Tiraillé entre des perspectives d’inflation américaine à la hausse et une diplomatie complexe au Moyen-Orient, le métal jaune subit la pression d’un billet vert revigoré.
Depuis le déclenchement du conflit ouvert entre les forces américano-israéliennes et Téhéran fin février 2026, les marchés financiers naviguent à vue. Le cours de l’once d’or subit actuellement une pression à la baisse, pénalisé par la vigueur du dollar américain. Si le métal précieux avait initialement profité de son statut de valeur refuge, l’évolution de la situation macroéconomique et géopolitique en ce début de mois d’avril redessine les équilibres portefeuilles des investisseurs.
L’inflation américaine et le choc énergétique dopent le dollar
L’explication principale de ce repli aurifère se trouve outre-Atlantique. L’indice des prix à la consommation (IPC) américain pour le mois de mars devrait afficher une accélération marquée. Selon les anticipations de plusieurs analystes, dont ceux de Deutsche Bank et d’ING, la hausse mensuelle s’établirait à 0,95 %, portant le taux annuel à 3,4 %.
Cette flambée anticipée est la conséquence directe du choc énergétique provoqué par le conflit au Moyen-Orient. Malgré un récent repli d’environ 11 % des cours du pétrole Brent sur la semaine — lié à un timide optimisme diplomatique —, la situation sur le terrain reste critique. Le détroit d’Ormuz est paralysé par les forces iraniennes, avec moins de 10 % des volumes maritimes normaux en transit. Parallèlement, l’agence de presse d’État saoudienne (SPA) a confirmé que de récents bombardements ont amputé la capacité de production pétrolière du royaume de 600 000 barils par jour.
Explication technique : Pourquoi un dollar fort fait-il baisser l’or ?
Le cours de l’or est libellé en dollars américains sur les marchés internationaux. Lorsque l’inflation grimpe aux États-Unis, la Réserve Fédérale (Fed) est contrainte de maintenir ses taux d’intérêt à un niveau élevé pour freiner la hausse des prix. Des taux élevés renforcent la valeur du dollar, rendant l’achat d’or plus onéreux pour les investisseurs européens ou asiatiques utilisant d’autres devises. De plus, l’or est un actif dit « non productif » : il ne verse ni dividendes ni intérêts. Lorsque les taux obligataires grimpent dans le sillage du dollar, les investisseurs ont tendance à délaisser l’or au profit d’obligations d’État, jugées plus rémunératrices à court terme.
Une diplomatie sur le fil du rasoir au Pakistan
Si l’or baisse, c’est aussi parce que la prime de risque géopolitique se contracte très légèrement, suspendue aux événements de ce week-end. Des pourparlers cruciaux s’ouvrent ce samedi 11 avril à Islamabad. Une délégation américaine, dirigée par le vice-président JD Vance, doit y rencontrer des responsables iraniens sous l’égide du Pakistan. L’objectif est clair : transformer une trêve temporaire de deux semaines, déjà fragilisée par des accusations mutuelles de violations, en un cessez-le-feu permanent.
Cependant, le périmètre de cette paix potentielle reste flou. Mercredi et vendredi, Israël a poursuivi ses frappes aériennes contre des cibles du Hezbollah au Liban. L’inclusion du territoire libanais dans le cessez-le-feu irano-américain fait l’objet de profonds désaccords. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, a toutefois autorisé des discussions spécifiques sur le dossier libanais qui se tiendront à Washington la semaine prochaine.
Des marchés tiraillés mais résilients
Pour les investisseurs belges et francophones, la situation exige une lecture prudente. La baisse actuelle de l’or ne traduit pas une résolution définitive de la crise, mais plutôt un ajustement technique face aux rendements américains.
Fait notable, cette incertitude géopolitique ne freine pas l’ensemble des marchés actions. Le secteur technologique, complètement décorrélé du marché des matières premières, affiche une santé de fer portée par l’intelligence artificielle. Les revenus de TSMC ont bondi de plus de 45 % en mars, tandis qu’Amazon, par la voix de son PDG Andy Jassy, confirme générer plus de 15 milliards de dollars grâce à ses seuls services d’IA.
La semaine à venir s’annonce décisive. Si les négociations d’Islamabad venaient à échouer, ravivant les craintes d’un embrasement régional incontrôlable et d’une fermeture prolongée des routes maritimes, le métal jaune pourrait très rapidement retrouver de sa superbe et faire oublier la pression temporaire du billet vert.

