Malgré l’éclatement de violents affrontements dans le détroit d’Ormuz et une diplomatie sur le fil du rasoir, le cours du métal jaune montre des signes d’essoufflement inquiétants pour les investisseurs, masquant mal une faiblesse persistante.
Le 4 mai dernier, des missiles de croisière et des drones iraniens fendaient le ciel du détroit d’Ormuz, touchant des navires de commerce internationaux. Historiquement, une telle escalade militaire agit comme un puissant catalyseur pour les valeurs refuges. Pourtant, en ce début du mois de mai 2026, la réaction du marché déconcerte : le rebond de l’or ne parvient pas à s’inscrire dans la durée. L’absence de certitude sur l’issue des négociations de paix, ou au contraire sur une escalade vers une guerre prolongée, empêche toute lisibilité à court terme sur les marchés financiers.
Une résistance technique qui bride le métal jaune
Actuellement, les prix de l’or font preuve d’une forte volatilité mais plafonnent. Le cours stagne sous ses résistances techniques, gravitant autour de 4 705 dollars l’once pour les contrats à terme, sans parvenir à briser ce plafond de verre.
Pour les investisseurs particuliers, il est crucial de comprendre deux notions techniques. Les contrats à terme (ou « futures ») sont des instruments financiers permettant d’acheter ou de vendre une quantité d’or à un prix et une date fixés à l’avance. Ils reflètent les anticipations des grands acteurs du marché. La résistance technique, quant à elle, désigne un seuil de prix psychologique et historique que le cours de l’or a beaucoup de mal à franchir à la hausse. Si ce seuil n’est pas cassé, le risque d’une correction brutale à la baisse augmente significativement.
Aujourd’hui, l’incertitude géopolitique paralyse les acheteurs institutionnels, laissant poindre le risque d’une chute soudaine si le climat international venait à s’apaiser, privant l’or de sa prime de risque géopolitique.
Entre diplomatie fragile et démonstrations de force
La situation sur le terrain reste d’une extrême tension. Quelques heures avant le lancement programmé de l’opération militaire américaine baptisée « Freedom », la région a frôlé l’embrasement total. L’armée iranienne a ciblé plusieurs navires, endommageant notamment un cargo sud-coréen et un pétrolier de l’entreprise émiratie Adnoc. En riposte, le commandement central américain (CENTCOM) affirme que ses hélicoptères d’attaque ont coulé six petites embarcations iraniennes, des pertes que Téhéran dément formellement. Les Émirats arabes unis ont également signalé l’interception de trois missiles.
Pourtant, un coup d’arrêt a été ordonné au sommet de l’État américain. Le président Donald Trump a suspendu son offensive militaire, évoquant sur les réseaux sociaux des progrès considérables vers un accord. La diplomatie s’active désormais en coulisses, avec le Pakistan dans le rôle de médiateur.
Dans une enquête rapportée par le média américain Axios, un protocole d’accord d’une page serait en cours de finalisation. Ce document prévoirait l’instauration de 30 jours de négociations intensives. Les objectifs américains seraient multiples : rouvrir le détroit d’Ormuz, brider le programme nucléaire de l’Iran et, en échange, lever certaines sanctions économiques. Toutefois, l’issue reste incertaine et la menace d’une reprise des bombardements américains à une intensité supérieure pèse lourdement en cas de refus iranien.
L’énergie en crise : un catalyseur indirect pour le patrimoine
Si l’or hésite, les conséquences sur l’économie réelle et l’inflation sont déjà actées. Les marchés européens et belges doivent se préparer à un choc énergétique prolongé, impactant directement le pouvoir d’achat et les stratégies d’investissement.
Interrogé par la chaîne d’information norvégienne NRK, Anders Opedal, le PDG du géant énergétique Equinor, a lancé un avertissement clair aux industriels. Selon lui, les perturbations sur le marché mondial du pétrole et du gaz se poursuivront pendant au moins six mois, et ce, même si un accord de paix immédiat est conclu entre Washington et Téhéran.
La désorganisation prolongée du commerce de l’énergie et le blocus temporaire du détroit d’Ormuz maintiennent une pression inflationniste forte. Pour l’investisseur, l’équation devient complexe : si l’inflation de l’énergie perdure, les banques centrales pourraient être contraintes de maintenir des taux d’intérêt élevés, un scénario historiquement défavorable à l’or qui ne verse aucun dividende. Tiraillé entre son statut de bouclier contre le chaos et la concurrence de rendements obligataires élevés, le métal jaune marche sur un fil, prêt à trébucher au premier signe de normalisation.


