À plus de 4 000 dollars l’once dans les références de marché disponibles en 2026, l’or demeure cher et instable. Son rôle de valeur refuge ne repose pourtant pas sur la certitude d’un effondrement économique : investisseurs privés et banques centrales cherchent d’abord à réduire leur dépendance à un risque unique.
Une valeur refuge est un actif vers lequel les investisseurs se tournent lorsque l’incertitude augmente. L’or est traditionnellement associé à cette fonction, car il ne dépend pas directement des résultats d’une entreprise, de la solvabilité d’un État ou d’une devise particulière.
Se protéger des conflits, mais aussi du risque de concentration
Les acheteurs d’or cherchent principalement une couverture contre les tensions géopolitiques, les inquiétudes budgétaires et les chocs monétaires. Une couverture consiste à détenir un actif susceptible de mieux résister, ou de progresser, si d’autres placements souffrent.
Christopher Stiegeler, d’EBC Financial Group, souligne dans une interview accordée à World Finance que l’intérêt pour l’or ne signifie pas nécessairement que les investisseurs anticipent une crise générale. Il peut refléter la recherche d’un actif qui ne soit lié « à une seule devise, entreprise ou un seul pays ».
Cette logique concerne aussi les épargnants belges et européens. Un portefeuille concentré sur des actions, des obligations ou des comptes libellés en euros reste exposé à des risques communs : évolution des taux d’intérêt, ralentissement économique régional ou dégradation des finances publiques. L’or physique ou financier peut réduire cette concentration, sans la faire disparaître.
Les banques centrales diversifient leurs réserves
Les banques centrales détiennent des réserves afin de soutenir la confiance dans leur monnaie et de disposer d’actifs mobilisables en période de tensions. L’or y occupe une place particulière : il n’est la dette d’aucun émetteur.
Les données rapportées par plusieurs sources indiqueraient que les banques centrales auraient acheté environ 290 tonnes au cours du dernier trimestre évoqué. Une enquête du World Gold Council indiquerait par ailleurs que 45 % des banques centrales interrogées prévoyaient d’augmenter leurs stocks au cours des douze mois suivants.
Ces achats ne constituent pas une garantie de hausse continue des cours. Ils traduiraient surtout une stratégie de diversification des réserves. Pour une banque centrale, diversifier signifie éviter qu’une part excessive des avoirs dépende du dollar, de l’euro, des obligations d’un pays ou de tout autre actif unique.
L’or ne verse ni intérêt ni dividende
Le statut de refuge de l’or a une limite importante : le métal ne produit pas de revenu. Contrairement à une obligation, il ne verse pas de coupon ; contrairement à une action, il ne verse pas de dividende.
C’est ce que les économistes appellent le coût d’opportunité. Détenir de l’or peut être moins attrayant lorsque les placements sûrs rémunérés offrent des rendements élevés. À l’inverse, lorsque les taux réels — c’est-à-dire les taux après prise en compte de l’inflation — sont faibles ou incertains, l’absence de rendement de l’or pèse moins dans la décision d’achat.
Le conflit militaire entre les États-Unis et l’Iran, évoqué début octobre par NAGA, illustrerait cette mécanique. La hausse des prix du pétrole aurait alimenté les craintes d’inflation, réduit les anticipations de baisses de taux de la Réserve fédérale américaine et soutenu le dollar. Or, des rendements plus élevés et un dollar fort peuvent peser sur l’or, même lorsque les tensions géopolitiques s’aggravent.
L’or ne réagit donc pas uniquement à la peur : il réagit aussi aux taux, au dollar et aux anticipations d’inflation.
Un refuge volatil, pas une réserve de liquidités immédiate
Les cours de l’or seraient restés à des niveaux très élevés en 2026, après un passage au-dessus de 5 000 dollars l’once en début d’année. Ils auraient toutefois reculé d’environ un quart par rapport à un sommet intrajournalier de 5 595 dollars atteint en janvier, selon des données de marché citées par NAGA. Cette amplitude rappelle qu’un actif refuge peut subir des corrections rapides.
Des travaux attribués au Fonds monétaire international souligneraient que l’or n’a pas de risque de crédit : aucun emprunteur ne doit rembourser sa valeur au détenteur. Cette caractéristique peut renforcer la solidité d’un bilan sur le long terme. Mais l’or serait volatile et peu adapté à un besoin de trésorerie à très court terme.
La Banque des règlements internationaux mettrait aussi en garde contre les mouvements amplifiés par les investisseurs qui suivent les tendances et utilisent l’effet de levier. L’effet de levier consiste à investir avec des fonds empruntés ou des produits qui amplifient les variations de prix. Il peut accélérer une hausse, mais aussi une baisse.
Pour un particulier, cette distinction est essentielle : l’or peut jouer un rôle de diversification patrimoniale, mais ne remplace pas une épargne de précaution disponible immédiatement.
Une assurance, pas une prédiction
L’achat d’or exprime moins une certitude sur l’avenir qu’une volonté de préparer plusieurs scénarios : escalade géopolitique, inflation persistante, faiblesse d’une devise ou tensions sur les dettes publiques.
Une désescalade géopolitique, un recul du pétrole, une détente des rendements ou un affaiblissement du dollar pourraient modifier rapidement cet équilibre. À l’inverse, la persistance des tensions et les achats officiels continueraient de soutenir la demande.
L’or peut être une assurance contre certains risques systémiques, mais son prix reste soumis aux cycles financiers. Pour les investisseurs, l’enjeu n’est donc pas de parier sur une crise, mais de mesurer quelle place une diversification en or peut raisonnablement occuper dans un patrimoine.



