60,20 dollars l’once : le cours de l’argent a dépassé le seuil des 60 dollars pour la troisième séance consécutive le 2 juillet 2026, durant les échanges asiatiques. Ce mouvement confirme le regain d’intérêt pour le métal gris, à la fois métal précieux et métal industriel.

L’argent, coté sous le symbole XAG/USD, désigne le prix d’une once troy d’argent exprimé en dollars. Une once troy correspond à environ 31,1 grammes. Ce prix sert de référence internationale pour les marchés financiers, mais aussi pour les pièces et lingots, auxquels s’ajoutent ensuite les primes, frais et taxes éventuelles.

La Fed laisse les marchés dans l’attente

Le principal moteur de la hausse vient de Washington. Le 1er juillet, lors du Forum de la Banque centrale européenne consacré aux banques centrales, Kevin Warsh, président de la Réserve fédérale américaine, a adopté un ton moins offensif que prévu.

La Fed, ou Réserve fédérale américaine, fixe les taux directeurs aux États-Unis. Ces taux influencent le coût du crédit, la rémunération des placements en dollars et, indirectement, l’appétit pour les métaux précieux.

Kevin Warsh a indiqué que, malgré une inflation encore élevée, la baisse récente des anticipations d’inflation ne justifiait pas une hausse immédiate des taux. Il n’a pas donné d’engagement précis sur la suite de la politique monétaire.

Ce silence a été interprété comme un signal de prudence. Pour l’argent, l’effet est direct : quand les marchés anticipent des taux moins élevés, le coût d’opportunité des métaux précieux diminue. Ce terme désigne ce que l’investisseur renonce à gagner en choisissant un actif qui ne verse ni intérêt ni dividende. L’argent, comme l’or, devient alors plus attractif face aux obligations ou aux dépôts rémunérés.

Des statistiques américaines moins solides soutiennent le métal

Les dernières données économiques américaines ont renforcé cette lecture. Le rapport ADP, qui mesure les créations d’emplois dans le secteur privé américain, a fait état de 98 000 créations en juin, contre 113 000 attendues. Le chiffre est aussi inférieur à celui de mai.

Autre signal : l’indice ISM manufacturier est tombé à 53,3 points, contre 54,0 attendu. Cet indicateur mesure l’activité industrielle américaine. Au-dessus de 50, il signale encore une expansion, mais un recul traduit un ralentissement.

Ces chiffres ne suffisent pas à annoncer un retournement de l’économie américaine. Ils suggèrent toutefois une croissance moins dynamique. Pour les marchés, cela réduit la probabilité d’une Fed très agressive sur ses taux. Cette attente soutient l’argent, souvent sensible aux variations du dollar et des rendements obligataires.

Le pétrole et Ormuz ajoutent un facteur de détente

Un autre élément aurait aussi joué : la baisse des prix du pétrole liée à un apaisement autour du détroit d’Ormuz. Cette zone maritime est stratégique, car une part importante du transport mondial de pétrole y transite.

Début juillet, la normalisation du trafic maritime et des progrès diplomatiques indirects entre Washington et Téhéran auraient réduit la prime de risque géopolitique. Une prime de risque correspond au supplément de prix exigé par les marchés lorsqu’un danger politique, militaire ou économique menace l’approvisionnement.

Si le pétrole baisse, les pressions inflationnistes peuvent se détendre. Cela donne plus de marge à la Fed pour patienter avant une éventuelle hausse de taux. Ce mécanisme profite indirectement aux métaux précieux, dont l’argent.

L’argent reste entre refuge et industrie

L’argent occupe une place particulière. Comme l’or, il peut être recherché comme valeur refuge, c’est-à-dire un actif jugé capable de préserver du capital en période d’incertitude. Mais il est aussi très utilisé dans l’industrie, notamment dans l’électronique, les panneaux solaires et certaines applications médicales.

Cette double nature rend son cours parfois plus volatil que celui de l’or. Une baisse des taux anticipée peut soutenir le métal. Mais un ralentissement industriel trop marqué pourrait, à l’inverse, peser sur sa demande économique.

Pour les épargnants européens et belges, un autre paramètre compte : le dollar. Le prix international de l’argent étant exprimé en dollars, une variation de l’euro face au billet vert peut amplifier ou réduire la hausse constatée en devise américaine.

La demande physique pourrait se renforcer

Dans ce contexte de volatilité, davantage d’épargnants privilégieraient l’achat de pièces et de lingots d’or et d’argent afin de conserver une partie de leur patrimoine hors du système bancaire traditionnel.

L’argent physique désigne les pièces, lingots ou barres détenus directement. Il se distingue des produits financiers indexés sur l’argent, comme certains fonds cotés. Pour un particulier, il faut surveiller le prix spot, la prime du produit, les frais de conservation et la fiscalité applicable. En Belgique comme ailleurs en Europe, l’argent physique n’est pas traité fiscalement comme l’or d’investissement, ce qui peut influencer le prix final payé par l’acheteur.

Le prochain test viendra de l’emploi américain

Les investisseurs attendent désormais les chiffres des Nonfarm Payrolls, souvent appelés NFP. Il s’agit du rapport mensuel sur l’emploi non agricole aux États-Unis. Il exclut notamment l’agriculture et sert de baromètre majeur pour évaluer la vigueur du marché du travail américain.

Un chiffre faible pourrait renforcer les anticipations d’une Fed plus patiente et soutenir l’argent. Un chiffre solide pourrait, au contraire, raviver la crainte de taux durablement élevés.

Le franchissement des 60 dollars n’est donc pas seulement un mouvement technique : il traduit une réévaluation de la trajectoire monétaire américaine. Pour l’argent, la prochaine impulsion dépendra moins du silence de la Fed que de la capacité des statistiques américaines à confirmer, ou non, le ralentissement attendu.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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