Plus de 2 % de baisse en une séance : le cours de l’or est passé sous la zone des 4 100 dollars l’once ce mardi 23 juin 2026. Ce mouvement replace les épargnants face à une question simple : l’or corrige-t-il seulement après une forte hausse, ou le marché anticipe-t-il un choc plus durable lié à la politique monétaire américaine ?
L’or décroche sous la pression du dollar
Le prix de l’or a reculé à environ 4 100 dollars l’once sur les marchés internationaux. L’once désigne ici l’once troy, l’unité de référence pour les métaux précieux, soit environ 31,1 grammes.
La baisse s’explique d’abord par le retour en force du dollar américain. L’or étant coté principalement en dollars, un billet vert plus cher rend le métal plus coûteux pour les acheteurs qui paient en euros, en francs suisses ou dans d’autres devises. Cette mécanique peut réduire la demande mondiale.
Pour un épargnant belge ou francophone, le raisonnement doit donc intégrer deux prix : le cours de l’or en dollars et le taux de change euro-dollar. Un repli de l’or en dollars peut être partiellement amorti, ou au contraire amplifié, par l’évolution de l’euro.
La Fed ravive la menace d’une hausse des taux
La deuxième pression vient de la Réserve fédérale américaine, la Fed. Cette banque centrale fixe les taux d’intérêt aux États-Unis et influence fortement les marchés mondiaux.
Plusieurs responsables de la Fed ont laissé ouverte la possibilité d’une nouvelle hausse des taux en 2026. Austan Goolsbee, président de la Fed de Chicago, a notamment averti, dans une intervention publique, que l’inflation évoluait « dans la mauvaise direction ».
Pour l’or, le signal est négatif. Le métal jaune est un actif sans rendement : il ne verse ni coupon, comme une obligation, ni dividende, comme une action. Quand les taux montent, les placements rémunérés en dollars deviennent plus attractifs. Le coût d’opportunité de l’or augmente : détenir de l’or signifie renoncer à des intérêts potentiellement plus élevés ailleurs.
Les anticipations de marché ont fortement bougé. Selon l’outil CME Fed Watch, qui mesure les probabilités déduites des contrats à terme sur les taux, les traders évaluent désormais à 88 % la probabilité d’une hausse des taux de la Fed en décembre 2026, contre 61 % auparavant.
Le PCE de jeudi devient le chiffre clé
Le prochain test arrivera le 25 juin 2026 avec la publication du PCE américain de mai. Le PCE, pour Personal Consumption Expenditures, mesure l’évolution des prix payés par les ménages américains. Il s’agit de l’indicateur d’inflation privilégié par la Fed pour calibrer sa politique monétaire.
La prévision annuelle ressort à +4,1 %, avec une contribution importante des coûts de l’énergie. Si le chiffre confirme une inflation persistante, les marchés pourraient renforcer leurs paris sur une Fed plus restrictive. Dans ce cas, le dollar et les rendements obligataires américains pourraient rester élevés, ce qui pèserait encore sur l’or.
À l’inverse, un chiffre inférieur aux attentes pourrait calmer la pression. Le marché de l’or reste donc suspendu à une statistique qui peut modifier rapidement les anticipations de taux.
L’Iran entretient une prime de risque incertaine
Le contexte géopolitique ajoute une couche d’incertitude. Des discussions entre Washington et Téhéran se poursuivent en Suisse, avec une médiation du Qatar et du Pakistan. Les médiateurs font état d’avancées, dont une feuille de route de 60 jours vers un accord plus large et une exemption temporaire de sanctions américaines sur certaines exportations pétrolières iraniennes.
Mais le dossier reste fragile. L’Iran conteste avoir accepté de nouvelles inspections nucléaires, contrairement à des déclarations américaines. Cette divergence limite l’effet apaisant des négociations.
En temps normal, les tensions géopolitiques soutiennent l’or, considéré comme une valeur refuge, c’est-à-dire un actif recherché lorsque les investisseurs veulent réduire leur exposition au risque. Mais ce soutien est actuellement contrarié par le dollar fort et par les taux américains attendus plus élevés.
Les grandes banques révisent leurs scénarios
Les prévisions des institutions financières reflètent ce changement de climat. Deutsche Bank a abaissé son objectif pour le troisième trimestre 2026 à 4 300 dollars l’once, soit une baisse de plus de 20 % par rapport à son estimation précédente, tout en visant encore 4 800 dollars en fin d’année. Goldman Sachs a également réduit sa prévision de fin d’année, de 5 000 à 4 900 dollars l’once.
Ces niveaux restent élevés dans une perspective historique. Mais ils indiquent que les analystes intègrent désormais un environnement plus difficile pour le métal jaune : inflation persistante, Fed vigilante, dollar solide et données américaines résistantes.
Les 4 100 dollars deviennent un seuil psychologique
Sur le plan technique, la zone des 4 100 dollars serait surveillée comme une ligne de défense psychologique par les investisseurs. Une rupture nette pourrait ouvrir la voie à une correction plus profonde, surtout si le dollar reste fort. La principale résistance serait située vers 4 311 dollars, un niveau associé à la moyenne mobile sur quatre heures.
Une moyenne mobile est un indicateur qui lisse les prix récents pour identifier une tendance. Elle ne prédit pas l’avenir, mais elle sert souvent de repère aux traders pour décider d’acheter ou de vendre.
Pour l’épargnant, le message est clair : le risque principal ne vient pas seulement du prix de l’or, mais de la combinaison entre taux américains, dollar, inflation et géopolitique. Avant le PCE, la prudence domine. L’or conserve son rôle de protection de long terme, mais son prix peut subir des secousses brutales à court terme.



