86 tonnes d’or, soit environ 10 à 11 milliards d’euros, ont changé de place dans l’architecture financière des Pays-Bas. La Nederlandsche Bank (DNB), la banque centrale néerlandaise, a confirmé avoir transféré en 2026 une partie de ses réserves d’or depuis les États-Unis et le Canada vers la Banque d’Angleterre, à Londres.

Cette opération donne un signal clair : pour la DNB, l’or reste l’actif de réserve ultime. La banque centrale le décrit comme un « ancrage de confiance », utile lorsque les marchés, les devises ou les relations internationales deviennent instables.

La DNB rééquilibre ses réserves d’or

Avant l’opération, 31,3 % de l’or néerlandais était conservé à New York et 19,7 % à Ottawa. Après le transfert, les deux sites ne détiennent plus chacun que 18,5 % des réserves.

Le mouvement n’a pas consisté en un simple transport de lingots. La DNB indique avoir combiné plusieurs opérations : vente d’or à New York, achat d’or à Londres, transport physique depuis l’Amérique du Nord vers les Pays-Bas, puis transfert d’une partie de cet or vers Londres.

Un lingot d’or de banque centrale est une barre standardisée, généralement destinée aux grandes transactions entre institutions. La standardisation facilite la revente et la reconnaissance internationale du métal.

Londres reste un centre clé pour le marché de l’or

La Banque d’Angleterre conserve de l’or pour de nombreuses banques centrales. Londres est aussi un grand centre du marché de gré à gré de l’or, appelé marché OTC (over the counter). Ce terme désigne des transactions conclues directement entre grands acteurs financiers, en dehors d’une Bourse classique.

Pour une banque centrale, cette localisation améliore la liquidité de l’or. La liquidité signifie la capacité à vendre ou mobiliser rapidement un actif sans trop affecter son prix. Dans une crise, cette rapidité peut devenir décisive.

La DNB explique vouloir améliorer la négociabilité et l’accessibilité de ses réserves. Autrement dit, l’or doit pouvoir être utilisé vite, dans un lieu reconnu par les acteurs internationaux.

L’or comme protection contre les risques extrêmes

La banque centrale néerlandaise considère l’or comme un actif de réserve de dernier recours. Un actif de réserve est un bien détenu par une banque centrale pour soutenir la confiance, intervenir en cas de crise ou diversifier les avoirs nationaux.

L’or ne dépend pas directement de la promesse de paiement d’un État ou d’une entreprise. Il ne comporte donc pas le même risque de défaut qu’une obligation, c’est-à-dire le risque qu’un emprunteur ne rembourse pas. C’est ce qui explique son rôle historique dans les bilans des banques centrales.

En qualifiant l’or d’« ancrage de confiance », la DNB rappelle que le métal jaune conserve une fonction monétaire, même dans un système dominé par les devises et les titres financiers.

Un contexte géopolitique plus tendu

La décision néerlandaise intervient dans un climat international plus incertain. Les tensions géopolitiques, les politiques commerciales américaines plus agressives et les interrogations européennes sur la fiabilité des alliances auraient pesé dans la réflexion.

Certaines inquiétudes porteraient aussi sur l’indépendance de la Réserve fédérale américaine sous l’administration de Donald Trump, ainsi que sur le risque, en situation extrême, de ne pas pouvoir mobiliser rapidement de l’or conservé en Amérique du Nord. Ces éléments restent présentés au conditionnel lorsque la DNB ne les formule pas directement.

Le choix de Londres ne signifie donc pas seulement un arbitrage logistique. Il traduit aussi une volonté de mieux préparer les réserves nationales à des scénarios de rupture.

Un signal pour les épargnants européens

Pour les particuliers belges et francophones, cette décision ne constitue pas un conseil d’achat. Elle rappelle toutefois une réalité : les banques centrales ne détiennent pas de l’or par nostalgie. Elles l’utilisent comme outil de diversification, de confiance et de résilience.

La diversification consiste à répartir son patrimoine entre plusieurs actifs afin de réduire la dépendance à une seule devise, un seul marché ou un seul émetteur. L’or peut jouer ce rôle, mais son prix varie et son achat demande de tenir compte des frais, de la fiscalité et des conditions de revente.

La DNB envoie ainsi un message sobre mais puissant : dans un monde fragmenté, l’emplacement de l’or compte presque autant que sa quantité. Et pour une banque centrale, la confiance se prépare avant la crise.

Observateur des relations internationales, Thomas étudie l’influence des tensions géopolitiques et des politiques monétaires sur l’or.

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