Le cours de l’or a atteint des records en mai 2026, porté par les banques centrales asiatiques, l’inflation et le retour du risque souverain. Dans ce contexte, la lettre aux investisseurs ProPicks AI de juin reprend une maxime bien connue des marchés : « Quand la ruée vers l’or commence, vendez les pelles. »
L’idée est directe. Lors d’une ruée vers l’or, les chercheurs d’or prennent le risque de ne rien trouver. Les vendeurs de pelles, eux, profitent de la demande créée par cette ruée. Transposée aux marchés financiers, cette image invite à regarder non seulement l’or physique, mais aussi les entreprises, matières premières et infrastructures liées au cycle des métaux.
L’or reste au centre du mouvement
En mai 2026, les banques centrales asiatiques ont poursuivi leurs achats d’or physique de manière quasi continue. L’or physique désigne des lingots, lingotins ou pièces réellement détenus, par opposition à des produits financiers adossés à l’or.
Cette accumulation répond à un objectif stratégique : réduire la dépendance au dollar américain et renforcer les réserves nationales face aux crises. Pour les États, l’or reste un actif sans risque de contrepartie. Cela signifie qu’il ne dépend pas de la promesse de remboursement d’un débiteur, contrairement à une obligation.
Cette demande institutionnelle soutient les prix. Elle encourage aussi les investisseurs privés à revoir la place de l’or dans leur patrimoine.
Inflation et tensions géopolitiques soutiennent la demande
L’inflation reste élevée dans plusieurs pays occidentaux. L’inflation correspond à la hausse générale des prix. Elle réduit le pouvoir d’achat des monnaies papier, comme l’euro, le dollar ou la livre sterling.
Face à cette érosion, les épargnants se tournent vers l’or d’investissement. Cette catégorie regroupe notamment les lingots et certaines pièces répondant à des critères précis de pureté et de reconnaissance sur le marché.
Les tensions géopolitiques renforcent également le rôle de l’or comme valeur refuge. Une valeur refuge est un actif recherché lorsque les marchés deviennent instables. En 2026, la volatilité des indices boursiers pousse des gestionnaires de patrimoine à augmenter leur allocation en or. L’allocation désigne la part d’un portefeuille investie dans une classe d’actifs donnée.
Le risque souverain revient dans les portefeuilles
Le mouvement ne vient pas seulement de l’inflation ou des conflits. Il vient aussi du marché obligataire.
Une obligation est un titre de dette émis par un État ou une entreprise. Son rendement correspond au taux que l’investisseur obtient en échange du prêt accordé. Quand les rendements montent fortement, cela signifie souvent que les investisseurs exigent une rémunération plus élevée pour accepter le risque.
Depuis mai 2026, les tensions sur les dettes publiques réapparaissent. Au Royaume-Uni, les taux des Gilts, les obligations d’État britanniques, sont remontés à des niveaux proches de ceux observés lors de la crise des fonds de pension de 2022. Les taux à 10 ans dépassent 5,1 %, tandis que ceux à 30 ans approchent 5,8 %.
Au Japon, les obligations à 30 ans atteignent environ 3,835 %. La Banque du Japon pourrait relever ses taux lors de sa réunion du 16 juin. Une telle décision augmenterait les coûts de refinancement du pays et fragiliserait certaines banques et assurances.
Pour les investisseurs européens et belges, ce signal est important. Si les obligations d’État ne jouent plus pleinement leur rôle traditionnel de stabilisateur, l’or peut redevenir un outil de diversification. Diversifier consiste à répartir son patrimoine entre plusieurs actifs afin de réduire la dépendance à un seul marché.
Les “pelles” de la nouvelle ruée : cuivre, lithium et terres rares
La formule de ProPicks AI ne se limite pas à l’or. Elle renvoie aussi aux métaux nécessaires à l’économie réelle.
Selon Aberdeen, la demande mondiale en cuivre devrait augmenter de 140 % d’ici 2050. Celle du lithium pourrait quadrupler. Le cuivre est indispensable aux réseaux électriques, aux véhicules électriques et aux infrastructures numériques. Le lithium entre dans la fabrication de nombreuses batteries. Les terres rares, malgré leur nom, désignent un groupe de métaux utilisés dans l’électronique, les aimants, l’éolien ou certaines technologies de défense.
La transition énergétique, l’électrification, l’économie numérique et l’intelligence artificielle créent une demande structurelle. Mais l’offre minière réagit lentement. Ouvrir une mine prend souvent de nombreuses années, avec des contraintes techniques, environnementales et politiques.
C’est ici que l’image des “pelles” prend son sens. Les producteurs, équipementiers, raffineurs, transporteurs et entreprises liées à la chaîne d’approvisionnement peuvent bénéficier d’un cycle haussier des métaux, même lorsque le prix de l’or devient déjà élevé.
Une stratégie à manier avec prudence
L’or physique conserve une fonction spécifique : protéger le capital contre la défiance envers les monnaies et les politiques monétaires. Depuis la fin de la convertibilité du dollar en or en 1971, le métal jaune a fortement progressé. En 2025, il a encore affiché une performance supérieure à 60 % dans un contexte de déficits publics massifs et de guerres.
Mais acheter après une forte hausse expose toujours à un risque de correction. Une correction est une baisse temporaire d’un actif après une progression importante.
La logique mise en avant par la lettre de juin consiste donc à ne pas confondre conviction de long terme et achat précipité. L’or peut rester une assurance patrimoniale. Les métaux stratégiques peuvent offrir une exposition au cycle industriel. Les matières premières, elles, retrouvent une place dans les portefeuilles pour couvrir l’inflation importée, les chocs d’offre et les tensions géopolitiques.
Pour l’investisseur particulier, la question n’est pas seulement de savoir si l’or va encore monter. Elle est aussi de savoir quelle part du patrimoine doit être protégée, diversifiée ou exposée à la nouvelle ruée vers les métaux.
La ruée vers l’or de 2026 ne se joue donc pas uniquement dans les coffres. Elle se joue aussi dans les mines, les réseaux électriques, les chaînes d’approvisionnement et les choix de diversification des épargnants.



