De 121,64 dollars l’once le 29 janvier à environ 66,3 dollars le 8 septembre : l’argent traverse une année 2026 hors norme. Le rebond observé depuis le creux de juillet ne suffit pas encore à effacer les dégâts de la correction. Le métal blanc reste environ 45 % sous son sommet de janvier, malgré une hausse d’environ 21 % depuis son point bas estival.
L’once troy est l’unité de référence des métaux précieux : elle équivaut à 31,103 grammes. Pour les épargnants belges, cette volatilité rappelle une règle essentielle : l’argent peut offrir un potentiel de hausse important, mais ses mouvements sont généralement plus violents que ceux de l’or.
Un record suivi d’une chute historique
L’argent avait atteint 121,64 dollars l’once le 29 janvier 2026, après une envolée exceptionnelle en 2025. Le lendemain, le marché a brutalement changé de direction : le cours a plongé de 27 % en une seule séance.
Cette baisse quotidienne constitue la plus forte observée dans les données de LSEG depuis le début des années 1980. Elle illustre la vulnérabilité d’un marché porté trop rapidement par des achats spéculatifs.
Les prises de bénéfices ont joué un rôle central. Elles correspondent aux ventes réalisées par des investisseurs souhaitant sécuriser les gains accumulés lors de la hausse. Elles se seraient combinées à des appels de marge et à des ventes automatiques.
Un appel de marge intervient lorsqu’un opérateur utilisant de l’argent emprunté ou un effet de levier doit déposer des fonds supplémentaires pour conserver sa position. Faute de liquidités, la position peut être vendue de force, ce qui amplifie la baisse.
Une tension physique et financière qui aurait alimenté la flambée
À la fin de 2025 et au début de 2026, le marché aurait connu des tensions particulièrement fortes. Des stocks auraient été transférés vers les États-Unis, tandis que les ETF adossés à l’argent auraient attiré des capitaux importants.
Un ETF est un fonds coté en Bourse. Lorsqu’il est adossé à de l’argent physique, il vise à suivre l’évolution du métal en détenant, directement ou indirectement, des réserves correspondantes. Ces produits permettent de s’exposer au cours sans acheter soi-même des lingots ou des pièces.
La demande de métal physique aurait également augmenté, alors que l’argent disponible à Londres se serait raréfié. Cette combinaison aurait favorisé un short squeeze, ou étranglement des vendeurs à découvert. Ce phénomène se produit lorsque des investisseurs ayant parié sur la baisse doivent racheter rapidement le métal pour limiter leurs pertes, alimentant à leur tour la hausse.
Face à cette volatilité, le CME, marché américain des contrats à terme, aurait relevé plusieurs fois les dépôts de garantie sur certains contrats d’argent. Les marges seraient notamment passées de 9 % à 11 %, avant d’être de nouveau relevées après le krach. Ces exigences réduisent l’accès au levier, mais peuvent aussi provoquer des ventes forcées chez les intervenants les plus exposés.
Les taux élevés freinent encore le rebond
Depuis le choc de janvier, l’argent tente de former un nouveau point d’équilibre. Le 18 août, il s’échangeait autour de 64,82 dollars l’once, dans un mouvement de recul généralisé des métaux précieux.
Le niveau des taux obligataires reste un obstacle. Le même jour, le rendement des obligations américaines à trente ans a franchi 5,3 %, un niveau inédit depuis plus de vingt ans. Un rendement obligataire est le revenu annuel attendu d’une obligation, exprimé en pourcentage de son prix.
Lorsque ces rendements montent, les placements obligataires deviennent relativement plus attractifs. L’or et l’argent ne versent ni coupon ni dividende : leur détention présente donc un coût d’opportunité plus élevé. La hausse du dollar peut aussi peser sur les métaux, car ils sont largement cotés en dollars sur les marchés internationaux.
Une demande industrielle qui demeure un soutien de fond
Le recul spéculatif ne fait pas disparaître le rôle industriel de l’argent. En 2025, l’industrie a absorbé 657,4 millions d’onces, soit près de 60 % de la demande mondiale. Les panneaux solaires, l’électronique, les véhicules, les réseaux électriques et les infrastructures utilisent ce métal pour ses propriétés de conductivité.
Cette demande structurelle peut soutenir le marché à moyen terme. Elle ne protège toutefois pas les investisseurs contre les variations rapides provoquées par les taux, le dollar, les flux financiers ou les positions spéculatives.
À environ 66,3 dollars l’once, l’argent a nettement rebondi depuis juillet, sans effacer l’excès de janvier. Après une année de records et de krach, le prochain enjeu sera de savoir si le métal blanc peut se stabiliser sur l’appui de la demande industrielle, sans retomber dans une nouvelle phase de surchauffe financière.



