89% des banques centrales interrogées s’attendent à une hausse des réserves mondiales d’or dans les douze prochains mois. Ce chiffre, publié le 16 juin par le World Gold Council, confirme le rôle central du métal jaune dans les stratégies monétaires publiques.
Les banques centrales anticipent encore plus d’or dans les réserves mondiales
Le World Gold Council, organisation de référence du secteur aurifère, a interrogé 76 répondants issus de banques centrales à travers le monde. Résultat principal : 89% estiment que les réserves d’or détenues par l’ensemble des banques centrales vont augmenter au cours des douze prochains mois.
Une réserve d’or désigne l’or détenu officiellement par une banque centrale. Il fait partie des réserves de change, aux côtés de devises comme le dollar ou l’euro, d’obligations souveraines et d’autres actifs financiers. Ces réserves servent à renforcer la crédibilité monétaire d’un pays, à sécuriser sa capacité d’intervention et à protéger son bilan en période de crise.
L’enquête montre aussi qu’un niveau record de 45% des banques centrales participantes prévoient d’augmenter leurs propres stocks d’or sur la même période. Ce taux était de 43% en 2025.
Pourquoi l’or reste stratégique pour les États
Les raisons avancées tiennent en quatre mots : diversification, sécurité, inflation et géopolitique.
La diversification consiste à ne pas concentrer les réserves dans un seul actif ou une seule devise. Pour une banque centrale, détenir de l’or permet de réduire la dépendance au dollar, à l’euro ou à certains titres de dette publique.
L’or est aussi considéré comme une couverture de crise. Cela signifie qu’il peut conserver une valeur de référence lorsque les marchés financiers deviennent instables, lorsque les monnaies se déprécient ou lorsque les tensions internationales s’aggravent.
Il est enfin vu comme une protection contre l’inflation. L’inflation correspond à la hausse générale des prix, qui réduit le pouvoir d’achat d’une monnaie. L’or ne verse pas d’intérêt, mais son offre physique reste limitée, ce qui nourrit son attrait lorsque la confiance dans les monnaies fiduciaires recule.
Les achats officiels ont changé d’échelle
Le mouvement ne se limite pas aux intentions. D’après les données du World Gold Council, les banques centrales ont acheté en moyenne environ 1.000 tonnes d’or par an au cours des quatre dernières années. Le rythme moyen était d’environ 500 tonnes par an lors de la décennie précédente.
Cette accélération marque un changement important. Les banques centrales ne traitent plus seulement l’or comme un actif historique. Elles l’utilisent davantage comme un outil actif de gestion des réserves.
En avril 2026, les banques centrales sont redevenues acheteuses nettes, avec 19 tonnes acquises après des ventes nettes en mars. Être acheteur net signifie que les achats dépassent les ventes sur une période donnée.
La Banque nationale de Pologne a été le principal acheteur du mois avec 14 tonnes. La Banque populaire de Chine a acheté 8 tonnes, son volume mensuel le plus élevé depuis décembre 2024, prolongeant une série d’achats de 18 mois. La Banque nationale tchèque a ajouté 3 tonnes, soit son 38e mois consécutif d’achat. À l’inverse, la Russie a poursuivi ses ventes nettes avec 6 tonnes cédées en avril.
Un signal important pour le marché de l’or
Pour les investisseurs particuliers en Belgique, en France ou ailleurs en Europe, ces achats officiels ne constituent pas à eux seuls un signal d’achat automatique. Ils indiquent toutefois une tendance de fond : la demande des institutions publiques reste solide.
Le prix de l’or dépend de plusieurs facteurs : les taux d’intérêt, le dollar, l’inflation, les tensions géopolitiques, la demande industrielle et joaillière, ainsi que les flux d’investissement. Mais les banques centrales représentent un acheteur particulier. Elles investissent sur des horizons longs et avec des objectifs de stabilité plutôt que de rendement immédiat.
Cette demande peut donc soutenir le marché, surtout lorsque l’offre minière progresse lentement. L’offre minière désigne la quantité d’or nouvellement extraite chaque année. Elle ne peut pas s’adapter rapidement à une hausse de la demande, car ouvrir une mine nécessite souvent plusieurs années.
Le stockage de l’or devient aussi un enjeu de souveraineté
La question ne porte pas seulement sur la quantité d’or achetée. Elle concerne aussi le lieu où cet or est conservé.
Dans un contexte géopolitique plus tendu, certaines banques centrales rapatrieraient une partie de leurs réserves détenues à l’étranger, d’après CNBC. Le rapatriement de l’or consiste à transférer physiquement des lingots stockés dans des coffres étrangers vers le territoire national ou vers les infrastructures de la banque centrale concernée.
Ce mouvement viserait à renforcer le contrôle souverain et la sécurité de conservation. Il rappelle que l’or est un actif financier, mais aussi un actif physique. Sa valeur dépend autant de sa détention juridique que de sa disponibilité concrète en cas de crise.
Ce qu’il faut retenir
L’enquête 2026 du World Gold Council confirme une tendance déjà visible depuis plusieurs années : les banques centrales veulent davantage d’or dans leurs réserves. L’élément nouveau réside dans l’ampleur du consensus, avec 89% des répondants anticipant une hausse mondiale des réserves officielles.
Pour le marché, cette demande publique renforce le statut de l’or comme actif de réserve international. Pour les particuliers, elle rappelle surtout que l’or reste perçu par les États comme un instrument de diversification et de protection, même lorsque les marchés financiers évoluent au plus haut.
Les intentions des banques centrales ne garantissent pas l’évolution future du cours. Elles dessinent néanmoins un message clair : dans un monde plus incertain, l’or conserve une place stratégique dans la gestion du capital.



