Plus de 1 000 milliards de dollars d’or reposeraient dans les coffres américains, mais aucun dollar en circulation n’est aujourd’hui convertible en métal jaune. Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a confirmé que les États-Unis détiennent la plus grande réserve d’or au monde. Cette annonce intervient dans un contexte de demandes d’audit destinées à dissiper des rumeurs sur la sécurité des stocks, notamment ceux associés à Fort Knox.
Washington confirme la taille de son trésor en or
Qui ? Les États-Unis, par la voix de Scott Bessent, secrétaire au Trésor. Quoi ? La première réserve officielle d’or au monde. Où ? Aux États-Unis, dans les installations fédérales de stockage. Quand ? Le 23 juillet 2026. Comment ? Par une déclaration officielle. Pourquoi ? Pour répondre aux interrogations sur la présence et la sécurité des réserves.
La valeur évoquée dépasse 1 000 milliards de dollars, soit environ 879 milliards d’euros au taux de change implicite cité. Une réserve d’or désigne le stock de métal détenu par une banque centrale ou un État. Elle sert de garantie de confiance, de diversification patrimoniale et d’actif de dernier recours en cas de crise financière ou monétaire.
Mais cette masse d’or ne signifie pas que chaque dollar peut être échangé contre une quantité précise de métal. Le dollar américain n’est plus garanti par l’or. Sa valeur dépend aujourd’hui de la confiance dans l’économie américaine, de la politique de la Réserve fédérale et de la demande mondiale pour la devise.
Le dollar n’est plus adossé à l’or
L’expression adossé à l’or signifie qu’une monnaie est convertible en métal jaune à un prix fixé par l’État. C’était le principe de l’étalon-or. Dans ce système, la quantité de monnaie en circulation est liée, directement ou indirectement, aux réserves d’or disponibles.
Ce cadre appartient au passé. Depuis la fin de la convertibilité du dollar en or, le billet vert fonctionne comme une monnaie fiduciaire. Une monnaie fiduciaire tire sa valeur de la confiance accordée à l’émetteur, en l’occurrence l’État américain et sa banque centrale, et non d’un droit automatique à recevoir de l’or.
L’or américain conserve donc un rôle symbolique et stratégique, mais il ne détermine plus la valeur quotidienne du dollar. Pour les investisseurs belges et européens, cette distinction est essentielle : une forte réserve d’or publique ne protège pas mécaniquement une devise contre l’inflation, la dette ou les variations de taux de change.
Le pétrole et la géopolitique soutiendraient encore la demande de dollars
Depuis la disparition de l’étalon-or, la demande internationale pour le dollar reposerait en partie sur d’autres piliers. Les accords énergétiques et les échanges de pétrole libellés en dollars contribueraient à maintenir l’usage mondial de la devise américaine. Cette dynamique est souvent résumée par l’idée de pétrodollar, c’est-à-dire l’utilisation du dollar dans les transactions pétrolières internationales.
Cette explication doit toutefois être nuancée. La domination du dollar repose aussi sur la profondeur des marchés financiers américains, la liquidité des obligations du Trésor et le poids des États-Unis dans le commerce mondial. La liquidité signifie ici la facilité avec laquelle un actif peut être acheté ou vendu sans provoquer de forte variation de prix.
Dans le même temps, plusieurs pays diversifieraient leurs réserves pour réduire leur dépendance au système financier américain. La diversification des réserves consiste à répartir les avoirs entre plusieurs devises, obligations, métaux précieux ou autres actifs afin de limiter le risque lié à un seul émetteur.
Pourquoi cette annonce compte pour le marché de l’or
Pour le marché de l’or, la confirmation américaine intervient dans un environnement déjà sensible. Les cours ont récemment rebondi de façon modérée, portés par des achats opportunistes. Ces achats surviennent lorsque des investisseurs profitent d’une baisse des prix pour renforcer leurs positions.
Mais l’or reste sous l’influence directe des taux d’intérêt américains. En juin 2026, l’inflation aux États-Unis atteignait 4,2 %, tandis que la Réserve fédérale maintenait ses taux entre 3,50 % et 3,75 %. La Réserve fédérale, ou Fed, est la banque centrale américaine. Elle fixe les conditions monétaires afin de maîtriser l’inflation et soutenir l’emploi.
Des taux élevés peuvent peser sur l’or, car le métal ne verse ni intérêt ni dividende. Quand les obligations ou les dépôts rémunérés deviennent plus attractifs, certains investisseurs réduisent leur exposition au métal jaune. À l’inverse, l’or retrouve souvent de l’intérêt lorsque la confiance dans les monnaies ou les marchés financiers se fragilise.
Un dollar fort complique l’achat d’or en euros
Le dollar s’est nettement apprécié en 2026. Pour les acheteurs européens, cet élément est crucial. L’or étant coté internationalement en dollars, un billet vert plus fort rend le métal plus cher pour les détenteurs d’euros, même si le prix de l’once reste stable en devise américaine.
L’once est l’unité de référence du marché de l’or. Une once troy équivaut à environ 31,1 grammes. C’est sur cette base que les cours internationaux sont publiés.
Pour un épargnant belge, la question n’est donc pas seulement de savoir si l’or monte en dollars. Il faut aussi regarder l’évolution EUR/USD. Un dollar fort peut soutenir le prix de l’or en euros. Un euro qui se renforce peut, au contraire, atténuer une hausse du métal exprimée en dollars.
L’or reste une réserve, pas le socle du dollar
La confirmation de Scott Bessent ferme une partie du débat sur la présence des réserves : les États-Unis affirment bien détenir le plus grand stock d’or mondial. Elle ouvre surtout une autre lecture. La puissance monétaire américaine ne repose plus sur la convertibilité en or, mais sur la confiance, les marchés, la politique monétaire et les équilibres géopolitiques.
Dans un monde marqué par l’inflation, les tensions énergétiques et la diversification progressive des réserves internationales, l’or conserve son rôle d’assurance patrimoniale. Mais il ne faut pas lui attribuer un mécanisme qui n’existe plus : le dollar n’est plus un certificat échangeable contre du métal. C’est précisément cette rupture entre réserve d’or et valeur de la monnaie qui rend le sujet central pour les investisseurs.



