762 millions d’onces : c’est le déficit cumulé estimé du marché mondial de l’argent depuis 2021. Dans ce contexte tendu, Cerro de Pasco Resources Inc. avance sur son projet de retraitement des résidus miniers de Quiulacocha, dans le centre du Pérou.
L’entreprise canadienne travaille sur des matériaux déjà extraits, accumulés entre 1921 et 1992 dans le district minier de Cerro de Pasco. Ces résidus, aussi appelés “tailings” en anglais, sont les déchets laissés après le traitement initial du minerai. Ils peuvent encore contenir des métaux récupérables avec des technologies plus récentes.
L’enjeu est clair : produire de l’argent et des métaux de base sans ouvrir une mine conventionnelle. Les métaux de base désignent ici des métaux industriels comme le zinc, le plomb ou le cuivre, souvent associés à l’argent dans les gisements polymétalliques.
Un projet fondé sur le retraitement, pas sur une nouvelle mine
Cerro de Pasco Resources indique faire progresser son programme métallurgique à Quiulacocha. La métallurgie désigne l’ensemble des procédés utilisés pour séparer et concentrer les métaux contenus dans une roche ou un résidu minier.
Le projet repose sur la flottation. Cette technique consiste à mélanger les résidus broyés avec de l’eau et des réactifs, puis à injecter de l’air. Certaines particules minérales s’accrochent aux bulles et remontent à la surface, ce qui permet de les séparer du reste du matériau.
Les derniers essais en mini-usine pilote ont montré une récupération d’environ 94 % de l’argent et de plus de 92,5 % des sulfures totaux. Les sulfures sont des minéraux contenant du soufre, souvent porteurs de métaux comme le plomb, le zinc, le cuivre ou l’argent.
Ces résultats renforcent l’intérêt d’un schéma de traitement en deux concentrés. Un concentré est un produit enrichi en minéraux utiles, obtenu après séparation. Il n’est pas encore un métal pur, mais il peut être vendu ou traité plus loin.
Deux concentrés ciblés : pyrite et métaux de base
Le schéma étudié par Cerro de Pasco Resources prévoit d’abord un concentré de pyrite à haute teneur. La pyrite est un sulfure de fer, souvent surnommé “or des fous” en raison de son éclat jaune métallique. Ici, son intérêt principal vient de sa teneur en soufre.
Les résidus de Quiulacocha contiennent plus de 50 % de pyrite. L’entreprise évalue la possibilité de produire un concentré contenant 90 % à 95 % de pyrite. Ce produit pourrait servir de matière première soufrée pour certaines industries, notamment les engrais phosphatés et les réactifs chimiques.
Le deuxième concentré viserait les métaux de base : zinc, plomb, cuivre et argent. Cette séparation pourrait améliorer la valorisation commerciale du projet, en distinguant un flux industriel lié au soufre d’un flux plus directement lié aux métaux.
L’argent reste soutenu par un déficit structurel
Le contexte mondial donne du relief au projet. Depuis 2021, le marché de l’argent enregistre un déficit d’offre cumulé estimé à environ 762 millions d’onces. Une once troy, unité de référence pour les métaux précieux, correspond à 31,103 grammes.
Ce déficit signifie que la demande physique a dépassé l’offre disponible sur plusieurs années. Il serait encore plus marqué si certains flux financiers, comme ceux liés aux ETF, étaient pris en compte. Un ETF est un fonds coté en Bourse qui permet d’investir dans un actif, ici l’argent, sans nécessairement détenir directement des lingots ou des pièces.
Pour les investisseurs, cette situation rend plus visibles les projets capables d’ajouter de l’offre. Le retraitement de résidus miniers peut aussi présenter un profil environnemental différent : les matériaux sont déjà extraits et stockés, ce qui limite certains impacts associés à une nouvelle exploitation minière.
Cela ne supprime pas les risques. Le projet doit encore démontrer sa rentabilité, obtenir les autorisations nécessaires et confirmer ses performances à plus grande échelle.
Gallium et indium : une option encore exploratoire
Au-delà de l’argent et des métaux de base, les premières études minéralogiques auraient identifié du gallium et de l’indium dans les résidus de Quiulacocha. Le gallium serait concentré dans les fractions riches en silicates, tandis que l’indium serait surtout associé aux minéraux porteurs de zinc.
Ces deux métaux sont utilisés dans certaines technologies avancées, notamment l’électronique et les semi-conducteurs. Mais leur récupération reste à un stade exploratoire. La viabilité économique n’est pas établie.
Des essais métallurgiques ciblés seraient en cours pour évaluer leur potentiel d’extraction. À ce stade, il s’agit donc d’une option de long terme, pas d’un pilier confirmé du projet.
Un signal pour les investisseurs en métaux précieux
Le dossier Quiulacocha illustre une tendance plus large : la recherche de nouvelles sources d’approvisionnement en métaux sans passer uniquement par de nouvelles mines. Pour l’argent, métal à la fois précieux et industriel, cette logique prend de l’importance avec la demande liée à l’électronique, au solaire et aux usages monétaires ou patrimoniaux.
Pour le public européen et belge intéressé par les métaux précieux, le message est double. D’un côté, un déficit durable peut soutenir l’intérêt pour l’argent physique et les actifs liés à sa production. De l’autre, les projets miniers ou de retraitement restent exposés aux risques techniques, réglementaires et financiers.
Quiulacocha pourrait devenir un exemple de valorisation de déchets miniers dans un marché de l’argent sous tension. Mais la transformation d’un résultat métallurgique prometteur en production rentable reste l’étape décisive.



