Alors que le secteur technologique encaisse une perte historique avec la chute d’Amazon et que le Bitcoin poursuit sa baisse, les regards des investisseurs se tournent de nouveau vers les valeurs refuges. Après un début de mois de février marqué par une volatilité extrême sur l’or et l’argent, les marchés tentent de digérer les nouvelles orientations de la politique monétaire américaine.
La journée du 17 février 2026 restera sans doute gravée dans les mémoires de Wall Street. Dans un mouvement de vente massif, le géant du commerce en ligne Amazon a vu sa capitalisation boursière fondre de plus de 450 milliards de dollars en quelques heures. Ce désaveu cinglant des marchés intervient malgré les promesses répétées de l’entreprise concernant ses avancées en intelligence artificielle. Selon les analystes d’Investing.com, ce décalage entre les attentes suscitées par l’IA et la réalité économique semble avoir épuisé la patience des investisseurs, provoquant une onde de choc sur l’ensemble du secteur technologique.
Cette frilosité vis-à-vis des actifs à risque ne se limite pas aux actions américaines. Le Bitcoin, baromètre de l’appétit pour le risque, a franchi à la baisse le seuil des 68 000 euros ce mardi. Il enregistre ainsi sa quatrième semaine consécutive de pertes, confirmant un sentiment baissier persistant sur le marché des crypto-monnaies en ce début d’année.
L’or et l’argent : un calme précaire après la tempête
Dans ce climat d’incertitude boursière, la situation des métaux précieux est scrutée de près par les épargnants européens et belges soucieux de protéger leur capital. Pour comprendre la dynamique actuelle, il est impératif de revenir sur le « vendredi noir » du 30 janvier dernier.
L’argent métal avait alors subi sa pire chute intrajournalière depuis 1980, perdant plus de 30 % sur les contrats à terme, tandis que le cours de l’or cédait environ 10 %. Ce krach éclair a été principalement déclenché par la nomination de Kevin Warsh à la Réserve Fédérale américaine (Fed).
Comprendre l’effet « Warsh »
Perçu comme un « faucon » — terme désignant un banquier central favorable à une politique monétaire restrictive et des taux d’intérêt élevés pour contrer l’inflation — Kevin Warsh incarne un renforcement potentiel du dollar. Or, mécaniquement, un dollar fort pèse sur le cours de l’or (libellé en dollars), le rendant plus onéreux pour les investisseurs munis d’autres devises.
Outre le facteur politique, des éléments techniques ont amplifié cette baisse, notamment l’arrêt du trading de certains fonds de matières premières par la Chine et la hausse des marges exigées par le CME (Chicago Mercantile Exchange), forçant de nombreux spéculateurs à liquider leurs positions en urgence.
Une correction saine après une année 2025 euphorique ?
Cependant, les analystes invitent à prendre du recul. Selon une note de BMO Capital Markets relayée par Investing.com, le rebond technique observé dès le début du mois de février, ramenant l’argent proche des 88 dollars l’once, s’apparente davantage à une « correction de milieu de cycle » qu’à la fin du marché haussier.
Il convient de rappeler que cette volatilité intervient après une année 2025 exceptionnelle. L’an passé, l’or a enregistré sa meilleure performance depuis 1979 avec une hausse de 67,5 %, tandis que l’argent s’envolait de 140 %, portés par les tensions commerciales et les achats massifs des banques centrales. Pour les investisseurs de long terme, la baisse récente pourrait donc être interprétée comme une prise de bénéfices logique après une ascension verticale.
Un contexte macroéconomique européen morose
Si les États-Unis dictent le tempo, la situation en Europe reste préoccupante, renforçant l’attrait potentiel pour les valeurs tangibles. Outre-Manche, la livre sterling a cédé du terrain ce 17 février suite à la publication de chiffres décevants sur l’emploi, montrant une hausse du chômage au Royaume-Uni. Cette dépréciation de la devise britannique face aux indicateurs économiques négatifs rappelle la fragilité des monnaies fiduciaires en période de ralentissement économique.
Des opportunités ciblées subsistent
Malgré la correction générale sur les actifs technologiques illustrée par Amazon, le marché conserve une certaine sélectivité. À titre d’exemple, la banque d’investissement Stifel a relevé son objectif de cours pour le constructeur de véhicules électriques Rivian à 3 dollars, saluant la montée en puissance de la production de son modèle R2. Cela démontre que même dans un marché baissier, les investisseurs restent à l’affût de fondamentaux industriels solides.
En somme, la configuration actuelle des marchés, coincée entre l’effondrement de la « Tech » et la stabilisation des métaux précieux, incite à la prudence. Si la nomination de Kevin Warsh a provoqué un ajustement brutal sur l’or, le retour de l’aversion au risque provoqué par la chute d’Amazon pourrait, paradoxalement, redonner du lustre au métal jaune dans les semaines à venir.



