Près de 2 millions de mètres cubes de terre auraient été déplacés sur le site des Guilleteres d’All, en Cerdagne, dans les Pyrénées. Cette estimation donne la mesure de la découverte : des chercheurs espagnols ont identifié les traces d’une importante exploitation aurifère romaine, active entre le Ier et le IIIe siècle de notre ère.
Le site, situé côté espagnol des Pyrénées, à proximité de la Cerdagne, révèle un système organisé pour récupérer de l’or alluvial. L’or alluvial désigne de fines particules d’or présentes dans les sédiments transportés par l’eau, appelés alluvions. Contrairement à une mine souterraine, ce type d’exploitation vise à laver, déplacer et trier des terres ou des graviers pour en extraire le métal précieux.
Cette découverte confirme que l’or occupait déjà une place stratégique dans l’économie romaine, y compris dans les zones de montagne.
Une mine d’or romaine cachée dans le paysage pyrénéen
Qui ? Une équipe de recherche espagnole. Quoi ? Une exploitation aurifère romaine. Où ? Sur le site des Guilleteres d’All, en Cerdagne, dans les Pyrénées. Quand ? Entre le Ier et le IIIe siècle principalement. Comment ? Grâce à un système hydraulique de fossés et de barrages. Pourquoi ? Pour extraire les particules d’or contenues dans les alluvions.
Les archéologues ont mis en évidence une installation de grande ampleur. Le site comprend notamment un fossé excavé d’environ 4,5 mètres de large et 1,5 mètre de profondeur, bordé par un barrage de blocs de pierre. Ce dispositif servait à collecter l’eau, puis à la relâcher avec suffisamment de force pour entraîner les sédiments aurifères vers des zones de tri.
Le principe était simple, mais techniquement exigeant : utiliser la puissance de l’eau pour séparer les matériaux. L’or étant plus dense que la plupart des sables et graviers, il pouvait être récupéré après concentration des sédiments.
La datation précise confirme la piste romaine
La chronologie du site a été affinée grâce à la luminescence stimulée optiquement. Cette méthode scientifique permet de dater des grains minéraux enfouis dans des sédiments. Elle mesure le temps écoulé depuis leur dernière exposition à la lumière.
Les résultats confirment que les dépôts étudiés se situent entre la fin du Ier siècle et le début du Ve siècle de notre ère. L’exploitation minière, elle, aurait probablement été abandonnée vers la fin du IIe siècle ou le début du IIIe siècle.
Cette datation est importante. Elle permet de rattacher l’activité à la période romaine et de mieux comprendre l’organisation économique du territoire. Elle montre aussi que l’exploitation ne relevait pas d’un simple prélèvement ponctuel, mais d’une activité structurée.
Un rappel de la valeur ancienne de l’or
Pour les historiens comme pour les investisseurs d’aujourd’hui, cette découverte illustre une constante : l’or a longtemps été recherché pour sa rareté, sa durabilité et sa fonction de réserve de valeur. Une réserve de valeur est un actif utilisé pour conserver du pouvoir d’achat dans le temps.
À l’époque romaine, l’or servait à frapper des monnaies, financer l’administration, payer l’armée et soutenir le commerce. Sa production nécessitait donc des infrastructures, de la main-d’œuvre et une maîtrise technique importante.
La redécouverte des Guilleteres d’All ne change pas le marché actuel de l’or. Elle rappelle toutefois que la valeur accordée au métal jaune ne date pas des crises financières modernes. Elle s’inscrit dans une histoire longue, où chaque gisement exploitable pouvait devenir un enjeu économique et politique.
Des siècles après l’abandon probable de cette exploitation, les Pyrénées livrent ainsi un nouveau témoignage : l’or a façonné les territoires bien avant de s’afficher sur les écrans des marchés mondiaux.



