+2,49 % pour l’or, environ -5 % pour le Brent : la réaction des marchés à l’accord préliminaire entre les États-Unis et l’Iran est moins simple qu’elle n’y paraît. Lundi 15 juin 2026, les investisseurs ont salué la perspective d’un apaisement au Moyen-Orient. Mais ils ont aussi continué à acheter de l’or, signe que la prudence reste forte.
L’or monte malgré la détente géopolitique
Le cours de l’or a progressé de 2,49 % lundi, avec des estimations allant jusqu’à 2,7 % selon les relevés de marché. Le métal jaune a ainsi atteint un plus haut hebdomadaire.
Cette hausse intervient après l’annonce, le 14 juin, d’un accord préliminaire entre les États-Unis et l’Iran. Le texte vise à mettre fin au conflit au Moyen-Orient, y compris au Liban, et à organiser une réouverture progressive du détroit d’Ormuz. Sa signature officielle est prévue vendredi 19 juin à Genève.
En théorie, une baisse des tensions géopolitiques réduit la demande d’or. L’or est en effet une valeur refuge : un actif recherché lorsque les investisseurs craignent une guerre, une crise financière, une inflation forte ou une instabilité monétaire. Pourtant, cette fois, le marché reste prudent.
La raison est claire : l’accord n’est qu’une première étape. Une période de négociation de 60 jours doit suivre pour traiter les sujets les plus sensibles : programme nucléaire iranien, allégement des sanctions, reconstruction et calendrier d’application.
Le pétrole chute avec l’espoir d’un retour à la normale à Ormuz
Le mouvement le plus net concerne le pétrole. Le prix du Brent, référence européenne du pétrole brut extrait principalement en mer du Nord, a reculé d’environ 5 %. Le WTI, référence américaine du pétrole brut, a également baissé.
Cette chute s’explique par l’anticipation d’une normalisation de l’approvisionnement mondial. Le détroit d’Ormuz, passage maritime situé entre l’Iran et la péninsule arabique, concentre près d’un cinquième du commerce mondial de pétrole et de gaz. Lorsqu’il est menacé ou bloqué, les marchés intègrent une prime de risque : les prix montent car l’offre paraît plus fragile.
Après la signature de l’accord, les États-Unis doivent lever leur blocus naval sur les ports iraniens. Le transit maritime doit reprendre progressivement dans les jours suivants. Pour les marchés pétroliers, cette perspective réduit le risque de pénurie.
Les investisseurs achètent aussi de l’argent
L’or n’est pas le seul métal précieux recherché. L’argent a progressé de 4,3 % le même jour.
L’argent métal possède une double nature. Il est à la fois un métal précieux, comme l’or, et un métal industriel utilisé dans l’électronique, le solaire ou certaines technologies médicales. Sa hausse peut donc refléter à la fois une demande de protection et une anticipation d’activité économique plus soutenue.
Pour les épargnants belges et européens, ce mouvement rappelle une règle importante : le prix des métaux précieux ne dépend pas seulement de la guerre ou de la paix. Il dépend aussi du dollar, des taux d’intérêt, de l’inflation attendue, des achats des banques centrales et du niveau de confiance dans les marchés financiers.
Les Bourses rebondissent, le dollar faiblit
Les marchés actions ont fortement rebondi en Europe et en Asie après l’annonce de l’accord. Plusieurs indices ont inscrit de nouveaux records. Ce comportement traduit une reprise de l’appétit pour le risque : les investisseurs reviennent vers les actions lorsqu’ils pensent que le scénario économique devient moins dangereux.
Dans le même temps, le dollar américain a faibli. Les rendements obligataires mondiaux ont légèrement baissé. Un rendement obligataire correspond au revenu offert par une obligation, c’est-à-dire un titre de dette émis par un État ou une entreprise. Quand les rendements baissent, cela peut signaler une attente de moindre inflation ou une demande accrue pour certaines obligations.
La baisse du pétrole peut aussi réduire les craintes d’inflation à court terme. Un pétrole moins cher pèse sur les coûts de transport, d’énergie et de production. Pour la zone euro, très dépendante des importations d’énergie, cet élément est particulièrement suivi.
Pourquoi l’or résiste-t-il ?
La hausse de l’or montre que les investisseurs ne considèrent pas encore la crise comme totalement réglée. Trois incertitudes dominent.
Premièrement, le calendrier exact de réouverture du détroit d’Ormuz reste à surveiller. Deuxièmement, la levée des sanctions contre l’Iran dépendra de négociations complexes. Troisièmement, une reprise des tensions régionales reste possible si l’application de l’accord échoue.
Le marché envoie donc un message nuancé : il achète le scénario de détente, mais conserve une assurance en or.
Pour un particulier, cette situation invite à ne pas confondre hausse de court terme et tendance durable. L’or peut monter dans un climat de peur, mais aussi dans une phase de transition, lorsque les investisseurs doutent de la solidité d’un accord politique. La prudence reste donc le mot-clé, en particulier avant la signature prévue à Genève le 19 juin.



