Pris en étau entre la flambée du pétrole liée au conflit irano-américain et la fermeté monétaire de Washington, le métal jaune traverse une zone de turbulences majeures, tiraillé entre pressions baissières et rachats de précaution.
Depuis le déclenchement du conflit ouvert entre les États-Unis et l’Iran à la fin du mois de février 2026, le cours de l’once d’or a paradoxalement chuté de près de 14 %. Cette tendance baissière a connu un nouvel épisode de tension avec la récente décision de la Réserve Fédérale américaine (Fed) de maintenir ses taux d’intérêt inchangés. Cette annonce a immédiatement provoqué une baisse initiale marquée du cours de l’or, propulsant les rendements des bons du Trésor américain à la hausse.
Pédagogie : En finance, l’or est qualifié d’actif « non rémunéré ». Contrairement à un livret d’épargne ou à une obligation d’État, la détention d’or ne verse aucun intérêt régulier. Par conséquent, lorsque les taux d’intérêt directeurs restent élevés, les investisseurs institutionnels ont tendance à privilégier les placements obligataires, mécaniquement plus rentables, ce qui pèse sur les cours des métaux précieux.
La décision de l’institution monétaire américaine s’est par ailleurs accompagnée d’une fracture interne historique. Quatre membres du comité de politique monétaire (FOMC) ont voté contre ce statu quo. Un tel niveau de dissidence n’avait plus été observé depuis 1992. Ces banquiers centraux expriment de vives inquiétudes face aux risques de dérapage de l’inflation mondiale dans le contexte géopolitique actuel.
Le spectre de l’inflation nourri par la crise pétrolière
L’intransigeance de la Fed trouve sa source dans l’embrasement du Moyen-Orient. Entrée dans sa neuvième semaine, la guerre entre Washington et Téhéran paralyse totalement le transit énergétique. Le président américain Donald Trump a fermement indiqué que le blocus militaire et économique des ports iraniens et du détroit d’Ormuz serait maintenu pour forcer une négociation, un conflit dont le coût direct atteint déjà 25 milliards de dollars selon le Pentagone.
Conséquence directe de cette paralysie du fret : le prix du baril de pétrole Brent s’est envolé au-dessus de la barre des 110 dollars. Cette crise énergétique relance violemment les anticipations d’inflation à l’échelle mondiale. Les marchés craignent ainsi que les grandes banques centrales repoussent durablement toute baisse de leurs taux directeurs pour éviter une surchauffe des prix, un environnement macroéconomique théoriquement défavorable à l’or papier.
L’appétit des banques centrales soutient le marché physique
Malgré la pression des taux américains, les fondamentaux du métal jaune bénéficient de soutiens structurels majeurs. Selon les données consolidées du World Gold Council, la demande mondiale totale d’or a progressé de 2 % en glissement annuel au premier trimestre 2026.
Ce maintien s’explique par l’intervention massive des Banques Centrales. Ces institutions souveraines accumulent des réserves au rythme le plus rapide enregistré depuis plus d’un an. Elles profitent des baisses de prix successives pour absorber les ventes des investisseurs institutionnels occidentaux et diversifier leurs actifs face à la montée des périls géopolitiques.
Sur le continent asiatique, les dynamiques d’achat seraient particulièrement contrastées en ce début de printemps. Selon plusieurs sources de marché, la demande physique indienne perdrait actuellement de son élan, tandis que les primes sur l’or grimperaient fortement en Chine en prévision des congés nationaux.
Pédagogie : La « prime » sur l’or désigne la différence entre le prix théorique de l’or au comptant (défini par les marchés financiers internationaux) et le prix réel payé par l’acheteur pour une pièce ou un lingot physique. Une prime en forte hausse indique une pénurie locale ou une demande très supérieure à l’offre disponible chez les négociants.
Après avoir accusé le coup des annonces monétaires américaines, les métaux précieux ont finalement attiré les acheteurs jugeant la baisse excessive. Dans la matinée du 30 avril, un fort mouvement de rachats à bon compte a balayé les marchés. L’or au comptant a rebondi de près de 2 % pour s’établir à 4 631,22 dollars l’once, effaçant une baisse cumulée de 3,4 % sur les trois jours précédents. Une volatilité extrême qui prouve que la bataille entre l’inflation pétrolière et le statut de valeur refuge historique de l’or est loin d’être terminée.


