Malgré des tensions géopolitiques majeures ayant récemment ébranlé le commerce mondial, le prix de l’once d’argent plafonne, freiné par la persistance anticipée de taux d’intérêt élevés aux États-Unis.
L’économie mondiale retient son souffle, mais les métaux précieux font du surplace. Alors que le début du printemps 2026 a été marqué par une crise maritime et énergétique sans précédent au Moyen-Orient, l’once d’argent (XAG/USD) s’échange platement autour des 74 dollars ce jeudi 9 avril. Cette apathie apparente, avec un cours consolidant juste sous sa moyenne mobile à 20 périodes de 74,89 dollars, masque en réalité une lutte d’influence intense. L’argent, tout comme l’or qui oscille entre 4674 et 4700 dollars, se retrouve pris en étau entre son statut naturel de valeur refuge et des conditions de financement mondiales extrêmement restrictives.
Une Réserve fédérale inflexible face aux craintes inflationnistes
Si l’argent peine à franchir de nouveaux seuils à la hausse, c’est avant tout en raison de la politique monétaire américaine. Selon les données de l’outil CME FedWatch de la Bourse de Chicago, les marchés évaluent désormais à 76,4 % la probabilité que la Réserve fédérale (Fed) laisse ses taux directeurs inchangés sur l’ensemble de l’année 2026. Face à ces perspectives, la banque UBS a d’ailleurs révisé à la baisse ses prévisions pour l’or, l’estimant à 5200 dollars pour la fin juin.
Comprendre le marché : Qu’est-ce que le coût d’opportunité ?
Les métaux précieux comme l’or et l’argent sont des actifs tangibles. Contrairement à une action d’entreprise qui peut verser des dividendes, ou à une obligation d’État qui verse des intérêts réguliers (des coupons), l’argent physique ne génère aucun revenu passif. Lorsque les banques centrales maintiennent des taux d’intérêt élevés, les rendements des obligations grimpent. Les investisseurs ont alors tendance à délaisser les métaux précieux au profit de ces placements sans risque très rémunérateurs. C’est ce que l’on appelle le coût d’opportunité.
L’onde de choc du détroit d’Ormuz
Le maintien de cette politique monétaire stricte trouve sa source directe dans les événements du mois dernier. Mi-mars, en représailles à des opérations militaires israéliennes et américaines, les forces armées iraniennes ont procédé à la fermeture totale du détroit d’Ormuz. Le blocage de cette artère vitale du fret maritime mondial a provoqué une flambée immédiate des cours du pétrole, franchissant largement le cap des 108 dollars le baril.
Cette résurgence brutale de l’inflation énergétique a forcé les marchés et les banques centrales à revoir d’urgence leurs modèles macroéconomiques, figeant ainsi tout espoir d’assouplissement monétaire à court terme et bridant mécaniquement la progression de l’argent.
Un apaisement diplomatique fragile limite la demande de valeurs refuges
Si l’argent se maintient tout de même à 74 dollars sans s’effondrer, c’est grâce au soutien de l’incertitude géopolitique. Toutefois, l’urgence d’acheter des métaux précieux s’est légèrement dissipée depuis l’instauration d’un cessez-le-feu temporaire de deux semaines. Cette trêve fait suite à un ultimatum du gouvernement américain, qui menaçait de « neutraliser » l’Iran.
Ce mercredi soir, la Maison Blanche a confirmé l’envoi d’une délégation diplomatique dirigée par le vice-président américain JD Vance à Islamabad, au Pakistan. L’objectif de ces pourparlers, prévus ce samedi 11 avril sur la base d’une proposition iranienne en 10 points, est de négocier un cessez-le-feu permanent. Néanmoins, l’issue reste hautement incertaine. Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Qalibaf, a d’ores et déjà accusé Washington de violer les termes de la trêve en poursuivant des frappes sur le territoire libanais.
La Chine maintient un plancher structurel
Dans ce contexte volatil, le complexe des métaux précieux bénéficie d’un soutien de poids en coulisses. À la fin du mois de mars, la Banque populaire de Chine (PBOC) a confirmé avoir accru ses réserves officielles d’or pour le 17ème mois consécutif, atteignant 74,38 millions d’onces troy. Cette stratégie d’accumulation ininterrompue par l’une des plus grandes banques centrales du monde offre un soutien psychologique et structurel à l’ensemble du marché, y compris pour l’argent.
Le cours de l’argent reste donc en salle d’attente. Son évolution dans les prochaines semaines dépendra inexorablement du succès ou de l’échec des discussions d’Islamabad. Un accord de paix ferait chuter la prime de risque géopolitique, tandis qu’un échec risquerait de renvoyer le pétrole vers de nouveaux sommets, poussant les investisseurs à arbitrer de nouveau entre l’inflation galopante et la rigidité de la Réserve fédérale.


