Alors que la fermeture prolongée du détroit d’Ormuz propulse le baril de Brent à des sommets, l’once d’or marque une pause à l’aube d’un nouveau cycle de décisions monétaires mondiales.
Cent huit dollars. C’est le prix vertigineux atteint par le baril de pétrole Brent à la fin du mois d’avril 2026. Ce chiffre représente une hausse brutale de plus de 44 % depuis le déclenchement de la guerre entre les États-Unis et l’Iran en février dernier. Le conflit, qui paralyse le trafic maritime mondial, redessine entièrement les perspectives économiques de ce printemps.
Les espoirs d’une résolution rapide au Moyen-Orient s’éloignent. Le week-end du 25 avril, les pourparlers prévus à Islamabad ont échoué. Téhéran proposait de rouvrir le détroit d’Ormuz en échange de la levée du blocus sur ses propres ports, mais refusait d’inclure son programme nucléaire dans la balance. Face à cette fin de non-recevoir, le président américain Donald Trump a annulé l’envoi de sa délégation diplomatique et annoncé la mise en place du Projet Liberté visant à escorter militairement les navires de commerce bloqués.
Le durcissement soudain de la diplomatie américaine intervient dans un climat sécuritaire d’une extrême tension. Selon plusieurs rapports d’incidents du week-end, le dirigeant américain aurait été la cible d’une tentative d’assassinat le samedi précédent les négociations, perpétrée par un individu qualifié de loup solitaire. Cet événement dramatique, s’il se confirme dans ses détails, assombrit un peu plus la scène géopolitique.
L’or consolide face à des marchés boursiers euphoriques
Dans ce contexte mondial anxiogène, le marché des métaux précieux observe une phase d’attentisme. L’once d’or se stabilise autour de 4.695 dollars, tandis que l’argent se négocie près de 75,50 dollars l’once.
Le métal jaune marque le pas par rapport aux marchés d’actions qui, paradoxalement, atteignent des records historiques. Dopés par les bénéfices insolents du secteur de l’intelligence artificielle (IA), l’indice américain S&P 500 a rebondi de 13 % depuis son point bas de mars, et le Nikkei japonais vient de franchir la barre symbolique des 60.000 points.
L’once d’or, traditionnellement considérée comme une valeur refuge, réagit ici à une mécanique financière classique. Lorsque les investisseurs institutionnels décident de placer massivement leurs liquidités vers des actifs plus risqués et très rémunérateurs à court terme comme les actions technologiques, l’or physique a tendance à consolider ses positions en attendant le prochain mouvement de marché.
Les banques centrales paralysées par le risque inflationniste
Le véritable arbitre de la valeur de l’or restera la politique monétaire. Le choc énergétique généré par le conflit iranien fait resurgir la menace d’une inflation importée, particulièrement redoutée en Europe. Conséquence directe : les principales institutions financières (BCE, Fed, Banque du Japon, Banque d’Angleterre) devraient maintenir leurs taux directeurs inchangés lors de la salve de réunions prévues à la lisière du mois de mai. La Banque du Japon s’apprête même à durcir le ton.
Aux États-Unis, la réunion de la Réserve fédérale clôture une ère. Il s’agit de la dernière intervention de Jerome Powell, dont le mandat s’achèvera le 15 mai 2026. Son successeur, Kevin Warsh, héritera d’une situation macroéconomique complexe mêlant taux d’intérêt élevés et croissance sous perfusion technologique.
Le maintien de taux d’intérêt élevés constitue généralement un frein pour l’or physique, un actif de préservation de patrimoine qui ne verse ni dividende ni rendement mensuel. Toutefois, face à la déconnexion grandissante entre l’euphorie des bourses et la réalité de la guerre énergétique — une situation qui inquiète publiquement la Banque d’Angleterre —, les investisseurs francophones conservent une attention soutenue sur le métal jaune. Si l’inflation de l’énergie se propage durablement à l’économie réelle, l’or retrouvera rapidement son rôle de bouclier patrimonial.


