Moins de 61 dollars l’once : le seuil est psychologique pour l’argent, mais le signal est surtout monétaire. À la date du 29 juin 2026, le cours de l’argent serait passé sous 61 dollars l’once, après avoir évolué autour de 64,55 dollars au début du mois. Cette baisse serait liée à deux facteurs : le maintien de taux élevés par la Réserve fédérale américaine et le renforcement du dollar.
L’once désigne ici l’once troy, l’unité de référence des métaux précieux. Elle équivaut à 31,103 grammes. Quand le cours de l’argent baisse en dollars, le prix payé en euros dépend aussi du taux de change euro-dollar. Pour un épargnant belge ou européen, la variation du dollar peut donc amplifier ou atténuer le mouvement.
La Fed maintient la pression sur les métaux précieux
Le 17 juin 2026, la Réserve fédérale américaine, présidée par Kevin Warsh, a maintenu ses taux directeurs dans une fourchette de 3,50 % à 3,75 %. Il s’agit du quatrième statu quo consécutif.
Les taux directeurs sont les taux fixés par une banque centrale pour orienter le coût du crédit dans l’économie. Quand ils restent élevés, les emprunts coûtent plus cher, l’activité peut ralentir et les placements rémunérés redeviennent plus attractifs.
Le message de la Fed a surtout surpris les marchés par son dot plot. Ce document regroupe les projections de taux des membres de la banque centrale américaine. Sa révision suggère que les taux pourraient rester élevés plus longtemps que prévu.
C’est ce décalage entre les attentes de baisse des taux et la prudence de la Fed qui piège les marchés. Les investisseurs anticipaient un assouplissement monétaire plus rapide. La Fed a envoyé le signal inverse.
Pourquoi l’argent recule quand les taux restent élevés
L’argent, comme l’or, ne verse ni intérêt ni dividende. Il est donc souvent qualifié d’actif non rémunérateur. Cela ne signifie pas qu’il n’a pas de valeur, mais qu’il ne produit pas de revenu régulier, contrairement à une obligation ou à certains comptes rémunérés.
Quand les taux montent ou restent élevés, les rendements des actifs à revenu fixe deviennent plus compétitifs. Un actif à revenu fixe est un placement qui verse un revenu connu ou prévisible, comme une obligation d’État. Dans ce contexte, une partie des capitaux peut quitter les métaux précieux pour rechercher du rendement.
Le dollar fort ajoute une deuxième pression. Les métaux précieux étant cotés en dollars sur les marchés internationaux, une hausse du billet vert rend l’argent plus cher pour les acheteurs utilisant l’euro, le yen ou d’autres devises. Cette mécanique peut réduire la demande mondiale et peser sur les prix.
La BCE renforce le même signal en Europe
Le mouvement ne vient pas seulement des États-Unis. Le 11 juin 2026, la Banque centrale européenne a relevé ses taux de 0,25 point, portant son taux principal à 2,25 %. Cette décision visait à répondre à une remontée de l’inflation, alimentée par les tensions géopolitiques et un contexte économique plus instable.
Cette hausse a aussi pesé sur l’or, dont le cours est revenu autour de 4 029 dollars l’once, proche d’un support important. Un support est un niveau de prix à partir duquel les acheteurs se sont historiquement manifestés. S’il casse, les vendeurs peuvent reprendre la main.
Le lien avec l’argent est direct. Les deux métaux appartiennent à la famille des métaux précieux. Mais l’argent possède une double nature : valeur refuge partielle et métal industriel. Il est utilisé dans l’électronique, le solaire ou certains composants techniques. Cette dimension industrielle peut le rendre plus sensible aux anticipations de ralentissement économique.
L’or confirme la pression sur les valeurs refuges
Depuis le début de 2026, l’or a déjà fortement corrigé. Après un record de 5 490 dollars l’once fin janvier, il est revenu autour de 4 071 dollars début juin, soit une baisse d’environ 26 %.
Cette baisse illustre l’impact des politiques monétaires restrictives. Une politique monétaire restrictive consiste à limiter la circulation de crédit et de liquidités afin de freiner l’inflation. Elle soutient généralement les devises et les rendements obligataires, mais pénalise les actifs qui ne versent pas de revenu.
Pour l’argent, le passage supposé sous 61 dollars intervient donc dans un marché déjà fragilisé par la correction de l’or. Les investisseurs ne vendent pas seulement un métal : ils réévaluent toute la place des métaux précieux dans un environnement de taux plus élevés.
Ce que les épargnants doivent surveiller
Pour les épargnants belges et francophones, la baisse de l’argent peut être lue de deux manières. Elle peut inquiéter ceux qui détiennent déjà du métal. Elle peut aussi attirer ceux qui attendaient un point d’entrée plus favorable.
Plusieurs éléments méritent une attention particulière : le niveau du dollar, les prochaines communications de la Fed, les décisions de la BCE et la capacité du cours de l’argent à se stabiliser au-dessus ou en dessous de 61 dollars.
Un achat d’argent physique demande aussi de tenir compte des frais, des écarts entre prix d’achat et prix de revente, ainsi que de la fiscalité applicable. En Belgique, l’or d’investissement bénéficie d’un régime spécifique, tandis que l’argent physique peut être traité différemment selon sa forme et le canal d’achat. Cette différence doit être vérifiée avant toute opération.
La chute de l’argent sous 61 dollars, si elle se confirme, ne serait pas seulement un mouvement de marché. Elle signalerait surtout que les banques centrales gardent la main sur les métaux précieux. Tant que la Fed maintiendra des taux élevés et que le dollar restera ferme, l’argent pourrait rester sous pression, même si son rôle industriel et patrimonial continue d’attirer les épargnants de long terme.



