Symbole de puissance et bouclier contre l’inflation, l’or reste un actif stratégique majeur pour les banques centrales. Si les États-Unis dominent historiquement le classement, les nations européennes, dont la France et l’Allemagne, maintiennent des positions de premier plan, tandis que la Chine et la Russie accélèrent leurs achats pour redessiner l’échiquier financier mondial.
L’or a toujours fasciné l’humanité, mais au-delà du symbole de richesse, il constitue aujourd’hui un indicateur clé de la résilience économique d’une nation. Dans un contexte d’incertitude géopolitique, les réserves d’or permettent aux États d’assurer leur solvabilité et de soutenir leur monnaie. Mais à qui appartient réellement le métal jaune ?
Les États-Unis : la suprématie du dollar et de l’or
Sans surprise, les États-Unis occupent la première place du podium mondial avec un stock impressionnant d’environ 8 133 tonnes. Ce trésor de guerre, qui représente plus que les réserves cumulées de l’Allemagne, de l’Italie et de la France, est en grande partie sécurisé au dépôt de Fort Knox (Kentucky) ainsi que dans d’autres sites fédéraux.
Cette accumulation n’est pas récente. Elle découle d’événements historiques majeurs, des ruées vers l’or du XIXe siècle jusqu’aux mesures drastiques du XXe siècle, telle que l’Executive Order 6102 de 1933, par lequel le gouvernement américain a contraint ses citoyens à lui céder leur or physique.
L’Europe : une puissance aurifère incontournable
Si les États-Unis font cavalier seul en tête, l’Europe, prise dans son ensemble, représente une force de frappe considérable. Les réserves cumulées de la zone euro rivalisent avec celles de l’Oncle Sam, offrant une garantie de stabilité à la monnaie unique.
- L’Allemagne (3 351 tonnes) : Deuxième détenteur mondial, Berlin a opéré un changement stratégique majeur à partir de 2013. Auparavant dispersé à New York, Londres et Paris par crainte d’une invasion soviétique durant la Guerre froide, l’or allemand a fait l’objet d’un vaste programme de rapatriement vers Francfort.
- L’Italie et la France : Avec respectivement 2 452 tonnes et 2 437 tonnes, Rome et Paris talonnent l’Allemagne. L’Italie a maintenu son stock grâce à une politique de conservation stricte depuis les années 1950. La France, quant à elle, conserve des réserves historiques massives, bien qu’une partie ait été liquidée entre 2004 et 2009 dans une tentative de réduction du déficit public.
Pour un investisseur belge ou européen, ces chiffres soulignent la solidité des fondamentaux économiques du Vieux Continent face aux chocs monétaires.
Chine et Russie : la course à la « dédollarisation »
La géopolitique de l’or est en pleine mutation à l’Est. La Russie (2 336 tonnes) et la Chine (2 264 tonnes) complètent le top 5 mondial avec une stratégie claire : l’indépendance financière.
Moscou a intensifié ses achats pour réduire sa dépendance au dollar américain et contourner les sanctions occidentales. De son côté, Pékin accumule le métal précieux pour internationaliser le yuan et diversifier ses immenses réserves de change, traditionnellement composées de bons du trésor américain.
Production vs Réserves : qui extrait le plus d’or ?
Il est crucial de distinguer les réserves détenues par les banques centrales de la production minière annuelle. Un pays peut être un géant minier sans pour autant stocker sa production.
Voici un comparatif entre les stocks d’État et la capacité de production :
| Pays | Réserves d’État (tonnes) | Production annuelle (tonnes) |
| :— | :— | :— |
| États-Unis | 8 133 | 190 |
| Allemagne | 3 351 | 0 |
| Italie | 2 452 | 0 |
| France | 2 437 | 0 |
| Russie | 2 336 | 320 |
| Chine | 2 264 | 370 |
| Australie | 80 | 320 |
| Canada | 0 | 170 |
- Le paradoxe australien : L’Australie est un géant minier (320 tonnes par an) mais sa banque centrale ne détient que très peu d’or (80 tonnes). Le pays exporte la quasi-totalité de sa production.
- La domination chinoise : La Chine est à la fois le premier producteur mondial et l’un des plus grands acheteurs, illustrant sa soif insatiable pour le métal jaune.
Pourquoi les États thésaurisent-ils l’or ?
Dans une économie numérisée, pourquoi conserver des lingots dans des coffres ? Les raisons sont multiples et touchent à la souveraineté nationale.
1. La sécurité économique (Valeur refuge)
L’or est l’actif ultime de protection. Contrairement à une monnaie fiduciaire (euro, dollar) qui peut être dévaluée par une impression monétaire excessive, l’or conserve sa valeur intrinsèque. En période de crise financière ou de guerre, il assure la liquidité de l’État.
2. L’indépendance monétaire
Posséder de l’or permet de diversifier les réserves de change. Pour les pays émergents ou ceux en conflit diplomatique avec Washington, détenir de l’or est un moyen de s’émanciper de la tutelle du dollar.
3. La confiance des marchés
Des réserves d’or importantes renforcent la crédibilité d’une monnaie nationale. Elles agissent comme une garantie implicite pour les investisseurs étrangers et peuvent soutenir le taux de change en cas d’attaque spéculative.
Sous la terre : où se trouve l’or de demain ?
Si l’on regarde non plus les coffres, mais les sous-sols, la carte mondiale change radicalement. C’est l’Australie qui détient les plus grandes réserves minières mondiales, estimées à 12 000 tonnes en 2023.
Cependant, posséder de l’or dans le sol ne suffit pas. L’extraction est soumise à des contraintes de rentabilité (coûts de l’énergie, main-d’œuvre) et à des normes environnementales strictes, particulièrement en Occident. La Chine, grâce à des investissements massifs et une réglementation plus souple, parvient à extraire davantage et plus vite, s’assurant ainsi le leadership de la production actuelle.



