289 tonnes en trois mois. Au deuxième trimestre 2026, les banques centrales et institutions officielles ont enregistré un achat net d’or de 289 tonnes, d’après les données du World Gold Council. Il s’agit du niveau le plus élevé jamais relevé pour un deuxième trimestre.

Cette tendance peut surprendre. Les banques centrales peuvent créer de la monnaie fiduciaire, c’est-à-dire une monnaie qui repose sur la confiance dans l’État ou l’institution qui l’émet, comme l’euro ou le dollar. Mais elles ne peuvent pas créer de l’or. Ce métal existe physiquement. Son stock ne peut pas être augmenté par une simple décision comptable.

Un record trimestriel pour les réserves officielles

Les achats recensés entre avril et juin 2026 concernent les banques centrales et les institutions officielles dans le monde. Le chiffre est un achat net : il correspond aux achats d’or diminués des ventes réalisées sur la même période.

Ces 289 tonnes renforcent les réserves d’or des États. Les réserves sont les actifs détenus par une banque centrale pour soutenir la stabilité financière d’un pays, sécuriser sa monnaie et faire face à des tensions économiques. Elles peuvent être composées de devises étrangères, d’obligations, de droits de tirage spéciaux du FMI ou d’or physique.

L’or occupe une place particulière dans cet ensemble. Il n’est la dette de personne. Contrairement à une obligation d’État, il ne dépend pas directement de la capacité d’un émetteur à rembourser. Contrairement à une devise, il ne peut pas être dévalué par une décision de politique monétaire.

Pourquoi acheter de l’or quand une banque centrale peut créer de la monnaie ?

La réponse tient à la différence entre monnaie et réserve de valeur.

Une banque centrale peut émettre sa propre monnaie dans le cadre de sa politique monétaire. Cette création monétaire sert notamment à piloter les taux d’intérêt, assurer la liquidité du système bancaire ou répondre à une crise. Mais cette monnaie reste une créance sur un système économique et politique donné.

L’or, lui, est un actif tangible. Le terme signifie qu’il existe sous forme physique. Une tonne d’or reste une tonne d’or, quelle que soit la politique budgétaire ou monétaire d’un pays.

En achetant de l’or, les banques centrales ne cherchent donc pas à remplacer leur monnaie. Elles cherchent à diversifier leurs réserves. La diversification consiste à ne pas concentrer tous les actifs dans une seule devise, une seule zone économique ou un seul type de placement.

Les motivations citées par le World Gold Council restent constantes : réduire la dépendance aux devises étrangères, se protéger contre les risques géopolitiques, limiter l’exposition aux sanctions et renforcer la crédibilité des réserves nationales.

Une accumulation qui dure depuis plusieurs années

Le mouvement ne date pas du printemps 2026. Les banques centrales ont accumulé en moyenne près de 1.000 tonnes d’or par an au cours des quatre dernières années. La décennie précédente tournait plutôt autour de 500 tonnes par an.

Le rythme annuel a donc quasiment doublé. Ce changement traduit une modification durable dans la gestion des réserves officielles. L’or n’est plus seulement un reliquat historique dans les bilans des banques centrales. Il redevient un instrument stratégique.

Cette évolution intervient dans un contexte de fragmentation économique mondiale. Les tensions commerciales, les sanctions financières, la hausse des dettes publiques et la volatilité des devises incitent certains États à rechercher des actifs moins dépendants du système monétaire international dominé par le dollar.

L’Amérique latine rejoint le mouvement, prudemment

Depuis le début de 2026, plusieurs banques centrales latino-américaines ont renforcé leurs réserves d’or. Le Chili a acheté 8 tonnes. Le Guatemala a ajouté 2 tonnes. La Bolivie et l’Uruguay ont acquis 1 tonne chacun.

Ces volumes restent modestes par rapport aux grandes réserves mondiales. Mais ils signalent une dynamique régionale. Dans cette zone, les motivations sont liées à l’instabilité politique, sociale et monétaire, ainsi qu’à la volonté de réduire la dépendance au dollar.

Tous les pays de la région ne suivent pas ce rythme. Le Brésil, le Mexique et la Colombie n’ont pas réalisé d’achats notables sur la période mentionnée.

Un signal à surveiller pour les investisseurs européens

Pour un épargnant belge ou francophone, les achats des banques centrales ne constituent pas à eux seuls un signal d’achat ou de vente. Le prix de l’or dépend aussi des taux d’intérêt, du dollar, de l’inflation, de la demande asiatique, des marchés financiers et du contexte géopolitique.

Mais ces achats officiels pèsent sur la demande mondiale. Lorsque des institutions achètent de l’or physique, elles retirent une partie du métal disponible du marché. À long terme, cette demande peut soutenir les cours, surtout si l’offre minière progresse lentement.

Le World Gold Council indique aussi que 89 % des gestionnaires de réserves interrogés estiment que les réserves mondiales d’or continueront d’augmenter dans les 12 prochains mois. Ces gestionnaires sont les responsables qui administrent les actifs détenus par les banques centrales.

La conclusion est claire : même les institutions capables d’émettre de la monnaie continuent d’acheter un actif qu’elles ne peuvent pas fabriquer. Pour l’or, ce paradoxe apparent reste l’un de ses principaux atouts.

Observateur des relations internationales, Thomas étudie l’influence des tensions géopolitiques et des politiques monétaires sur l’or.

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