Coincé autour des 4712 dollars l’once, le métal jaune observe une pause technique marquée. Entre tensions géopolitiques au Moyen-Orient et craintes inflationnistes, les investisseurs attendent les signaux de la banque centrale américaine pour se positionner.
Fin janvier 2026, le marché des métaux précieux subissait un véritable séisme. La nomination de Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale américaine (Fed) en remplacement de Jerome Powell a déclenché une chute historique de 10 % du prix de l’or en une seule séance, la plus forte baisse depuis quarante ans. Depuis ce record absolu proche des 5600 dollars, l’once a corrigé de près de 20 %. Aujourd’hui, lors de cette dernière semaine d’avril, les cours de l’or atteignent un point charnière à l’approche de données économiques clés et de la réunion très attendue du comité de politique monétaire américain prévue les 28 et 29 avril.
Une consolidation technique sous haute tension
Actuellement, les cours de l’or stagnent et se négocient autour de 4712 dollars l’once au comptant (et 4725 dollars pour les contrats à terme). Selon les données relayées par Business AM et StoneX, le marché est pris en étau entre un niveau de support clé situé entre 4493 et 4640 dollars, et une résistance technique fixée entre 4880 et 4894 dollars. Face à cette situation, les investisseurs limitent leurs prises de position, redoutant une forte volatilité si l’un de ces seuils venait à céder à la suite des annonces américaines.
Le coin pédagogique : Comprendre la technique et le marché
Sur les marchés financiers, un support est un niveau de prix où la baisse s’arrête généralement grâce à un afflux d’acheteurs. À l’inverse, une résistance est un plafond théorique où les vendeurs reprennent la main, empêchant le prix de monter plus haut. Lorsque le prix oscille entre les deux sans tendance claire, on parle de consolidation. Enfin, le prix au comptant (ou spot) désigne le tarif pour un achat et une livraison immédiate de l’or physique, par opposition aux contrats à terme qui fixent un prix pour une livraison à une date future.
L’inflation ravivée par le conflit au Moyen-Orient
Si le marché est aussi attentiste, c’est en raison de l’incertitude qui plane sur la politique monétaire américaine. La tâche de la Fed, désormais dirigée par un profil réputé nettement moins accommodant que son prédécesseur, est complexifiée par un choc d’offre énergétique mondial. Depuis la fin février, l’escalade militaire avec l’Iran a gravement perturbé le transport maritime commercial dans le détroit d’Ormuz. Cette crise a provoqué une flambée des prix de l’énergie, ravivant de fait les craintes inflationnistes mondiales. Une situation macroéconomique qui exerce une pression sur les institutions pour maintenir des taux d’intérêt élevés, renchérissant le coût de la dette tout en confortant paradoxalement le besoin de sécurité des épargnants.
Pessimisme économique et appétit insatiable des banques centrales
Malgré les taux d’intérêt élevés qui pénalisent théoriquement les actifs non productifs de rendements, le métal jaune conserve son statut de valeur refuge dans un climat anxiogène. Aux États-Unis, la confiance s’effondre. Selon une enquête de l’institut Gallup publiée ce mois-ci, 73 % des citoyens américains estiment que l’économie se détériore. Face à une dette nationale franchissant le cap vertigineux des 39 000 milliards de dollars, plus de la moitié des sondés jugent que le marché boursier — porté par les valorisations de l’intelligence artificielle — constitue aujourd’hui un mauvais investissement.
En parallèle, les institutions souveraines continuent de profiter de la récente baisse des prix. En mars dernier, la Banque populaire de Chine a acquis sa plus grande quantité mensuelle d’or depuis janvier 2025. Selon le World Gold Council, cette tendance massive d’achat par les banques centrales offre un soutien structurel puissant à la demande physique, empêchant un effondrement des cours. Près de 95 % d’entre elles prévoient d’augmenter leurs réserves dans les douze prochains mois, dans une logique claire de dédollarisation et de protection face au risque de gel des actifs.
L’argent métal sur la corde raide
Cette prudence généralisée se répercute également sur d’autres matières premières. Le marché de l’argent évoluerait actuellement dans un canal baissier. Une cassure technique sous la limite des 75 dollars pourrait accélérer fortement les pertes, selon les analystes de StoneX. Les indicateurs actuels laisseraient présager une vulnérabilité à court terme pour le métal blanc, incapable de retrouver une dynamique haussière forte après un rebond avorté.
Les prochaines 48 heures s’annoncent décisives pour l’investissement dans les métaux précieux. Les signaux envoyés par la Réserve fédérale détermineront si l’or brise ses résistances pour reprendre sa marche en avant, ou s’il cède ses supports techniques. Une certitude demeure pour l’investisseur : dans un contexte mondial instable mêlant déficits abyssaux et blocages géopolitiques, le rôle de l’or comme assurance de protection du pouvoir d’achat reste au centre de toutes les attentions.



