l’information ne doit pas être lue comme un signal automatique d’achat ou de vente. Le prix de l’or en euro dépend à la fois du cours international de l’once et du taux de change entre l’euro et le dollar. Une baisse de l’or en dollars peut être atténuée, voire neutralisée, si l’euro recule face au dollar.

La question essentielle reste donc l’horizon d’investissement. À court terme, le marché peut rester sensible aux décisions de la Fed, aux statistiques d’inflation et aux variations du dollar. À long terme, l’accumulation d’or par les banques centrales continue de soutenir l’idée d’un actif de préservation du capital.

La révision d’ING ne signe donc pas un retournement de fond. Elle rappelle surtout que l’or peut corriger lorsque les taux et le dollar montent. Mais elle confirme aussi que, dans les portefeuilles prudents, le métal jaune conserve une place stratégique lorsque l’objectif est de traverser les cycles économiques plutôt que de chercher un rendement immédiat.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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