Jusqu’à 20 mètres de sédiments grossiers ont été recoupés par forage sur le projet aurifère Madeira River, dans l’État de Rondônia, au Brésil. Canary Gold Corp. y voit un indice important : ces graviers et sables matures soutiennent l’hypothèse d’un vaste système de paléocanaux associé au fleuve Madeira.
Un paléocanal est un ancien lit de rivière aujourd’hui comblé par des sédiments. Dans le cas de l’or, ce type d’environnement intéresse les explorateurs, car l’eau peut concentrer des particules métalliques lourdes dans des graviers. Ces dépôts sont dits alluvionnaires : l’or n’est pas nécessairement contenu dans une roche dure, mais transporté puis piégé par des cours d’eau anciens ou actuels.
Canary Gold a annoncé, le 10 juin, avoir recoupé ces unités lors de forages plus profonds sur son projet Madeira River. Le système interprété s’étendrait sur environ 7 kilomètres par 5 kilomètres vers l’est depuis le fleuve actuel. L’objectif est clair : vérifier si ces paléocanaux peuvent héberger des concentrations d’or exploitables.
Canary Gold cible un potentiel alluvionnaire à grande échelle
La campagne comprend environ 21 forages en circulation inverse, espacés d’environ 1 kilomètre, ainsi que 14 forages de remplissage de diamètre PQ. La circulation inverse est une méthode qui remonte les fragments de roche ou de sédiments à la surface grâce à de l’air comprimé. Le diamètre PQ correspond à un carottage de grand diamètre, utile pour obtenir davantage de matière à analyser.
Cette précision est importante pour l’or alluvionnaire. Les particules peuvent être grossières et mal réparties. Un petit échantillon peut donc surestimer ou sous-estimer la teneur réelle. C’est ce que les géologues appellent souvent l’« effet pépite » : quelques grains d’or peuvent changer fortement le résultat d’une analyse.
Le projet Madeira River se situe dans une zone marquée par une activité historique et actuelle de dragage artisanal. Cette présence ne prouve pas l’existence d’une ressource industrielle, mais elle explique l’intérêt géologique de la zone.
Les résultats d’analyse restent attendus
Canary Gold indique que les résultats analytiques de la campagne de forage sont encore en attente. Les échantillons doivent être reçus, compilés puis examinés avant publication.
Aucune ressource minérale n’a encore été définie sur le projet. Pour les investisseurs, ce point est central. Une ressource minérale correspond à une estimation encadrée de la quantité et de la teneur d’un gisement, selon des règles techniques reconnues. À ce stade, Madeira River reste donc un projet d’exploration précoce.
Les prochains résultats devront confirmer deux éléments : la continuité géologique des paléocanaux et la présence effective d’or à des teneurs significatives. Sans ces données, le potentiel demeure géologique, non économique.
Une spécialiste de l’or alluvionnaire rejoint le dossier
Canary Gold a aussi engagé Clara Maria Lamus Molina, géologue-ingénieure spécialisée dans l’évaluation et l’échantillonnage des gisements d’or alluvionnaire. Elle dispose de plus de 20 ans d’expérience, notamment dans les opérations de placers aurifères en Amérique du Sud.
Un placer désigne un dépôt où l’or a été concentré mécaniquement par l’eau, souvent dans des graviers. Ce type de gisement nécessite des méthodes d’échantillonnage adaptées, car la distribution de l’or peut être très irrégulière.
Sa mission portera sur les protocoles de forage, d’échantillonnage, de préparation des concentrés et de contrôle qualité. Le QA/QC, pour “Quality Assurance / Quality Control”, regroupe les procédures destinées à vérifier la fiabilité des échantillons et des analyses. Elle devra aussi contribuer à la modélisation géologique et à d’éventuelles futures estimations de ressources conformes à la norme NI 43-101, le cadre canadien de référence pour publier des informations techniques minières.
Un projet suivi dans un marché de l’or plus attentif
Canary Gold avance ce programme dans un contexte d’intérêt accru pour l’or. Pour le public européen, cet intérêt s’explique notamment par la recherche d’actifs tangibles face aux incertitudes monétaires, budgétaires et géopolitiques. L’or physique, les actions minières et les sociétés d’exploration ne présentent toutefois pas le même profil de risque.
Une société d’exploration comme Canary Gold offre une exposition indirecte au métal jaune. Elle peut bénéficier d’une découverte, mais elle dépend aussi fortement des résultats de forage, des coûts, des autorisations, des conditions locales et des financements nécessaires.
Le périmètre du projet Madeira River couvrirait environ 80 kilomètres de titres miniers consolidés à l’est du fleuve Madeira. Seule une partie limitée de cette zone aurait été testée à ce stade. Les travaux en cours visent donc à mieux définir la géométrie des paléocanaux et les environnements sédimentaires favorables à la concentration de l’or.
La prochaine étape sera décisive : les analyses diront si les indices géologiques observés se traduisent par des teneurs aurifères exploitables. Dans l’or comme dans l’exploration minière, le potentiel attire l’attention, mais seules les données confirmées construisent la valeur.


