90 millions d’onces d’argent au Botswana, 5.015 grammes par tonne au Canada, trois nouveaux permis au Maroc : l’année 2026 confirme le regain d’intérêt pour les gisements argentifères. Ces annonces concernent des projets à des stades très différents. Certaines ressources sont déjà estimées. D’autres ne sont encore que des indices géologiques à confirmer.

Pour les investisseurs belges et francophones, l’enjeu est clair : ces découvertes peuvent influencer l’offre future d’argent, mais rarement le prix à court terme. Entre un forage prometteur et une mine rentable, plusieurs années d’études, de financement et d’autorisations sont nécessaires.

Le Maroc attire encore l’exploration argentifère

Aya Gold & Silver a renforcé sa présence au Maroc en août 2026. Le groupe canadien a acquis trois licences minières et 18 permis d’exploration couvrant environ 259 km². Les zones concernées se situent à Zagora, Agadir-Aït Melloul et Guelmim.

Un permis d’exploration donne le droit d’étudier un sous-sol. Il ne signifie pas qu’une mine sera ouverte. Aya prévoit un programme de 18 à 24 mois avec analyses géochimiques, études hyperspectrales, cartographie et prospection. Les analyses géochimiques recherchent des anomalies dans les roches ou les sols. Les études hyperspectrales utilisent la lumière réfléchie par les minéraux pour identifier des signatures géologiques.

Le coût annoncé atteint 10 millions de dirhams, avec des paiements conditionnels et une redevance de 2 % sur d’éventuels revenus de production. Une redevance correspond à un pourcentage versé sur les ventes futures, si une exploitation démarre.

Cette acquisition renforce la place du Maroc dans la stratégie d’Aya Gold & Silver. Le pays dispose déjà d’un écosystème minier actif. Pour l’argent, le potentiel reste toutefois à démontrer par des forages et des études économiques.

Au Canada, Brixton Metals affiche une très forte teneur à Langis

À Langis, au Canada, Brixton Metals a annoncé en juillet 2026 une nouvelle zone de forage, nommée S6-SE. Le résultat le plus marquant porte sur un intervalle de 20 mètres à 5.015 grammes d’argent par tonne.

La teneur désigne la quantité de métal contenue dans une tonne de roche. Une teneur élevée peut signaler une zone riche. Mais elle ne suffit pas à prouver la rentabilité d’un projet. Il faut aussi connaître le volume total de roche minéralisée, la continuité du gisement, la profondeur, les coûts d’extraction et la métallurgie, c’est-à-dire la capacité à récupérer le métal après traitement.

Dans ce cas, la quantité exploitable n’a pas encore été estimée. Le résultat constitue donc un signal géologique important, mais pas encore une garantie de future production.

Le Botswana chiffre un nouveau gisement à Kgwebe

MMG a publié en 2026 une première estimation des ressources pour Kgwebe, au Botswana. Le gisement, découvert fin 2025, représenterait environ 90 millions d’onces d’argent à l’état arrêté au 30 juin 2026.

Une once troy, l’unité internationale utilisée pour les métaux précieux, équivaut à 31,1035 grammes. Une ressource minérale désigne une quantité de métal estimée dans le sous-sol avec un niveau de confiance géologique. Elle ne doit pas être confondue avec une réserve. Une réserve correspond à la part économiquement exploitable après études techniques, financières et environnementales.

Cette estimation donne au Botswana une visibilité nouvelle dans l’argent. Elle ne signifie pas encore une arrivée rapide de métal sur le marché. Le calendrier dépendra des études, des infrastructures et des décisions d’investissement.

Argentine, États-Unis, Mexique : des extensions encore incertaines

En Argentine, le projet Diablillos d’AbraSilver pourrait devenir l’un des dossiers à suivre. Des résultats prometteurs auraient été obtenus à Oculto West, dans le prolongement d’un projet déjà avancé. Une première production serait envisagée avant la fin de 2029, sous réserve d’une décision finale d’investissement.

Cette décision finale d’investissement est une étape clé. Elle valide le budget, le financement, la construction et le calendrier. Tant qu’elle n’est pas prise, un projet peut être retardé, redimensionné ou abandonné.

Aux États-Unis, Sun Silver aurait identifié une minéralisation argentifère au-delà des limites actuelles de la ressource du projet Maverick Silver. La minéralisation désigne la présence de minéraux contenant un métal, ici l’argent. Des travaux d’extension et de validation seraient en cours.

Toujours aux États-Unis, Americas Gold and Silver aurait repéré jusqu’à six nouvelles veines près des infrastructures souterraines de la mine de Galena, dans l’Idaho. Une veine est une fracture de roche remplie de minéraux. Sa proximité avec des galeries existantes peut réduire les coûts d’accès, mais elle ne garantit ni l’exploitation ni la rentabilité.

Au Mexique, dans le district de Cosalá, la même société aurait annoncé une zone minéralisée proche de la surface. Une minéralisation peu profonde peut faciliter l’exploration et, parfois, réduire les coûts miniers. Là encore, des études restent nécessaires.

Le précédent historique de Potosí rappelle l’échelle des grands gisements

Pour mesurer l’importance réelle des nouvelles découvertes, le Cerro Rico de Potosí, en Bolivie, reste une référence. Une synthèse géologique de 2009 estime que ce site a produit environ 60.000 tonnes d’argent depuis le début de son exploitation à grande échelle en 1545.

Cette comparaison rappelle une réalité : les annonces modernes peuvent être spectaculaires, mais la valeur d’un gisement se juge sur la durée. Les investisseurs doivent distinguer un bon résultat de forage, une ressource estimée, une réserve prouvée et une mine en production.

Quel impact pour le prix de l’argent ?

À court terme, ces annonces ne changent pas mécaniquement l’équilibre du marché. Le prix de l’argent dépend aussi de la demande industrielle, notamment photovoltaïque et électronique, de l’investissement en pièces et lingots, des taux d’intérêt réels et du dollar.

Le vrai impact de ces projets se jouera plutôt entre la fin des années 2020 et les années 2030. Si plusieurs projets aboutissent, l’offre pourrait augmenter. Si les délais s’allongent, la tension sur l’argent physique pourrait rester un facteur de soutien.

Pour un acheteur d’argent physique en Belgique ou en Europe, ces informations servent surtout à comprendre le cycle minier. L’exploration prépare l’offre future. Elle ne remplace pas l’analyse du prix au comptant, des primes sur les pièces et lingots, ni de la fiscalité applicable.

Les gisements de 2026 montrent un secteur actif, mais encore prudent. Entre promesse géologique et métal livré au marché, la mine de demain devra franchir toutes les étapes : forage, ressource, réserve, financement, construction et production.

Journaliste économique, Émilien s’intéresse aux usages industriels des métaux précieux et aux innovations technologiques qui façonnent leur avenir.

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