640 000 onces en un mois. En juillet 2026, la banque centrale chinoise a acheté près de 20 tonnes d’or, contre environ 30 000 onces par mois à la fin 2025. Une once, dans le marché de l’or, désigne l’once troy : elle pèse 31,1 grammes et sert d’unité internationale de cotation.
Cette accélération répond à un objectif clair : réduire l’exposition de la Chine au dollar américain, renforcer ses réserves et se protéger contre les tensions financières ou géopolitiques. Elle intervient alors que le cours de l’or a fortement rebondi en août 2026, autour de 4 600 dollars l’once en fin de mois, après une correction sévère plus tôt dans l’année.
Pékin achète pour réduire sa dépendance au dollar
La banque centrale chinoise est l’acteur central de ce mouvement. Elle achète de l’or physique pour renforcer ses réserves officielles. Les réserves d’or sont les stocks détenus par une banque centrale pour soutenir la crédibilité financière d’un pays et diversifier ses actifs.
Le choix de l’or s’explique par sa nature particulière. Contrairement à une obligation américaine ou à un dépôt bancaire en dollars, le métal jaune ne dépend pas directement d’un État émetteur. L’or est donc recherché comme actif de réserve lorsque la confiance dans les grandes monnaies baisse.
Pour Pékin, l’enjeu est aussi stratégique. La Chine veut limiter les risques liés à d’éventuelles sanctions américaines et à l’instabilité de la dette des États-Unis. La dette publique américaine approche les 40 000 milliards de dollars, tandis que le rendement du bon du Trésor américain à 30 ans a atteint 5,34 %. Un bon du Trésor est un titre de dette émis par un État pour emprunter de l’argent sur les marchés.
Les achats chinois créent un effet de soutien sur les prix
Les achats chinois ne suffisent pas à expliquer seuls la hausse de l’or. Mais ils y contribuent fortement.
Le mécanisme est simple : lorsqu’une grande banque centrale achète de gros volumes, elle retire du métal disponible sur le marché. Cette demande supplémentaire soutient les prix, surtout lorsque d’autres acheteurs reviennent en même temps.
C’est précisément le cas en 2026. Après plusieurs mois de sorties de capitaux, les fonds adossés à l’or ont enregistré un retour des investisseurs en juillet et en août. Ces fonds, souvent appelés ETF, permettent d’investir dans l’or via un produit financier coté en Bourse, sans détenir directement des lingots ou des pièces. Lors de la troisième semaine d’août, plus de 45 tonnes auraient été achetées par ces véhicules, au rythme le plus élevé depuis janvier 2026.
La demande vient donc de deux fronts : les banques centrales, avec la Chine en tête, et les investisseurs financiers, qui cherchent une protection contre les tensions sur la dette américaine, la faiblesse du dollar et les risques géopolitiques.
Pékin construirait aussi une alternative monétaire
Au-delà des achats de métal, la Chine chercherait à bâtir un système financier moins dépendant du dollar. Cette stratégie passerait par l’accumulation d’or, le renforcement des infrastructures de stockage et d’échange, et le développement du rôle de Hong Kong comme place internationale.
La Chine s’appuierait aussi sur des accords en yuans avec plusieurs pays partenaires. En Afrique, plusieurs États ont déjà réduit leur dépendance au dollar. La Zambie impose certaines transactions en monnaie locale. Le Kenya a converti une partie de ses prêts en yuans. L’Égypte et l’Afrique du Sud ont signé des accords d’échange de devises avec la Chine.
Un accord d’échange de devises, ou swap, permet à deux banques centrales de s’échanger temporairement leurs monnaies. Il facilite le commerce bilatéral sans passer systématiquement par le dollar.
Cette évolution ne signifie pas la fin immédiate de la domination du billet vert. Mais elle renforce progressivement le rôle de l’or comme actif neutre dans un monde plus fragmenté.
Ce que cela change pour les épargnants européens
Pour un investisseur belge ou francophone, le signal est important. Le prix de l’or est coté en dollars sur les marchés internationaux, mais l’achat en Europe se fait généralement en euros. Le rendement final dépend donc à la fois du cours de l’or et du taux de change euro-dollar.
Lorsque le dollar faiblit, l’or peut monter en dollars sans progresser autant en euros. À l’inverse, une hausse de l’or combinée à un dollar fort peut amplifier le mouvement pour un acheteur européen.
L’or reste un actif de protection, aussi appelé valeur refuge. Cette expression désigne un placement recherché en période d’incertitude, car il est perçu comme plus stable que les actifs financiers risqués. Mais il demeure volatil : le cours a chuté de plus de 29 % après un record historique début 2026, avant de rebondir en août.
La Chine ne fait pas monter l’or à elle seule, mais ses achats renforcent une tendance déjà portée par la dette américaine, le retour des investisseurs et la recherche d’actifs indépendants du dollar. Pour les particuliers, cette dynamique confirme surtout une chose : l’or reste au cœur des stratégies de préservation du capital lorsque la confiance dans les monnaies et les dettes publiques se fragilise.


