Environ 4 050 à 4 060 dollars l’once : c’est le niveau vers lequel le cours de l’or a glissé ce 29 juin en début de séance européenne. Le mouvement reste contenu, mais il résume l’équation du moment pour les investisseurs : moins de prime géopolitique, davantage de prudence monétaire et un rendez-vous statistique majeur aux États-Unis.

L’once d’or — l’unité de référence internationale du marché, équivalente à environ 31,1 grammes — recule sous la pression de plusieurs facteurs. Les discussions reprises entre Washington et Téhéran réduisent temporairement la demande de valeur refuge. En parallèle, le marché anticipe une Réserve fédérale américaine plus ferme face à l’inflation. Le rapport NFP américain, attendu le 1er juillet, pourrait donner la direction suivante.

L’or perd son soutien géopolitique immédiat

Les États-Unis et l’Iran ont accepté de suspendre temporairement les attaques et de reprendre des discussions à Doha, au Qatar, autour du détroit d’Ormuz. Cette voie maritime est stratégique : une part importante des flux énergétiques mondiaux y transite.

Pour l’or, ce type d’annonce compte. Le métal jaune est souvent qualifié de valeur refuge, car il tend à être recherché lorsque les investisseurs craignent une guerre, une crise financière ou un choc sur l’énergie. Quand la tension militaire baisse, même provisoirement, une partie de cette demande de protection peut se retirer.

L’apaisement reste toutefois fragile. L’Iran maintient une revendication de responsabilité directe sur cette zone maritime. Cette position conserve une menace latente sur l’approvisionnement énergétique. Une nouvelle tension dans le détroit d’Ormuz pourrait raviver les craintes sur les prix du pétrole, donc sur l’inflation mondiale, et redonner un soutien à l’or.

La Fed pèse sur le métal jaune

Le second facteur est monétaire. Les investisseurs intègrent la possibilité d’un durcissement de la politique de la Réserve fédérale américaine dès septembre 2026, en raison d’une inflation persistante.

La Fed est la banque centrale des États-Unis. Elle fixe notamment les taux directeurs, c’est-à-dire les taux qui influencent le coût du crédit dans l’économie. Lorsque ces taux montent, les obligations et les placements rémunérés deviennent plus attractifs.

Ce mécanisme est défavorable à l’or. Le métal jaune ne verse ni intérêt, ni coupon, ni dividende. Il est donc qualifié d’actif sans rendement. Quand les rendements des obligations américaines augmentent, surtout les rendements réels — les rendements corrigés de l’inflation —, conserver de l’or devient relativement plus coûteux pour un investisseur.

Cette concurrence entre actifs rémunérés et or explique une partie du recul observé vers 4 050 dollars l’once.

Le NFP devient le prochain arbitre du marché

Le rapport américain sur l’emploi, appelé Nonfarm Payrolls ou NFP, sera publié le 1er juillet. Cet indicateur mesure les créations d’emplois aux États-Unis hors secteur agricole. Il est suivi de près, car il renseigne sur la solidité du marché du travail américain.

Les attentes portent sur environ 114 000 créations d’emplois en juin et un taux de chômage stable à 4,3 %. Un chiffre supérieur aux prévisions signalerait une économie encore résistante. Dans ce scénario, la Fed pourrait conserver un ton strict, voire justifier une hausse de taux. Ce serait plutôt négatif pour l’or.

À l’inverse, un rapport plus faible pourrait montrer un ralentissement du marché du travail. Les investisseurs pourraient alors réduire leurs anticipations de resserrement monétaire. Ce scénario serait plus favorable au métal jaune, car il pèserait sur les rendements et sur le dollar.

Ce que cela signifie pour les investisseurs européens

Pour un acheteur belge ou francophone, le prix international en dollars ne dit pas tout. Le cours payé en euros dépend aussi du taux de change euro-dollar. Un recul de l’or en dollars peut être partiellement effacé si l’euro baisse face au dollar.

La zone actuelle autour de 4 050 dollars constitue donc un niveau d’observation plutôt qu’un signal unique d’achat ou de vente. À court terme, le marché reste dominé par trois variables : les discussions Iran-États-Unis, les anticipations de taux de la Fed et les chiffres de l’emploi américain.

L’or recule parce que le risque immédiat se détend et que le rendement des actifs concurrents redevient central. La publication du NFP dira si cette pression baissière se prolonge, ou si le métal jaune retrouve son rôle de protection dans les portefeuilles.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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