67,90 dollars l’once : le cours de l’argent cède du terrain ce 9 juin 2026, avant une statistique américaine décisive pour les métaux précieux. Les investisseurs attendent la publication de l’inflation de mai aux États-Unis, anticipée à 4,2 % sur un an. Ce chiffre pourrait orienter les attentes sur les taux de la Réserve fédérale américaine, la Fed, et donc peser directement sur l’argent comme sur l’or.
L’argent recule dans l’attente de l’inflation américaine
Le métal gris évolue en léger retrait autour de 67,90 dollars l’once. L’once utilisée sur les marchés des métaux précieux est l’once troy, soit environ 31,10 grammes. C’est l’unité internationale de référence pour coter l’or, l’argent, le platine et le palladium.
Le mouvement reste limité, mais il traduit une prudence claire. Les investisseurs réduisent leurs initiatives avant les chiffres officiels de l’inflation américaine de mai. L’inflation mesure la hausse générale des prix. Lorsqu’elle accélère, elle réduit le pouvoir d’achat de la monnaie et pousse souvent les banques centrales à maintenir des taux d’intérêt élevés.
Aux États-Unis, l’inflation annuelle est attendue à 4,2 %. Ce niveau reste élevé au regard de l’objectif traditionnel de la Fed, fixé autour de 2 %. Une inflation plus forte que prévu renforcerait l’idée d’une politique monétaire restrictive. À l’inverse, un chiffre plus modéré pourrait soulager les métaux précieux à court terme.
Pourquoi la Fed reste au centre du marché
La Fed fixe les taux directeurs américains. Ces taux servent de référence au coût du crédit pour les banques, les entreprises et les ménages. Quand ils montent, les placements rémunérés comme les obligations deviennent plus attractifs. Les métaux précieux, eux, ne versent ni intérêt ni dividende : ils sont donc souvent décrits comme des actifs sans rendement.
Cette caractéristique explique la pression actuelle sur l’argent. Si les marchés anticipent des taux plus hauts ou durablement élevés, le coût d’opportunité de la détention de métal augmente. En clair, conserver de l’argent métal devient moins intéressant par rapport à un placement qui rapporte un coupon ou un intérêt.
La question posée aux marchés est simple : la Fed peut-elle encore surprendre ? Oui, si les chiffres d’inflation s’écartent nettement des attentes. Une inflation supérieure à 4,2 % pourrait raviver le scénario d’une hausse supplémentaire des taux cette année. Une inflation conforme, ou plus faible, pourrait au contraire conforter l’idée d’un statu quo lors des prochaines réunions.
L’emploi américain complique le scénario
Le marché de l’emploi américain reste solide. Les dernières données ont montré des créations d’emplois nettement supérieures aux prévisions, avec 172 000 postes créés selon les chiffres disponibles début juin. Un emploi robuste signifie que l’économie résiste mieux que prévu au resserrement monétaire.
Pour la Fed, cette vigueur peut être un argument en faveur d’une politique plus ferme. Si l’activité tient et que l’inflation reste élevée, la banque centrale dispose de moins de raisons de baisser ses taux rapidement. Certains investisseurs intègrent donc l’hypothèse d’au moins une hausse de taux supplémentaire en 2026.
Nomura, dans une analyse publiée fin mai, ne prévoit plus de baisse de taux de la Fed en 2026, en raison de risques inflationnistes persistants. Cette lecture contribue à limiter l’attrait des métaux précieux à court terme.
L’énergie entretient la pression sur les prix
La Fed a aussi signalé, dans son Livre beige publié début juin, une hausse des prix à un rythme modéré ou fort dans plusieurs régions américaines. Le Livre beige est un rapport de conjoncture de la Fed : il rassemble des observations économiques régionales avant les réunions de politique monétaire.
La hausse des coûts de l’énergie, liée notamment aux tensions au Moyen-Orient, alimente l’inflation globale. Pour les entreprises, cela pèse sur les marges. Pour les ménages, cela renchérit les dépenses courantes. Pour les marchés, cela complique le calendrier d’un éventuel assouplissement monétaire.
Il faut aussi distinguer l’inflation globale de l’inflation sous-jacente. L’inflation globale inclut l’énergie et l’alimentation, deux postes très volatils. L’inflation sous-jacente les exclut afin de mieux mesurer la tendance de fond des prix. Fin mai, cette inflation sous-jacente était indiquée à 2,9 %, un niveau plus proche de la cible de la Fed, mais encore surveillé.
Quel impact pour les acheteurs européens ?
Pour un investisseur belge ou européen, le cours de l’argent en dollars ne suffit pas. Le taux de change euro-dollar joue aussi un rôle. Si le dollar se renforce face à l’euro, l’argent coté en dollars devient plus cher pour un acheteur en euros, même si son prix international reste stable.
L’argent a également une double nature. Il est un métal précieux, recherché comme réserve de valeur. Mais il est aussi un métal industriel, utilisé dans l’électronique, le solaire ou certaines applications médicales. Cette particularité le rend parfois plus volatil que l’or, car il réagit à la fois aux attentes monétaires et aux perspectives économiques.
L’or donne d’ailleurs un signal comparable. Après un record historique à 5 595 dollars l’once en janvier 2026, le métal jaune a perdu plus de 20 % dans les semaines suivantes. Début juin, il a encore subi la pression des anticipations de taux après les chiffres de l’emploi américain. L’argent suit souvent la même direction que l’or, mais avec des mouvements plus amples.
Le chiffre d’inflation donnera le ton
La séance du 9 juin se joue donc autour d’un arbitrage : inflation trop forte, Fed plus dure ; inflation conforme, Fed probablement patiente ; inflation plus faible, détente possible sur les métaux précieux.
Pour l’argent, le seuil psychologique n’est pas seulement le prix de 67,90 dollars l’once, mais la trajectoire des taux américains. Tant que les marchés redoutent une Fed restrictive, le métal gris reste vulnérable. La publication de l’inflation de mai dira si cette prudence était justifiée, ou si les investisseurs ont sous-estimé la capacité de la Fed à surprendre.



